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Sémiologie de la poésie orale bamiléké: le cas des louanges pour jumeaux chez Yèmba

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par Albert Etienne TEMKENG
Université de Dschang - DEA d'études africaines. Option Littérature orale 2003
  

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IV - LES HYPOTHSES DE RECHERCHE

Pour répondre de manière anticipée à la question centrale de l'étude qui cherche à savoir si les louanges pour jumeaux yémba sont des poèmes, trois hypothèses de recherche ont été formulées, hypothèses qui cernent de manière assez totale toute la problématique.

Hypothèse de recherche n° 1 :

Les conditions de production des louanges pour jumeaux font d'elles des poèmes.

Il s'agira ici de monter que la production des louanges pour jumeaux chez les Yémba est la manifestation de la créativité littéraire, même si d'emblée le terme interprétation est généralement le plus usitée dans le domaine de la littérature orale.

Hypothèse de recherche n° 2 :

Les caractéristiques esthétiques des louanges pour jumeaux font d'elles des poèmes.

Cette hypothèse permettra de parcourir la structure des louanges pour jumeaux pour apprécier leur construction pour en dégager les schèmes fondamentaux qui structurent la signification textuelle.

Hypothèse de recherche n° 3 :

La signification des louanges pour jumeaux fait d'elles des poèmes ;

Ici, les conclusions dégagées au niveau des deux premières hypothèses permettront de définir les axes focaux de la signification de ces textes pour montrer qu'ils reflètent les structures sociales et idéologiques du peuple yémba. C'est alors qu'une ouverture pourra permettre d'envisager une dimension universelle des louanges pour jumeaux.

En définitive et au regard de leur formulation, les hypothèses de recherche ne seront aisément vérifiées que si la richesse multiforme des louanges pour jumeaux est appréciée au moyen d'une approche méthodologique appropriée.

V. LA METHODOLOGIE

La méthodologie de cette étude sera structurée en deux étapes fondamentales que sont les enquêtes sur le terrain et l'analyse des données.

V.1 Les enquêtes sur le terrain

Cette étape sera consacrée à la collecte des textes, collecte qui est préalable à tout travail de mise en forme des textes. Par conséquent, la collecte, la transcription et la traduction des louanges se feront au regard des spécificités de la langue yémba, de l'environnement socioculturel et des normes scientifiques en ce qui concerne la phonétique, la phonologie et même la grammaire française. Mais aussi, il faudra tenir compte des avis des informateurs pour que l'appréhension des louanges soit plus facile et l'étude plus totale.

En ce qui concerne la collecte des textes, elle se fera dans les cinq zones dialectales du yémba et en fonction de l'importance géographique et humaine de chaque zone. A cet effet, il faudra le cas échéant, les collecter en circonstances réelles et artificielles, et dans les différentes aires dialectales yémba que sont le yémba central, le yémba -est, le yémba- ouest, le yémba-sud et le yémba-sud-est 32(*).

Pour ce qui est de la transcription, elle prendra appui sur l'alphabet général des langues camerounaises33(*), mais en respectant les normes universellement reconnues en phonétique et en phonologie. Seule une telle démarche permettra de mettre en place le corpus de l'étude, un corpus qu'il faudra au préalable traduire en français.

La traduction du corpus d'une soixantaine de chansons se fera en deux étapes, d'abord la traduction littérale et ensuite la traduction littéraire. La première sera la traduction mot à mot tandis que la seconde en plus de s'inspirer comme la première du dictionnaire yémba - français34(*) puisera abondamment dans le contexte socioculturel ambiant les données permettant d'améliorer la qualité des textes tant sur plan linguistique, stylistique que culturel. A terme, la seconde traduction devra assurer la fidélité contextuelle des louanges, car il en est de leur mise en place comme de leur explication. L'une et l'autre «  [doivent] se fonder sur les données ethnosociologiques qui sous - tendent ces textes35(*) ». Tel est le cheminement à suivre pour la finalisation du corpus de l'étude qui sera analysé au moyen d'une démarche sémiologique bien définie.

V.2. - L'analyse des données

L'analyse des données dans cette étude se veut sémiologique et éclectique parce qu'elle voudrait faire la synthèse des sciences qui font de l'étude signe dans sa diversité et sa complexité leur préoccupation fondamentale et permanente.

L'éclectisme de cette démarche relève d'emblée du fait qu'elle est sémiologique, c'est - à - dire qu'elle prend source dans la science globale de tous les systèmes signifiants. Autant dire que cet éclectisme est inhérent à la sémiologie en tant que science du signe à la fois linguistique et non - linguistique. Cette position adoptée d'entrée de jeu nous permet de nous départir des positions assez embarrassantes de certains linguistes.

En effet, la précision ci - dessus évoquée est importante parce que certains linguistes non seulement séparent la linguistique de la sémiologie, mais encore trouvent que ces disciplines n'ont pas de rapports. C'est le cas de BAYLON et FABRE qui pensent que

ce que l'on appelle aujourd'hui sémiologie dans l'usage courant, c'est l'étude des systèmes autres que les langues, et non point l'étude de tous les systèmes de signe y compris les langues. Linguistique et sémiologie se retrouvent côte à côte et non pas l'une dans l'autre36(*).

