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La naissance du "sujet" moderne


par Ariane ZAMBIRAS - Aude ROUSSELOT
Sciences Po -   2002
  

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Ariane ZAMBIRAS - Aude ROUSSELOT

Exposé d'Espace Mondial

05-03-2002

La naissance du « sujet » moderne

Introduction :

Aujourd'hui, et après une conceptualisation progressive en Europe, on peut affirmer la continuité de l'émergence du sujet dans la globalisation (passage de la dialectique de la rupture à la dynamique de l'amalgame) en ce sens nous pensons la modernité comme performative. Nous pensons en effet que le Sujet s'affirme et agit comme un phénomène quotidien, à un jour et en un lieu précis, et dans un cadre où les évolutions philosophiques et techniques ( internes et externes à son milieu originel) s'illustrent et se proposent à lui.

Nous voulons proposer une lecture doublement originale de l'émergence du sujet moderne, en réfutant d'une part l'affirmation selon laquelle la modernité est un mode de civilisation caractéristique, qui s'opposerait au mode de la tradition, c'est-à-dire à toutes les autres cultures antérieures ou traditionnelles ; et d'autre part, en réfutant l'idée rigide d'une isomorphie entre modernité et occidentalisation.

Jusqu'à présent, la modernité fut conçue comme diffusion de proche en proche d'un modèle unique, notamment à travers processus de colonisation. Nous voulons nous éloigner des lectures téléologiques de la modernité : il n'existe pas un but unique vers lequel tendraient toutes les civilisations dites « modernes ».

Dans cette perspective, la date d'apparition du mot lui-même (Théophile Gautier, Baudelaire, 1850 environ) est significative : c'est le moment où la société moderne se réfléchit comme telle, i.e. le moment où la société se pense en termes de modernité.

Nous nous proposons d'étudier la modernité comme formulation d'un énoncé performatif.

Nous empruntons la définition du performatif à la linguistique, en référence à l'ouvrage d'Austin, traduit en français par Quand dire, c'est faire. Exemple d'énoncé performatif : « je déclare la séance ouverte ». Dans ce cas, énoncer, c'est faire l'acte. Le pronom par excellence du performatif est donc le « je », ce qui nous conduira à établir la modernité comme expérience de subjectivation. Nous allons montrer que le sujet peut justement être moderne parce qu'il dit je (parce qu'il a les outils conceptuels, linguistiques etc. pour le faire).

Dans un premier temps, nous étudierons d'un point de vue philosophique, comment les philosophes ont pensé l'émergence de ce sujet moderne (« De l'assujettissement à la subjectivation » car l'individu se libère progressivement des cadres traditionnels qui l'enserrent). Dans une deuxième partie, nous montrerons que ce processus n'est pas achevé, et pas limité au contexte européen (d'où le titre « La globalisation comme expérience de subjectivation »). Les individus sont sans cesse en train de ré-itérer, de reformuler ce je, par des processus d'appropriation, d'emprunts à l'étranger, des processus d'énonciation performative du moi, i.e. de subjectivation.

I. De l'assujettissement à la subjectivation

A. Emergence de la philosophie du Sujet

Foucault « l'homme n'est pas le plus vieux problème ni le plus constant qui se soit posé au savoir humain. En prenant une chronologie relativement courte et un découpage géographique restreint on peut être sût que l'Homme est une invention récente »1(*)

- l'apparition de l'individu particulier dans la philosophie moderne (Descartes et le Cogito 1641, Kant et le dévoilement de la métaphysique du sujet2(*) 1785). Pensée de la Liberté et du possible par l'éducation et l'autonomie.

