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Quel avenir pour la presse quotidienne nationale française ?


par Marc LEIBA
Ecole Supérieure de commerce de Reims - Master in Management 2006
  

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1.2 Le déclin incontestable de la PQN

1.2.1 Une tragédie française

La PQN française a connu son apogée à l'aube de la première guerre mondiale. A cette époque, quatre titres s'approchaient, voire surpassaient, le million d'exemplaires vendus quotidiennement. Il s'agissait du Petit Journal, Le Petit Parisien, Le Matin et Le Journal. D'ailleurs, en 1916, Le Petit Parisien se hissait au rang de premier quotidien de la planète avec une diffusion de trois millions d'exemplaires vendus chaque jour. Le premier conflit mondial aura fait beaucoup de tort à la presse quotidienne, notamment en raison de l'intervention de l'Etat sous la forme de censures et de propagande. C'est d'ailleurs en 1918 qu'est rédigée La charte des devoirs professionnels du journaliste français, texte fondateur pour les principes déontologiques de la corporation. Autre phénomène qui s'avérera être un choix de courte vue, les alliances entre les principaux quotidiens de l'époque, soucieux de limiter la concurrence, qui ont contribué à scléroser le marché. Enfin, sous la IIIeme République la presse est qualifiée de vénale en raison des liens financiers étroits que celle-ci entretenait avec les gouvernements français et étrangers, ainsi qu'avec les milieux d'affaires.   Citons comme exemples le scandale du canal de Panama et l'affaire Raffalovitch. Dans l'immédiat après seconde guerre mondiale, la PQN connaît également une période d'euphorie, bien compréhensible après les années de propagande, de presse sous étroite surveillance et de publications clandestines. 1945, et plus encore 1946 furent des années d'expansion. Mais l'euphorie est vite dissipée, et jusqu'à aujourd'hui, la PQN n'a pas retrouvé sa diffusion de cinq millions et demi d'exemplaires jour de 1939.

Tableau 2 Tirage moyen journalier en juin de chaque année3(*)

Année

Nombre de titres

Tirage total (en milliers d'exemplaires)

1945

26

4 606

1946

28

5 959

1947

19

4 702

1948

18

4 450

1949

16

3 792

1950

16

3 678

1951

15

3 607

1955

13

3 779

1964

14

4 107

1970

13

4 278

1977

15

3 185

1980

12

2 913

1985

12

2 777

1990

11

2 741

1995

12

2 844

2000

10

2 186

2001

10

2 254

Le nombre de quotidiens nationaux, entre 1945 et 2001 passe de 26 à 10, alors qu'il atteint un record de 28 titres en 1946. Le tirage total suit une trajectoire similaire en chutant de 4 606 milliers d'exemplaires imprimés en 1945, 5 959 en 1946, à 2 254 en 2001. Or, rappelons que la quantité d'exemplaires invendus, ou « bouillon » n'a fait que progresser au fil du temps. Par conséquent, un tirage n'est pas un indicateur fiable des ventes d'un titre. Seule la diffusion, et encore la diffusion payée, reflète le potentiel de vente d'un journal. En outre, même la diffusion payée peut être maquillée par les groupes de presse qui ont pu par le passé gonfler leur diffusion, en vendant des exemplaires à des grands comptes, telles des compagnies aériennes, qui rétro facturent les entreprises de presse au titre de frais divers et variés. La compagnie propose un service de plus à ses passagers, tandis que le journal peut s'enorgueillir d'une diffusion payée plus importante auprès des annonceurs.

Il faut souligner également, que derrière les chiffres traduisant la diminution du nombre de quotidiens nationaux, se cache la disparition de titres emblématiques comme Paris-Presse absorbé par France-Soir (milieu des années 1960), Libération (la version historique du titre fondé par Emmanuel d'Astier de La Vigerie disparaît en 1964), Paris Jour (1972), Combat (1974), L'Aurore qui fusionne avec Le Figaro (1980), ou encore Le Matin (1988). Autre signe qui ne trompe pas, depuis les années 1970, un seul titre est parvenu à s'imposer en PQN et se maintenir même s'il connaît aujourd'hui d'importants déboires financiers. Il s'agit de la nouvelle version de Libération, fondée en 1973 par Jean-Paul Sartre et Serge July. D'autres tentatives n'ont pas connu la même « fortune », citons entres autres Vingt-quatre heures, Le Quotidien du Peuple, Rouge, J'informe, L'Humanité Rouge, Combat Socialiste, Paris ce soir, Le Français, Le Temps de la finance, Le Sport, L'Imprévu, InfoMatin, Le Matin de Paris, Le Quotidien de Paris, Le temps de Paris, Le Jour, La Truffe, Information ou encore La République.

* 3 JM.Charon, La presse en France de 1945 à nos jours, Seuil, 1991, p.94 et Direction du développement des médias (DDM)

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