WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Quel avenir pour la presse quotidienne nationale française ?


par Marc LEIBA
Ecole Supérieure de commerce de Reims - Master in Management 2006
  

précédent sommaire suivant

2.4.3 Les aides indirectes

Tableau 24 Evolution des aides indirectes à l'ensemble de la presse (1990-2004) en millions d'euros81(*)

 

1990

1995

2000

2004

2005

Aides indirectes

821,5

1145

1230

1244

n.c

En 2005, on estime à 242 millions d'euros le montant des réductions tarifaires accordées par la Poste. Les accords Laurent signés en 1980 prévoyaient une répartition tripartite et équitable du coût du transport des publications : 37 % pour l'Etat, 33 % pour la presse et 30 % pour la Poste. Mais il s'avère que la Poste doit combler les défections de l'Etat et d'autres négociations ont lieu pour tenter de remédier aux déséquilibres. Derniers accords en date, les accords Paul prévoient une revalorisation progressive des tarifs couplée avec une différenciation plus fine des aides suivant le type de publication et la zone de livraison.

Les avantages fiscaux sont de trois ordres. Tout d'abord un taux de TVA minime de 2,1 % soit une moins-value par rapport à une base de 5,5 % de 200 millions d'euros pour 2004. Ensuite, un régime spécifique d'abattement sur impôt pour les sociétés de presse, datant de 1945, d'un montant maximal de 5 millions d'euros. Enfin, l'exonération de la taxe professionnelle figure parmi les charges déductibles pour le calcul de l'avantage fiscal : environ 185 millions d'euros en 2004.

Notons que l'Etat accorde d'autres avantages fiscaux pour soulager les entreprises de presse comme des cotisations de sécurité sociale moindres pour les porteurs, journalistes et correspondants locaux sous conditions.

Les aides de l'Etat apparaissent donc comme très importantes même si les aides indirectes sous forme de moins-values sont plus nombreuses que les subventions directes en argent sonnant et trébuchant. Toutefois, comme à l'époque de Léon Blum, les quotidiens nationaux ne pourraient pas s'en sortir, toute chose étant égale par ailleurs, s'ils affranchissaient à des tarifs postaux grand public. En outre, la presse magasine est le premier client de la Poste, qui agit donc en fonction de ses intérêts bien compris. Les aides indirectes accordées par l'Etat ou des organismes publics relèvent de choix politiques, voire clientélistes. Ni leur nature ni leur montant ne sont vraiment critiquables puisqu'elles favorisent un secteur et des professions, et que c'est une utilisation possible de l'outil de politique fiscale. En revanche, il y a matière à critiquer les aides directes. Si elles partent toute d'un objectif noble comme le soutien au pluralisme ou la volonté de maintenir une agence d'information française, l'AFP, pour ne pas s'en remettre à un monopole anglo-saxon, leur efficacité est loin d'être acquise. On voit alors émerger un risque d'aléa moral de la part des entreprises de presse et des entités qui gravitent autour d'elles, au sens où les acteurs s'en remettent à un Etat perçu comme prêteur en dernier ressort. Remarquons également la survivance des erreurs historiques commises à la Libération et leur conséquence : la création de fonds spéciaux pour encourager, moderniser, réajuster... La faute à une logique sectorielle qui relève plus de la coterie que d'une réelle vision économique : les titres ont tendance à régulièrement tirer sur les fonds pour des investissements lourds aux retours très faibles, le tout sans bilan ex-post. Mais quitte à recevoir des fonds disponibles, il convient de réorienter les dépenses vers du rédactionnel, du commercial, vers la présence sur Internet et de procéder à une modernisation sociale ; en clair il serait économiquement optimal de dégraisser les effectifs ouvriers pour gagner en productivité, et, pourquoi pas, atteindre la rentabilité.

Au final, il semble que la PQN se soit mal acclimatée à la concurrence sous toutes ses formes. Elle n'a pas assez tenu compte des évolutions socioculturelles qui se sont produites au cours de la seconde moitié du XXeme siècle dans la société française. Par conséquent elle aurait elle-même alimenté les préférences pour d'autres supports écrits d'information comme les newsmagazines ou les quotidiens gratuits, ou encore pour d'autres médias tels la télévision et Internet. Peut être aussi ne se considère-t-elle pas concernée par le concept même de concurrence, jugé par trop industriel. La PQN se trouve donc renvoyée à un cruel choix de société. Soit elle considère qu'elle n'appartient pas à la sphère de l'économie et peut développer une logique propre, quitte à rencontrer de graves difficultés périodiques. Le cas échéant, elle pourra toujours se retourner vers l'Etat et invoquer légitimement la défense du pluralisme d'opinion. Soit la PQN se pense comme une industrie déclinante, mais à qui il reste, en théorie, des moyens d'action pour se restructurer. Enfin, si elle accepte la rationalité de l'agent économique alors il lui reste quelques atouts dans sa manche.

* 81 Repris de P.Le Floch et N.Sonnac, opus cité, p.68, d'après des sources parlementaire.

précédent sommaire suivant