- la conceptualisation du Sujet chez les contemporains

l'interrogation sur ses capacités Nietzsche (la volonté de puissance n'est pas mise en oeuvre par tous) et Freud (le Ca le Moi et le Sur-moi, dans quelle mesure « l'Homme n'est pas maître en sa propre maison »)

la certitude cognitive du Sujet  nécessite la rencontre avec Autrui : de Hegel la relation maître-esclave qui crée la vision hiérarchique volontaire des rapports interindividuels, à Sartre 1. conscience pour-autrui : exemple de la honte face au regard de l'autre pour dimension subjective3(*) 2. décalage du jugement dont Antoine Roquentin peut avoir la Nausée, et expérimentales Brecht4(*) Habermas et Foucauld nécessité de la praxis5(*)). Nous assistons ici à la conceptualisation de l'Individu propre, à l'émergence de la Pensée de la Volonté et de l'Action qui vont déterminer à partir de ce moment la liberté du choix subjectif.

- vers les sciences de l'Homme pour un Sujet devenu objet de lui-même [mise à distance possible qui caractérise la pensée de l'Homme sur lui-même en tant que connaissable et respectable (anthropologie physique pour étude des différences biologiques, philosophique pour étude des différentes méthodes pour tendre vers la perfection humaine, et culturelle [somme d'ethnographie et d'ethnologie] pour étude empirique des modes de comportement et styles de vie concrètement différents). Pensée de la Relativité et du Choix.

> Conscientisation de la particularité et des contradictions possibles : quand Rimbaud énonce `je est un autre', il ruine l'animal métaphysique et prédéterminé comme le font à la même période Freud, Lacan, Althusser, ou Foucauld. Le Sujet a enfin pleine conscience de sa possibilité d'inventer et de manifester en actes sa différence dans la culture de l'acte et de la quotidienneté.

>> En Europe, puis dans le monde entier, la conquête de l'espace environnemental et du moment présent est connue : le Sujet est un être en situation (selon les existentialistes, la situation est l'« ensemble résultant de l'interaction du sujet et de son environnement, conditions antérieures au pour-soi libre, dotées de sens par l'individu ») qui y ménage son existence et son expression.

B. Le processus politique d'individuation

- L'individu propriétaire

L'individu comme valeur est né d'abord dans la représentation religieuse du monde, comme individu « hors du monde » (identifié dans son rapport à Dieu). Le problème qui se pose alors, explicité par Robert Castel et Claudine Haroche est celui du « rapatriement » de cet individu dans le monde, problème d'un décentrement ou recentrement de l'individu.

1ère étape : Donner un support à l'individu pour le rapatrier dans le monde :

Locke est le premier à expliciter la nécessité pour l'individu moderne de s'appuyer sur le socle de la propriété privée pour exister. 

John Locke (Second traité du gouvernement) : « L'homme est maître de lui-même, et propriétaire de sa propre personne et des actions et du travail de cette même personne. » [in Castel, Haroche].

Etienne de la Boétie (Discours de la servitude volontaire) faire un grand effort pour se soustraire à l'autorité traditionnelle mais injuste du tyran : « que pourrait-il faire si vous n'étiez complices du meurtrier qui vous tue, et traîtres à vos mêmes ? »

L'individu cesse ainsi d'exister à travers un rapport de dépendance, il n'est plus l' `homme' de quelqu'un comme on le disait dans le droit féodal. La qualité de propriétaire permet à l'individu, de s'approprier la nature par son travail, et donc de se déterminer lui-même. La propriété privée assure à l'individu un état de non-dépendance et donc de propriété de soi.

2ème étape : « banaliser » l'individu

Pour Foucault, avant la modernité, « l'individu ne peut être `qu'exceptionnel' au sens fort du mot : il se détache comme une exception sur fond de régulations collectives» : dans les sociétés pré-modernes, « c'est la fonction qui individualise son détenteur » (les seuls individus que l'on distingue sont ceux du haut de l'échelle). Comment l'individu devient-il banal avec la modernité ?

Les statuts traditionnels se desserrent et l'individu cesse d'être pris dans une relation étroite de dépendances et d'interdépendances produites par la coutume et les liens de la filiation. S'extrayant de cet enserrement holistique, l'individu peut commencer à devenir un individu « dans le monde », et donc exister à partir de ses propres activités d'appropriations, dans un rapport direct à l'univers entier. Désormais, l'homme peut se construire à travers son rapport aux choses, en s'appropriant puis en transformant la nature, au lieu d'être défini à partir des rapports de dépendance.

