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"Keske j'fé, kan j'fé rien?"Adolescents en quête d'une identité personnelle:l'ennui fécond

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par Laura PERRIN
Haute Ecole Léon Eli Troclet - Educatrice Spécialisée 2007
  

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II 3. Les difficultés de l'éducateur face à l'ennui de l'adolescent

Comme je l'ai dit précédemment, ma pratique se base non pas sur un projet mais plutôt sur les interactions avec les jeunes au quotidien. Mon objectif final était de laisser des adolescents chercher par eux-mêmes la signification propre à leur ennui. Cet objectif n'a pas été déterminé et mis en pratique dès le début du stage. En effet, j'explique dans la partie théorique que la première réaction possible de l'éducateur face à un adolescent qui s'ennuie est la culpabilité. J'ai très souvent ressenti ce malaise. Pour illustrer mes propos je vais vous relater une expérience vécue pendant mon stage.

II 3.1 "On fait quelque chose mais on s'ennuie"

Je me souviens d'une situation. « C'est un mercredi après-midi. C'est une après-midi sans école, les enfants ont des activités prévues. Les adolescents ont la possibilité d'avoir des visites d'amis ou de participer à des activités. Aujourd'hui, aucun adolescent n'a de visite, les activités se passent dehors. En effet, il fait très beau. Tous les enfants et les adolescents partent se promener avec les éducateurs.

Néanmoins, deux adolescentes de 15 et 18 ans doivent rester au sein du service en raison de leur état physique très faible, qui ne leur permet pas de sortir. Je suis avec elles dans la salle principale. Je les vois inactives, elles sont enfoncées dans des fauteuils et ont l'air de s'ennuyer. Je leur demande ce qu'elles ont, elles me répondent d'emblée qu'elles s'ennuient, qu'elles ont en marre d'être ici et qu'elles dépriment. Cet instant me replonge dans ma propre période d'adolescente.

Je me souviens alors de cet état de lassitude physique et surtout moral que je pouvais ressentir lorsque je ne pouvais pas sortir et que je m'ennuyais. Je demandais alors souvent à mes parents de me trouver une solution, ils me disaient « regarde la télévision ou prends un livre ».

La salle du service a beaucoup de matériel pour des activités manuelles, je leur propose alors de prendre des feuilles de dessin, de la peinture, de trouver un thème et de laisser place à leur imagination.

Elles me répondent qu'elles n'ont pas envie de suivre mon idée. Je leur propose : "prenez un livre ou regardez la télévision!". L'idée du livre ne les séduise pas mais regarder un DVD les intéresse davantage. J'installe la télévision qui leur projète un DVD. Je ressens alors un soulagement, j'ai enfin trouvé un moyen de les occuper et de ne pas ressembler au "mauvais éducateur qui ne propose jamais rien !"Au bout d'une demi-heure j'entends l'une d'elles dire " on s'ennuie encore, non ?" »

Après cette expérience et d'autres du même genre, je me suis rendue compte que le fait de leur avoir trouver une solution occupationnelle n'a fait que repousser leur malaise. J'analyse mon intervention comme une solution dans l'immédiateté. J'ai voulu trouver absolument une réponse avant même que l'adolescente se pose la question de savoir pourquoi elle s'ennuyait. Je me suis alors demandée : elles sont déprimées car elles ne font rien? Ou bien elles ne font rien car elles dépriment ? De mon point de vue, je pense que notre société est régie par la consommation d'activité, et les institutions n'y échappent pas. Savoir que l'on ne fait rien peut entraîner la culpabilité, voire la dépression. Je me demande ce que ressentent ces deux adolescentes qui, qu'elles fassent quelque chose ou ne fassent rien, se retrouvent dans le même état psychique.

A partir de cette réflexion, je comprends que proposer des réponses toutes faites ne contribue pas à faire oublier l'ennui. Mon objectif est-il pour autant de faire oublier l'ennui ? Non. Mon objectif est d'essayer de faire prendre conscience aux adolescents que l'ennui peut être un symptôme au fait de ne pas savoir ce que l'on veut faire. Ce qui est alors important pour moi c'est d'insister sur le fait que l'on est pas obligé de faire quelque chose.

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"Les esprits médiocres condamnent d'ordinaire tout ce qui passe leur portée"   François de la Rochefoucauld