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L'existence d'une conception des droits de l'homme propre aux états musulmans


par Peggy Hermann
Faculté de Droit de Montpellier 1 - DEA de Droit International 1999
  

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§ 2 : La question sur la notion de liberté

La notion de liberté est essentielle dans l'étude du contenu du particularisme. Elle permet de comprendre comment les Etats musulmans justifient le pouvoir de la Loi islamique sur les droits de l'Homme.

A- Le contenu de la liberté

1- La revendication traditionaliste de la liberté

La liberté est un concept qui occupe une place de choix parmi les valeurs qui structurent le monde musulman. L'idée de liberté est tellement importante que les musulmans l'associent aux notions d'honneur, de dignité et à la valeur fondamentale d'un être humain.

De même pour les notions de justice, d'égalité, de solidarité et toutes les valeurs qui fondent les droits de l'Homme ; des textes les plus anciens aux discours les plus contemporains, la référence à ces valeurs est tellement présente qu'on a du mal à imaginer que les droits de l'Homme pouvait rencontrer le rejet, l'hostilité et les violations dont les gouvernements et les sociétés musulmanes sont accusés.

Cependant, il faut dépasser la simple référence à ces valeurs et rechercher la signification réelle de la liberté et de la Loi. En effet, comme les Anciens Grecs, les Romains, les Egyptiens ou les Judéo-chrétiens, les Musulmans se sont toujours référés à ces valeurs tout en pratiquant l'esclavage, le despotisme, les guerres de religions...

Parler du contenu de la liberté revient à parler de l'Islam comme mode de vie.

L'Islam indique des lignes de conduite précises qui s'appliquent à tous les hommes et qu'il s'agit de respecter dans toutes les situations de l'existence. La règle qu'il donne est d'une portée large : elle inclut les domaines sociaux, économiques, politiques, moraux et spirituels. Le Coran rappelle à l'homme le but de son existence terrestre ainsi que ses devoirs et obligations envers lui-même, ses parents, ses proches, sa Communauté, ses semblables et son Créateur. L'existence se présente alors à lui comme un défi qui lui permet de mettre en pratique ces idéaux élevés.

Les conceptions traditionalistes islamiques ne donnent pas de définition de la liberté, mais des règles de conduite que l'homme se doit de suivre car elles sont enseignées par Dieu et à travers lui. Lorsque nous parlons de droits ou de libertés en Islam, nous pensons que ces droits ont été octroyés par Dieu, et non par un roi ou une assemblée législative. Personne n'a le droit d'abroger ces droits et libertés.

Les Chartes, les proclamations et les résolutions (et autres textes...) des Nations Unies ne peuvent être comparées aux droits que Dieu sanctionnent : car alors que les premières s'appliquent à n'importe qui, les seconds s'appliquent à chaque musulman. Ces droits font partie intégrante de la foi islamique. Tous les musulmans ou les administrateurs qui se disent musulmans, devront les accepter, les reconnaître et les appliquer. S'ils négligent les droits que Dieu a attribué, s'ils apportent des modifications voir les violent tout en affirmant verbalement les respecter, le verdict du Coran est clair et sans équivoque :

«  Les incrédules sont ceux qui ne jugent pas les hommes d'après ce que Dieu a révélé » (Sourate 5 : Verset 44)20(*)

A titre d'exemple, la liberté d'expression. L'Islam reconnaît le droit à la liberté de pensée et d'expression pour tous les croyants, à condition qu'elle soit pour propager la vérité et la vertu, et non pour répandre la méchanceté et le mal. Il est interdit à quiconque d'utiliser un langage offensant ou injurieux sous prétexte de critique. Les Musulmans avaient l'habitude de demander au Prophète si une injonction divine lui avait été révélée sur tel ou tel sujet. Lorsqu'il répondait qu'il n'en avait reçu aucune, les Musulmans exprimaient alors librement leur opinion sur le sujet en question.

2- La critique de la conception moderne de la liberté

Les droits de l'Homme et les libertés sont inséparables de la modernité. En effet les libertés relèvent des sociabilités modernes où l'individualisme, comme repli sur le sphère privée et désertion de l'espace public, peut-être dépassé dans l'intersubjectivité qui ne procède pas de la soumission à des autorités fondées sur la servilité et l'ignorance, mais de l'adhésion d'individus libres, égaux et solidaires par nécessité ou par humanisme.

Dans la modernité, la société, comme l'individu ont pour principe de base : l'autodétermination et le refus de la soumission aveugle à n'importe quelle autorité. A l'inverse les conceptions « anté » et « anti » modernes se caractérisent par la contestation de ce principe de base au nom de nécessaires stabilité, pérennité et universalité des valeurs morales et juridiques ; c'est l'argument suprême, contre la modernité, de tous ceux qui comme les musulmans donnent la primauté à la religion et la tradition .

3- Les limites au principe de liberté

Durant la période pré-islamique, la société était fondée sur des relations inter-tribales. La liberté était l'acceptation constante de la hiérarchie de l'ordre tribal et de sa place dans cet ordre. Un homme libre est un homme heureux de servir ceux qui lui sont hiérarchiquement supérieurs en sachant éloigner de lui l'idée «pécheresse » de leur désobéir, de discuter leurs ordres ou de contester d'une quelconque manière leur autorité.

Avec l'avènement de l'Islam, le cadre de référence a changé, il n'est plus la tribu mais la «communauté des musulmans ». L'Islam va défendre une conception de la liberté définie comme étant celle d'un groupe, hiérarchisé selon la Loi qui s'impose à lui et à ses membres, contre tous ceux qui n'en font pas parti.

Il est légitime aux yeux de tous les musulmans qu'ils se doivent de porter leur message à toute la terre, y compris par la force. Les autres pays doivent s'ouvrir à leurs principes. Par contre le prosélytisme des non musulmans est interdit dans les pays musulmans, même quand ils sont citoyens de ces pays, comme c'est le cas pour les coptes en Egypte.

Les musulmans ont le droit de tenir des meetings, d'organiser des manifestations, de constituer des associations, de publier des journaux, de disposer de radios et tout réseau de diffusion comme Internet en France, en Angleterre, en Allemagne, aux Etats-Unis, en Italie etc.... .

Dans la première acceptation de la liberté, qui est celle du droit des peuples à l'indépendance, les musulmans ne conçoivent la liberté que pour les musulmans à l'exclusion des autres qui ne peuvent y prétendre qu'en devenant membres de la communauté musulmane.

* 20 Abu-Sahlieh (S.A.A.), "Les mouvements islamistes et les droits de l'Homme", R.T.D.H n°34, 1998, p.257

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"La première panacée d'une nation mal gouvernée est l'inflation monétaire, la seconde, c'est la guerre. Tous deux apportent une prospérité temporaire, tous deux apportent une ruine permanente. Mais tous deux sont le refuge des opportunistes politiques et économiques"   Hemingway