La propriété, c'est alors ce qui est nécessaire pour `lester' un individu qui n'est plus inscrit dans ces statuts assignés. Pour Locke, cette conception de l'individu propriétaire fonde directement le régime politique moderne. La fonction de la République doit être en effet de préserver la propriété ainsi élevée en droit fondamental. L'abstraction de l'individu ainsi accomplie, l'abstraction de la vie privée possible sous la forme de l'individu permet une autre abstraction propre à la modernité, celle de l'Etat.

3ème étape : La réhabilitation des non-propriétaires

Castel et Haroche soulignent cependant une aporie de la propriété. La Déclaration des Droits de l'Homme pose le droit de propriété comme « un droit inaliénable et sacré » (art.17), i.e. propriété comme support nécessaire de la citoyenneté, mais dont la majorité des citoyens sont exclus.

Pour sortir de cette contradiction, il faut que la propriété cesse d'être le seul support de l'individualité positive. C'est ainsi qu'une nouvelle forme de propriété émerge, la propriété sociale, dont le but est de permettre aux non-propriétaires d'exister. La propriété sociale fait fonction de propriété privée pour les non-propriétaires, et leur assure la sécurité. Sans la propriété sociale, l'individu n'est pas assuré contre le malheur en cas de perte de ses biens. (cf. Marchand de Venise, cf. prostitution, cf. le prolétaire qui vend son travail).

>>> La propriété privée, puis la propriété sociale sont les premiers supports de l'indépendance de l'individu.

La possession de droits en est un autre.

- Définition et construction progressive du cadre d'existence du Sujet :

1. les droits.

Les philosophes des Lumières, qui théorisent l'individu particulier Lumières les théorisent et on en voit l'inscription dans la Déclaration des Droits de l'Homme en France en 1789. Cela se répand  en tache d'huile (pays voisins, comme par l'imposition continentale du Code Napoléon) et en saut de puce (dans les colonies des pays européens). Le reste du monde suit donc progressivement, y compris par des actes aussi symboliques que la signature en 1948 d'une Déclaration Universelle des Droits de l'Homme.

2. l'espace public :

Depuis qu'il est conscient de lui-même et des espaces de choix qu'il peut se ménager, le sujet moderne renégocie constamment la relation entre privé et public. Ceci est conforme à la vision d'Habermas sur l'« usage public du raisonnement », qui porte sur la conception de la subjectivité dans la sphère du privé, mais qui se répercute simultanément et invariablement sur la scène publique. La mutation de la place du Sujet dans la société et de la société dans la place qu'elle offre au Sujet est alors double et concomitante.

>> Si l'on s'intéresse à ceux qui on écrit la modernité, il y a eu jusqu'à très récemment une tendance à associer la modernité à une série de bouleversements techniques, scientifiques et politiques depuis le XVIe siècle, et donc à associer modernité et Occident.

L'opinion commune peut se répartir en deux définitions que nous tenterons de réfuter :

(1) modernité comme moment bien précis de l'histoire (Moyen-Âge)

(2) modernité attribuée à certains phénomènes de la société (dans une société X, une branche d'industrie est par exemple moderne mais les comportements familiaux non).

Le problème soulevé par la définition (1) est où commence la modernité, où finit-elle ? N'est-il pas aussi problématique de définir ainsi une modernité, alors qu'on observe différentes formes de croyances, de spécificités institutionnelles, à l'intérieur du cadre que l'on a défini comme moderne ?

Pour résoudre ces questions, il faudrait pouvoir définir un dénominateur commun de ce qu'est la modernité. Nous retombons alors sur (2).

La deuxième définition commune de la modernité est d'identifier un certain nombre de traits qui, une fois identifiés dans une société, permettraient de définir celle-ci comme moderne. Ce qui devrait s'observer alors dans les sociétés qui possèdent les traits ainsi définis serait une convergence des comportements, puisqu'on peut supposer que des types d'institutions similaires engendreraient des types comportementaux identiques. [nous nous appuyons ici sur le raisonnement de B. Wittrock6(*). Comment se fait-il alors qu'il n'y ait pas convergence entre toutes les sociétés ainsi définies comme modernes ?