Contrairement donc aux linguistes qui ont les mêmes points de vue que BAYLON et FABRE, nous resterons accrochés aux bases et principes définitionnels de la sémiologie telle qu'elle a été conçue et mise en place par SAUSSURE. Pour ce dernier comme pour BENVENISTE,

la sémiotique (ou sémiologie) est la science des signes. Les signes verbaux ayant toujours joué un rôle de premier plan, la réflexion sur les signes s'est confondue avec la réflexion sur le langage.37(*)

Quand on parle ici de langage, il faut entendre langage linguistique et non-linguistique. C'est dire que le signe linguistique est un signe sémiologique et que par conséquent, la linguistique appartient à la sémiologie. Dès lors, nous reprenons à notre compte la définition de SAUSSURE qui dit que la sémiologie est « la science qui étudie la vie des signes au sein de la vie sociale »38(*). Il s'agit bien sûr des signes linguistiques et non - linguistiques. Et il précise mieux sa pensée en insistant sur le fait que l'objet de la sémiologie sera constitué de « l'ensemble des systèmes fondés sur l'arbitraire du signe »39(*) qui est « l'unité de base de tout système signifiant ».40(*)

Pour mieux faire comprendre les rapports qui existent entre linguistique et sémiologie, BENVENISTE explique :

vous avez un système signifiant qui est la langue. On peut en trouver d'autres . SAUSSURE en a cité deux ou trois : le langage des sourds - muets, par exemple, qui opère avec d'autres unités qui sont les unités gestuelles ; il a cité également, et c'est plus discutable, le rituel des gestes de politesse. Mais c'est un répertoire limité. [...] Voilà des systèmes signifiants.41(*)

Cette perspective sémiologique sied bien à la présente étude en ceci que le texte oral qui en est l'objet est généralement dit ou déclamé dans une sorte de théâtralité qui implique la voix et le geste, une théâtralité où est présente « la passion de la parole vive ».42(*) Cette passion systématiquement liée à la gestuelle corporelle permet que « les émotions les plus intenses suscitent le son de la voix ».43(*)

Ainsi, la sémiologie permettra une meilleure appréciation de l'oralité des louanges pour jumeaux, car l'oralité implique la langue, mais aussi le corps, la gestuelle, la voix, bref tous les sens, à telle enseigne que les louanges pour jumeaux seraient mieux étudiées en tant que totalité alliant le linguistique et le non - linguistique. On comprend donc que le caractère vivant du texte oral serait mieux perçu à travers l'approche sémiologique éclectique, car elle est interdisciplinaire.

Interdisciplinaire, cette approche permettra de faire la synthèse des sciences à la fois linguistiques et non - linguistiques qu'elle intègre et qui seront exploitées au cours de l'étude. Elle permettra de puiser dans les sciences qui étudient les systèmes signifiants, les notions, principes et paramètres judicieux pour une étude maximale des louanges pour jumeaux. Il s'agit de faire appel aux diverses sciences que sont la sémiolinguistique, l'ethnolinguistique, la sociolinguistique, la sémiologie ethnoculturelle, la sociologie, l'anthropologie, la stylistique, la syntaxe, la sémantique, l'énonciation, la pragmatique, la proxémique dans une saisie globale des louanges pour jumeaux.

Par ailleurs, l'analyse des données ira du contexte à l'immanence et de l'immanence au contexte pour permettre d'examiner en le caractère poétique et partant la fonctionnalité esthétique et idéologique des louanges pour jumeaux.

La méthodologie de cette étude se veut sémiologique et éclectique parce qu'elle fait la synthèse des sciences qui font de l'étude signe dans sa diversité et sa complexité leur préoccupation fondamentale et permanente. De même, à la fois immanente, démarche est appropriée pour examiner le caractère poétique et partant la fonctionnalité esthétique et idéologique des louanges pour jumeaux. Cette dernière caractéristique de la méthodologie est ainsi révélatrice de l'organisation générale de l'étude.

* 32 Joseph NOUTENIJEU (2000), op.cit,, P.11

* 33 Maurice TADADJEU et Etienne SADEMBOUO (sous la direction de) (1984)., Alphabet général des langues camerounaises, Yaoundé, PROPELCA.

* 34 Steeve BIRD et Maurice TADADJEU (sous la direction de ), (1997), Petit dictionnaire français - yémba., Yaoundé, SIL.

* 35 N'KOTCHI NGUESSAM (1975), « De l'enseignement de la littérature négro - africaine » : Recherches, pédagogie et culture, Mars-Avril, P.60.

* 36 Christian BAYLON et Paul FABRE (1975) , Initiation à la linguistique, Paris, Fernand Nathan, P. 14.

* 37 Oswald DUCROT et Tzvétan TODOROV (1972), Dictionnaire encyclopédique des sciences du langage., Paris, Le Seuil, P.113.

* 38 Ferdinand de SAUSSURE (1966), Cours de linguistique générale, (1ère édition en 1916), Paris, Payot, P. 34.

* 39Ibid, P. 100

* 40 Emile BENVENISTE (1974), Problèmes de linguistique générale2, Paris, Gallimard, Collection « Tel », P. 33.

* 41 Ibid

* 42 Paul ZUMTHOR (1983), Introduction à la poésie orale, Paris, Le Seuil, « Poétique », P. 10

* 43 Ibid, P. 12

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