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La concertation comme outil de construction d'un développement durable en Nouvelle-Calédonie

( Télécharger le fichier original )
par Yannick MONLOUIS
Arsenal - M1 Infocom 2008
  

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Conclusion

Avant de répondre à la problématique de ce mémoire, je tenais tout d'abord à critiquer la méthodologie appliquée pour ce projet de recherche. Ce travail fut passionnant, il m'a appris énormément de choses sur énormément de domaines en allant bien plus loin que le seul cadre scolaire. Je pense avoir utilisé les techniques et méthodes adéquates pour répondre à la problématique.

Tout au long de cette étude je me suis aperçu que les hypothèses que j'avais formulé n'étaient peut être pas les plus pertinentes. En effet, avant de savoir en quoi la concertation favorise les parties sur les modalités du développement durable, n'était-il pas préférable de vérifier à la base s'il y a discussion ou pas ? C'est à la condition que les rencontres suivent ou tendent vers les principes Habermassien que l'on peut parler de discussion et donc de concertation. Je pense donc qu'il aurait été préférable que je suppose dès le départ si la situation peut être qualifiée comme étant une discussion ou pas.

Ensuite, le degré d'ouverture que je tente de présenter suivant les réunions est une variable peu fondée. Pour être pertinente, il faudrait soit une moyenne d'un nombre conséquent de réunions, or l'échantillon analysé est trop restrictif. Soit le comparer à partir de mémes grilles d'analyses à d'autres comités tels que les CLIC en France ou les PAM en Afrique. Dans ce cas, la comparaison serait très difficile car ces comités ont souvent une forte identité locale.

Puis, de part sa taille, l'échantillon d'analyse rend difficile, voir impossible la généralisation des conclusions. Cependant, je reste convaincu que les trois postulats que je présente à la fin de cette conclusion sont indiscutables et nécessaires à toutes concertations, que ce soit dans l'espace, dans le temps et pour n'importe quel sujet.

Finalement, ce travail de recherche m'a permis d'avancer encore plus dans mon questionnement. Je pense avec du recul que ma question de départ était trop large. Mon sujet a abordé une multitude de points qui peuvent tous faire l'objet d'un mémoire ou méme de thèses. Pour la prochaine étude, il faudra que j'aille plus loin dans l'élaboration de mon projet de recherche.

Ce travail de recherche nous a permis de comprendre globalement les enjeux de la concertation dans les politiques de développement durable en nous basant sur l'exemple calédonien. L'implantation de la société minière Vale Inco en Nouvelle-Calédonie est un sujet

d'une étonnante richesse qui englobe quasiment tous les aspects récurrents que l'on peut rencontrer lorsque l'on traite des questions de gouvernance partagée.

Au début du projet, nous avons constaté un manque flagrant de confrontations entre les parties liées au projet. Les divergences d'intérêts particuliers expliquaient l'existence de cette situation inerte.

Au fur et à mesure de l'avancement du projet, une prise de conscience est née dans la société civile concernant la problématique environnementale. La précipitation des décisions prises, le vide en matière juridique et l'opacité de l'information ont été des éléments clés pour réveiller les esprits. En effet en filtrant les informations, le système économique et le système politique ont engendré un sentiment de méfiance de la part de la population vis-à-vis du projet. Face à l'absence de communication, notamment en matière environnementale, la société civile s'est mobilisée pour faire intégrer au coeur du cercle décisionnaire ses inquiétudes concernant les impacts environnementaux de l'usine.

Le principal élément qui fut discuté fut le processus de prise de décision. Celui-ci était inadapté et il comportait des manques importants en termes de participation du public et de transparence de l'information. Au fil de plusieurs manifestations, de recours en justices et d'actions plus radicales, le système politique et le système économique se sont engagés dans un processus d'amélioration du déroulement des prises de décisions. Les nombreuses démarches qui ont émergé de ces rapports de force tendent vers une gouvernance respectant les modalités du développement durable.

Cependant, notre analyse a mis en exergue le fossé entre ce qui est dit, c'est-à-dire ce qui est annoncé par les organisateurs et les résultats sur le terrain, c'est-à-dire les conséquences effectives de ces démarches.

On a pu constater qu'une structure originale telle que le CICS ne répond pas de façon optimale aux revendications émises par la société civile. Plusieurs éléments expliquent les difficultés que rencontre ce comité pour être un espace ouvert.

Premièrement, la multitude d'acteurs qu'impliquerait une ouverture totale du débat, suppose des moyens financiers, matériels, humains, temporels, etc.... que la Province sud, organisateur de ces réunions ne peut supporter. Dans le compte rendu n°2, le Président du comité souligne la nécessité de restreindre le débat pour être capable de le gérer.