Les définitions (1) et (2) de la modernité nous paraissent devoir être refusées, et par la même l'idée de modernité comme occidentalisation. Nous envisagerons plutôt, avec Jean-François Bayart,  la modernité « plutôt comme une attitude que comme une période de l'histoire » [p.240]. Quelle est cette attitude ? Selon Foucault7(*)

« La modernité devient alors un ethos, un type d'interrogation philosophique qui problématise à la fois le rapport au présent, le mode d'être historique et la constitution de soi-même comme sujet autonome. »

Et Bayart de continuer : il faut mettre en évidence l'historicité de toute subjectivité, s'efforcer de penser « l'historicité même des formes de l'expérience. La question n'est donc pas celle du Sujet, mais celle de la subjectivation, (que Deleuze a défini en commentant Foucault : « La subjectivation, c'est la production des modes d'existence ou styles de vie.) » [Bayart, 157].

De ces réflexions découlent notre deuxième mouvement, au cours duquel nous essaierons d'analyser l'influence de la globalisation sur la production des modes d'existence.

>>> Une fois le matériel intellectuel (philosophie du Sujet) rassemblé, et la possibilité pratique prise de conscience et d'indépendance qui autorisent l'émergence du sujet moderne construite, l'individu peut être en phase avec son temps. Il a la possibilité de faire les choix correspondant au désir naturel d'une vie vraiment individuelle (tous les individus peuvent être modernes, mais ne le font pas forcément). Liberté et responsabilité deviennent les référentiels permanents et primordiaux du Sujet moderne. .

II. La globalisation comme expérience de subjectivation

Il n'y a donc pas une modernité, mais des modernités. La globalisation, définie par Bayart comme « le mouvement général de décloisonnement des sociétés » [p.10] est de permettre la diffusion planétaire de nouveaux rapports aux choses (souvent ces rapports étant véhiculés par les choses elles-mêmes). C'est dans ces occasions multipliées de réinvention de rapport aux choses qu'émerge l'individu moderne.

Il n'y a pas seulement un modèle d'individu moderne, pas seulement un individu moderne qui s'oppose radicalement au passé, mais émergence de processus de recomposition et d'amalgames des subjectivités.

A. Le double phénomène métissage/tri (amalgames et mutations)

- La rencontre coloniale

La rencontre coloniale fut d'abord perçue comme lieu de confrontation entre un monde non-moderne et un monde moderne, si l'on adopte la lecture qu'en font les Occidentaux (Kipling et le White man's burden / Valéry : porter les lumières de la civilisation) et aujourd'hui Huntington : « Clash of civilizations ». Ces lectures suggèrent une opposition radicale entre tradition et modernité

Mais de nombreux auteurs ont montré (Bayart, Wittrock) que le système dit « traditionnel » (tribal, clanique, lignager) oppose en réalité aux changements dits « modernes » de fortes résistances, et que parallèlement, les structures modernes (administratives, morales, religieuses) nouent avec la tradition de curieux compromis. La modernité y passe toujours par une résurgence de la tradition, sans que celle-ci ait pour autant un sens conservateur, comme nous allons le voir avec l'analyse de la culture populaire.

La notion de culture populaire est cruciale pour comprendre l'opposition que l'on trace ordinairement entre modernité et tradition. Dans les 1930 - 1950, la notion de culture populaire était associée avec l'idée de racines locales, nationales ou régionales. La tradition était associée au passé (folklore) et pensée comme exclusive du nouveau (moderne). Nous pensons qu'une lecture moderne de la tradition doit au contraire prendre en compte les phénomènes de reconstruction de la tradition. Si l'on définit avec Renato Ortiz8(*) la tradition comme tout ce qui est inséré dans la culture du quotidien, on peut alors concevoir une « tradition de la modernité » (exemple : TV, voitures, aéroports, centres commerciaux, publicité...).

