WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Réfugiés Hmong à  Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire) - rapports aux lieux et diaspora

( Télécharger le fichier original )
par Pilippe MICHEL-COURTY
Université de POITIERS - Migrinter - Master 2 2007
  

précédent sommaire suivant

Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy

I. Un dispositif méthodologique adapté à une population étrangère

«  Le réfugié est un produit du monde moderne. »

R. WALDINGER, 2006

L'arrivée des Hmong sur le devant de la scène internationale se fait dans le contexte des guerres de décolonisation qui ensanglantent la péninsule indochinoise dans les années 1970 et s'accompagnent de vastes déplacements de populations cambodgiennes, laotiennes et vietnamiennes. Dans les camps thaïlandais sous contrôle du Haut Commissariat pour les Réfugiés aux Nations Unies (UNHCR), se côtoient souvent des familles de nationalités différentes mais toutes dans l'attente d'une solution : si l'intégration sur place est refusée par la Thaïlande, l'accueil dans un pays tiers est souvent souhaité. Au début des années 1980, les premières familles hmong arrivent à Montreuil-Bellay, petite commune du Maine-et-Loire, et s'y installent de manière durable.

Nous évoquerons tout d'abord les problèmes rencontrés dans le recensement de cette population, en précisant alors qui sont les Hmong dans l'ensemble des peuples d'Asie du Sud-Est, puis, au regard de la problématique que nous avons retenue, nous fixerons le cadre conceptuel dans lequel se place cette étude et nous présenterons le dispositif méthodologique mis en place en fonction des caractéristiques de cette population.

1. Une minorité ethnique arrivée d'Asie et installée dans une très petite ville

Sachant qu'en France le comptage ethno-racial est interdit par la loi, le premier problème auquel se heurte le chercheur est lié à l'absence de données fournies par le recensement de l'INSEE. En effet, s'il est encore possible d'obtenir le décompte des Laotiens et leur localisation très approximative sur le territoire national, cela est absolument impossible en ce qui concerne les Hmong, sauf si l'on prend en compte la localisation des associations officiellement déclarées (carte n°17, p. 100). Jacques LEMOINE analysant les rites funéraires dans un village hmong de la province de Xaignabouli, remarquait qu'au cours de la cérémonie d'initiation du mort on évoquait les villages successifs où ce dernier avait résidé, et l'anthropologue de noter alors qu'« on peut ainsi se rendre compte à quel point une famille hmong peut se déplacer en l'espace d'une génération » (LEMOINE, 1983 : 20).

Ce n'est donc que par le biais des réseaux familiaux et associatifs qu'il a été possible de recueillir des données numériques. En cela, le contexte local de la recherche a facilité cette collecte : dans une très petite ville de 4000 habitants comme Montreuil-Bellay4(*), il est aisé de comptabiliser l'ensemble des foyers et d'étudier leur composition. Les chiffres seront donc précis à la date de l'enquête mais soumis à d'éventuelles variations, d'autant que cette population conserve une mobilité résidentielle relative liée à deux facteurs. Le premier est économique : le chômage et/ou la recherche d'un nouvel emploi induisent des changements de résidence. Le second facteur est sociétal et caractéristique des petits nombres de ménages qui évitent la dispersion sur l'ensemble du territoire national et préfèrent résider à proximité. Ces deux facteurs sont par ailleurs intimement liés : en effet la recherche et l'obtention d'un emploi peuvent être facilitées en activant les réseaux de connaissances, et de cette manière favoriser les rapprochements familiaux.

« Je suis Hmong » déclare Ka-Gé TCHA, 54 ans, au cours d'un entretien. Pourtant, il est de nationalité laotienne et bénéficie du statut de réfugié accordé par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Lao ou Laotien ? Hmong ? Réfugié du Sud-Est asiatique ? Devant cette catégorisation et trois manières de désigner un même individu, on peut s'interroger sur la nature de ces identités multiples. De qui parle-t-on dans chacun des cas ?

v Laotien ou Lao, identité nationale et identité ethnique

Située dans la péninsule indochinoise (carte n°1), la République démocratique populaire lao est l'un des 6 Etats formant l'Asie du Sud-Est. Le pays est bordé au Nord par la Birmanie (Myanmar5(*)) et la Chine, au Sud par le Cambodge, à l'Est et à l'Ouest par le Vietnam et la Thaïlande. C'est un territoire d'une superficie de 236 000 km², en grande partie montagneux, traversé presque du Nord au Sud par le fleuve Mékong, qui prend sa source sur les hauteurs de l'Himalaya et se jette dans la mer de Chine méridionale. Avec 6 521 998 habitants6(*), c'est le pays le moins peuplé de la péninsule (tableau n°1) et celui dont la densité de la population est une des plus faibles d'Asie (26,9 h/km²). Les plus fortes concentrations se trouvent le long de la frontière thaïlandaise autour des villes de Vientiane, la capitale, Savannakhet et Paksé au Sud. Au Nord et dans les régions montagneuses, les densités chutent à moins de 15 habitants par km² (FRANCO, 1992 : 203).

Carte n°1 : Le Laos dans la péninsule indochinoise

Pays

Superficie (km²)

Population (estimations)7(*)

Densité (h/km²)

Laos

236 000

6 368 481

26,9

Birmanie (Myanmar)

678 000

43 382 633

69,8

Vietnam

329 560

84 402 966

256,1

Thaïlande

514 000

64 631 595

125,7

Cambodge

181 035

13 881 427

76,7

Malaisie

328 550

24 821 286

75,5

Tableau n°1 : La péninsule indochinoise - données démographiques

Surnommé le «royaume au million d'éléphants» en raison du grand nombre d'éléphants qui vivaient auparavant sur le territoire, le Laos actuel est divisé en 17 provinces, elles-mêmes divisées en 142 districts et 11 386 villages (carte n°2). Du point de vue ethnique, cet Etat constitue une mosaïque très complexe de quelque 130 ethnies, sous-ethnies et en nombreux clans, sous-clans et lignées.

Le Laos compte plus de minorités que n'importe lequel de ses voisins immédiats (Birmanie, Thaïlande, Cambodge et Vietnam), ce qui en fait le pays le plus hétérogène de tout le Sud-Est asiatique. En effet, environ 40 % de la population lao est constituée d'ethnies minoritaires d'origine montagnarde, dont les Hmong et les Khmou qui représentent les groupes les plus importants.

Carte n°2 : Les provinces de la République démocratique populaire lao

Le terme « Lao » s'applique à l'ethnie lao proprement dite (majoritaire au Laos, et qui a donné son nom au pays), alors qu'on appelle « Laotiens » toutes les personnes résidant normalement au Laos quelle que soit leur origine ethnique (CONDOMINAS, POTTIER, 1982 : 200). Au sein du pays, on distingue les Lao Loum (ou Lao des Plaines) des Lao Theung (Lao des collines) et des Lao Soung (ou Lao des Montagnes) parmi lesquels figurent les Hmong, nettement minoritaires. A cela s'ajoute 1% de la population d'origine chinoise et vietnamienne.

S'il est possible d'être à la fois Laotien et Hmong, l'inverse n'est pas vrai, puisque les membres de cette ethnie sont dispersés dans plusieurs pays asiatiques dont la Chine.

* 4 4111 habitants (RGP 1999)

* 5 Myanmar : dénomination utilisée par l'ONU depuis 1989

* 6 The World Factbook, CIA (2007)

* 7 id.

précédent sommaire suivant






Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy








"Entre deux mots il faut choisir le moindre"   Paul Valery