Ensuite, il faut une volonté du système politique. Or les entretiens effectués montrent que les participants sont sélectionnés. Cette pratique traduit une volonté des organisateurs de contrôler le débat, c'est-à-dire de contrôler un espace qui devrait être poreux et ouvert à son environnement pour ainsi stimuler l'innovation autour du projet.

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Puis, il est toujours difficile pour les membres de la société civile d'intégrer ce type de structure, car au final la décision ne leur appartient pas. Lorsque les décisions suivent majoritairement l'avis de la société civile, cette dernière est plus motivée pour prendre part au débat, mais concernant les réunions du CICS, les décisions ont souvent été différentes des avis et propositions des associations, voir incomprises par celles-ci. Il est donc compréhensible que les associations environnementales soient réticentes à participer, d'autant plus que la plupart d'entre elles ne sont pas autorisées à prendre la parole en réunion.

Finalement, on constate que la structure est principalement investie lors de situations conflictuelles ou de points importants pour l'avancement du projet. Dans le cas contraire, seul un groupe « d'expert » occupe les réunions du comité.

On peut dire que cette structure bien qu'utile reste à parfaire car elle comporte des lacunes intrinsèques qui restreignent son efficacité. En effet tous les éléments ne sont pas réunis pour créer une discussion au sens Habermassien. S'il n'évolue pas, ce comité va disparaître laissant place aux autres espaces de discussion qui jouent un rôle grandissant dans la concertation et la gouvernance du projet.

En synthèse, nous pouvons noter trois points importants ou trois conditions sine qua non à tout processus de concertation.

Premièrement, le cadre réglementaire et juridique. Cet élément doit poser les bases de la communication. Chaque acteur doit trouver sa place dans la communication. Le droit garantit la liberté et l'égalité des acteurs dans la discussion. Tout en laissant place à une marge d'adaptation, le cadre réglementaire doit être assez précis pour éviter des situations de déséquilibre.

Puis, le temps. Au début de notre analyse nous avons pu constater les conséquences de prises de décisions précipitées. Pour être légitime, les décisions doivent passer par plusieurs écluses. Ces dernières doivent au préalable avoir été informées et surtout avoir eu le temps d'assimiler ces informations, sans quoi la prise de décision est biaisée. Donc, on peut dire que le temps est un élément crucial pour légitimiser la décision finale.

Enfin, la confiance. Ce point dépend principalement du précédent, car il est bien connu que la confiance se gagne au fil du temps. La confiance est une des bases de toutes relations. Elle un élément important des processus de concertation, car elle permet des discussions claires et productives dénuent de tout intérêts particuliers. D'ailleurs, la tenue de débat en public est un moyen d'établir une relation de confiance, puisque les discussions sont soumises à l'avis de tous et donc dépourvues de stratégie individuelle.

Les trois éléments que nous venons de présenter sont les principaux points qui sont ressortis de notre analyse. Cette liste n'est « peut être » pas exhaustive, mais elle constitue une base essentielle pour toute mise en place de procédure de concertation.

Au final, nous pouvons dire en réponse à la problématique que la concertation étant une forme de discussion, le projet se construit dans un processus de discussion entre ses principaux acteurs. Le cas calédonien est critiquable à plusieurs titres, mais on ne peut pas dire qu'il soit exempt de confrontation entre les parties. On a pu constater que la concertation favorise l'entente entre toutes les parties sur les modalités du développement durable en Nouvelle-Calédonie, en confrontant les différents acteurs du projet. Ces discussions ont souvent eu des retombées positives pour l'environnement social et naturel en Province sud. En Nouvelle-Calédonie la concertation n'a pas réussi à résoudre les conflits entre les différentes parties. D'ailleurs ce n'était pas le but premier. On peut méme dire qu'au départ, c'est l'effet inverse qui s'est passé. En effet, la confrontation des partis a engendré une vive opposition de la part de la société civile. L'ouverture de l'accès à l'information a provoqué de vives réactions. Aujourd'hui les relations entre acteurs du projet sont moins tendues. Toutefois ce calme est relatif car l'accident qui s'est produit récemment sur le site de l'usine remet en question cette stabilité fragile.

Ce mémoire a ouvert la porte à plusieurs questions. Ceci souligne la nouveauté de cette thématique et la richesse du sujet abordé. Malgré toutes les questions qui peuvent être soulevées, nous resterons au coeur du sujet et de son actualité en nous interrogeant sur l'évolution de la situation et les enjeux de la communication à la suite de l'accident chimique qui est survenu. Quel avenir existe-t-il pour la gouvernance du projet dans une situation de méfiance extrême ? Mais aussi, quels seraient les outils adaptés pour « rétablir la confiance » nécessaire au processus de communication entre les acteurs du projet ?

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"Les esprits médiocres condamnent d'ordinaire tout ce qui passe leur portée"   François de la Rochefoucauld