Un exemple éclairant est celui du Mexique ou du Brésil, où les productions de séries TV ont conquis non seulement leur marché intérieur, mais concurrencent les Etats-Unis dans toute l'Amérique du Sud. Ceci est une trace de la modernité car on a commercialisé un produit culturel, on l'a exporté, et ceci a produit dans ceux qui reçoivent ce produit culturel de nouveaux modes de vie, de sociabilité.

On voit alors émerger des identités déterritorialisées, dans un univers du consumérisme. L'exemple que Giddens donne de ces identités déterritorialisées sont « le jeune, le couple sans enfant, les personnes âgées ». Ce sont des catégories universelles, détachées d'un pays, témoignant de processus de recomposition et d'amalgame.

Talal Asad montre que ces mêmes processus sont à l'oeuvre dans les sociétés islamiques, où plusieurs techniques étrangères furent adoptées (en Arabie Saoudite), sans opposition de l'ulama : des routes pavées, de nouvelles technologies pour imprimer et construire, l'électricité, de nouveaux médicaments... Talal Asad parle de « traduction » pour évoquer ces phénomènes, ce qui rejoint notre définition de la modernité comme une énonciation.

- Peut-on parler de la construction subjective de l'existence comme d'une combinatoire généralisée ?

Dans le monde non-occidental : faute d'une évolution politique ou industrielle en profondeur, ce sont souvent les aspects les plus techniques qui marquent en premier. (les plus exportables : comme les objets de consommation ou les mass media). Différent du long parcours de rationalisation philosophique et économique en Occident. Retentissement, mais différencié : accélèrent la remise en cause du mode de vie traditionnel et monoculturel ; précipitent la conviction en des revendications sociales et politiques de changement (jusqu'à un modernisme9(*) : cf. Ghandi a la sagesse de ne remettre en cause que l'intouchabilité, que la Constitution indienne de 1950 rend inconstitutionnelle, alors que la dissolution égalitariste et libératoire des castes aurait été problématique et créatrice de troubles).

- La mutations dans les modes de vie : de la cumulation à la recréation.

Théorie = le Sujet est en droit et en mesure de choisir son style de vie, l'existence de multiples milieux d'action en société lui donnant la possibilité d'opérer des choix segmentaires selon les contextes, et non plus seulement selon des ressources identitaires ou politiques données.

Iran peut être considéré comme un laboratoire idéal dans son caractère récent et rapide. L'élection de Khatami 1997 a été une forme de révolution culturelle : il a provoqué la création gouvernementale et volontariste d'un espace public pendant les quelques années « postrévolutionnaires », et l'instauration d'un Etat de Droit dans un pays de règles (République Islamique d'Iran). On note en particulier dans cette période courte, outre la bureaucratisation et rationalisation du champ religieux (nouvelle cérémonie de l'Age du Devoir pour les enfants, tarification des prestations cléricales, polarisation clérical sur Qom, Ispahan ou Mashhad) qui signalent une mutation radicale de la raison d'état qui prévalait jusqu'alors, l'émergence d'un certain nombre d'espaces de subjectivité possible : étudions trois domaines en particulier pour démontrer la mutation culturelle correspondant à ce que nous avons dit plus haut.

en ce qui concerne le développement du secteur privé, le javanmard est dans le Coran l'homme intègre et idéal, en improvisation permanente dans un monde donné doté de qualités sociales comme le charisme, la confiance et la respectabilité, l'esprit de réseau. Sa transmutation en adam-e ejtemai dans les nouvelles théories du pouvoir le transforme en être en société, doté de l'esprit marchand traditionnel réactualisé : organisation en guildes, institutions caritatives et de banques islamiques en réseaux....

en ce qui concerne la mutation de la cellule familiale, la mutation est tout aussi partielle : l'éthique communautaire reste forte, et la famille demeure le référent subjectif le plus important. (elle se nucléarise et enregistre l'individuation de ses membres favorisée par les innovations de la vie modern : ameublement occidental entraîne par exemple 1. chambres particulières au lieu de l'espace privé collectif du khodi, 2. femmes hommes et enfants mélangés autour de la télévision sauf pour les postes reliés aux satellites que se réservent les seuls hommes (gros débat public en 1994, cas intéressant de recréation d'un espace différencié).

