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L'évolution et la protection des droits de l'enfant en Mauritanie

( Télécharger le fichier original )
par Soukeina Gaye
Université de Perpignan - DEA 2007
  

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Paragraphe 5 : Enfants en conflit avec la loi

Les Droits de l'enfant s'exercent également dans le domaine de la justice, et la Convention des Droits de l'Enfant garantit une protection à l'enfant en conflit avec la loi, à travers notamment l'article 37, qui porte sur la torture et les traitement dégradants, qui sont interdits, ainsi que sur la privation de liberté, qui doit être une mesure en conformité avec la loi, prise en dernier ressort et d'une durée aussi courte que possible. Selon cet article, l'enfant privé de liberté doit être considéré avec humanité et respect, en tenant compte des besoins des personnes de son âge, et il a certains droits qui doivent être respectés (séparation d'avec les adultes, contacts avec sa famille, assistance juridique, présomption d'innocence, rapidité de traitement du dossier...). L'article 40, relatif à l'administration de la justice des mineurs, garantit à l'enfant le droit à un traitement adapté à son âge et qui soit de nature à favoriser son sens de la dignité et de la valeur personnelle. Quant aux établissements pour mineurs, ils sont régis par les principes des Nations Unies relatifs aux mineurs privés de liberté, qui prévoient notamment la possibilité pour les mineurs détenus de pouvoir acquérir des connaissances utiles à leur épanouissement et d'avoir accès à des activités et dispositions facilitant leur réinsertion.

Jusqu'en 1993, la législation pénale en Mauritanie ne faisait qu'accessoirement la différence entre les adultes et les mineurs. Elle assimilait les uns aux autres au niveau de la procédure et des lieux de détention.

Même si le système juridique avait offert des garanties universelles d'équité (droit à la défense, présomption d'innocence et égalité des justiciables devant la loi), et s'il mentionne la consécration de l'excuse de minorité et des circonstances atténuantes en cas de mineurs en conflit avec la loi, le Code de procédure pénal

Mauritanien ne faisait pas de distinction entre les délinquants. Une même procédure pénale s'était toujours appliquée aux enfants et aux adultes. Cela se traduit notamment pour les enfants par la lenteur de la procédure et des délais de détention préventive longs, quelque soit la nature du délit et la gravité des peines encourues.

Pour améliorer cette situation, les pouvoirs publics ont créé par la loi du 24 juillet 1999 des Chambres judiciaires spécialisées dans l'instruction des affaires impliquant des délinquants mineurs dans chacune des treize régions du pays. Dans ce cadre, treize juges pour mineurs ont été formés en 2001 et une formation a été dispensée aux policiers et aux assistantes sociales impliquées. Cependant, les attributions des Chambres judiciaires ainsi que des Cabinets d'instruction chargés de les seconder n'avaient pas été établies par un texte juridique. De même, les procédures judiciaires spécifiques aux enfants et les sanctions adaptées n'étaient pas déterminées par la loi. Dans ce contexte, les magistrats recourent le plus souvent à des principes généraux pour résoudre les litiges, sans invoquer les normes internationales en matière de justice juvénile, ainsi que cela pourrait être le cas compte tenu des Conventions ratifiées par la Mauritanie.

En matière pénale, le code pénal et de procédure pénale disposaient que de peu de dispositions protégeant les enfants. Ainsi le délai de garde à vue dans les commissariats de police ou les brigades de gendarmerie a été de deux jours pour les adultes comme pour les enfants.

Le délinquant mineur mauritanien est généralement âgé dans la plupart des cas de 12 à 16 ans, il n'a pas bénéficié d'encadrement familial approprié. La majorité de ces jeunes délinquants sont en déperdition scolaire ou ils n'ont même pas eu l'occasion d'aller à l'école initialement. Ils sont à 90% issus de familles éclatées souvent pour des raisons de divorce et qui vivent des conditions de vie très précaires. Jusque là il ne bénéficiait d'aucune prérogative lié à son statut . Depuis le début des années 1990, des espaces exclusifs réservés aux mineurs ont été créés, en premier lieu à Nouakchott, où un centre de rééducation des enfants en conflit avec la loi, consacrant le principe de séparation des mineurs et des adultes en milieu carcéral, a été mis en place. A Nouadhibou, une mission interministérielle réalisée en 2001, qui a mis en évidence les conditions difficiles de détention des mineurs, a conduit à la réhabilitation de la prison, avec une aile réservée pour les mineurs et les femmes.

Une centaine d'enfants sont accueillis chaque année dans le centre de Beyla. Le motif le plus fréquent d'incarcération est le vol (71% des motifs de placement), suivi par les bagarres avec coups et blessures (13%),1% de meurtre et 4% de viol. Les cas de récidive sont nombreux. Ainsi en 2006, sur les 123 enfants, 34 étaient récidivistes. Par ailleurs, 9 enfants étaient âgés de moins de quatorze ans.

La situation carcérale des enfants en Mauritanie s'est certes largement amélioré avec le code de procédure pénal en vigueur, ouvrant ainsi de nombreuses perspectives au jeune délinquant, mais demeure toujours inquiétante.

Ainsi comme nous l'avons vu, l'analyse de la situation de l'enfant en Mauritanie nous a permis de mieux cerner la réalité de l'enfant et les nombreux obstacles qui freinent son développement. Ces pratiques qui jusque là ont été considérées sans incidence sur la vie de l'enfant, mieux on y voyait son « honneur » vont susciter certaines questions liées à leurs conséquences notamment sur l'avenir de l'enfant.

C'est donc dans contexte qu'est apparue en Mauritanie pour la première fois l'idée de protection des enfants en tant que sujet de droit et non comme objet de certaines pratiques préjudiciable.

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"En amour, en art, en politique, il faut nous arranger pour que notre légèreté pèse lourd dans la balance."   Sacha Guitry