enfin l'émancipation relative de la femme dans ses activités privée est un exemple parfait de segmentation des choix : une femme peut donner des cours d'aérobic et être une croyante assidue. En effet, l'Etat a lui-même promu la gymnastique des femmes pour accroître la triple capacité de femme-mère-ménagère, conformément à des études ayant démontré le lien entre le développement ces trois rôles sociaux. Elle peut donc être en body sous son tchador, pou accroître les revenus du ménage et être plus apte à servir sa maisonnée.

> le sujet sculpte sa propre subjectivité à la fois de façon inconsciente et en usant de sa faculté critique, par le choix d'éléments composites ou adaptés, en particulier dans les modalités de sa consommation.

- le choix et son ostentation : la consommation comme mode privilégié de l'affirmation de la subjectivité et de la personnalité

Les processus de subjectivation passent souvent par la consommation, par rapport un peu fétichiste à l'objet acheté. L'objet, la commodité est dépouillée de toute valeur sauf de sa valeur pour celui qui l'achète. C'est pour cela que Bayart insiste sur le fait que la « biographie culturelle » d'une Mercedes n'est pas la même en Allemagne ou en Afrique [p.23]. On ne peut pas concevoir un emprunt culturel sans qu'il y ait une dérivation créative.

Consommer, ce n'est pas seulement faire mais dire quelque chose (d'où notre idée de l'énonciation ; quand dire c'est faire, du performatif). Un projet mental précède l'acte de consommation (creuse le désir), puis le consommateur construit des images associées avec les produit qu'il achète, se l'appropriant de façon définitive ou temporaire (ceci est encore un signe de son libre choix permanent : le Sujet peut modifier son mode vestimentaire, ses goûts musicaux etc., transformant et recréant à chaque fois sa Subjectivité en mutation en phase ou non avec le monde qui l'entoure (phénomènes de mode, d'anti-conformisme etc.)

Le mouvement situationniste (entre 1958 et 1969 ; Guy Debord publie La Société du spectacle, 1967) propose une critique intéressante de ce phénomène. Pour les situationnistes, la marchandise n'est plus une réalité, mais avant tout un spectacle. L'acte de consommation symbolique l'emporte sur l'acte productif. Ainsi, dans le premier chapitre de La Société du spectacle :

* 1 Les Mots et les Choses

* 2 Les fondements de la métaphysique des moeurs : le sujet accède à sa qualité de sujet dès lors qu'il manifeste la conscience de son désir particulier au sein de l'univers, et qu'il en prend la dimension et la mesure « agis de telle sorte que la maxime de ta volonté puisse en même temps toujours valoir comme principe d'une législation universelle ».

* 3 « j'ai besoin d'autrui pour saisir à plein toutes les structures de mon être, le Pour-Soi renvoie au Pour-Autrui » `autrui est indispensable à la connaissance de moi-même » L'Etre et le Néant.

« Nous avons inventé autrui / Comme autrui nous a inventé / Nous avions besoin l'un de l'autre » P. ELUARD, le Visage de la Paix

* 4 découverte de l'héliocentrisme = distanciation, recadrage astronomique et philosophique. Das Leben des Galilei

* 5 Sous l'Absolutisme du XVIIIè, création des cliniques pour enfermer et marginaliser les « sujets hétérogènes » dont les actes ne correspondent pas aux normes communautaires. Histoire de la Folie

* 6 dans son article « Modernity : One, None, or Many ? European Origins and Modernity as a Global Condition » in Daedalus2000

* 7 Structuralisme et Poststructuralisme

* 8 Daedalus 2000, p. 258

* 9 Modernisme : 1. tendance à préférer et à rechercher ce qui est contemporain, nouveau

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"L'ignorant affirme, le savant doute, le sage réfléchit"   Aristote