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Mobilisation de l'epargne au Sénégal - cas des SFD et des AREC

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par Mbaye FALL
Université Paris 13 - Master 2 Banque Finance Gestion des Risques 2008
  

sommaire suivant

THEME :

MOBILISATION DE L'EPARGNE AU SENEGAL : CAS DES SFD ET DES AREC

INTRODUCTION

1. LES FACTEURS DETERMINANTS DE L'EPARGNE AU SENEGAL

1.1 Définition

1.1.1 Une finalité

1.1.2 Une attitude volontariste

1.2 Approche théorique

1.3 Description de l'évolution des variables

1.3.1 L'inflation

1.3.2 Le taux d'intérêt réel

1.3.3 Le revenu

1.3.4 La variable démographique

1.3.5 L'épargne extérieure

1.3.6 Le taux de change effectif réel

2. La situation de l'épargne intérieure

3. Les systèmes d'épargne au Sénégal

3.1 L'épargne formelle

3.1.1 La mobilisation de l'épargne par les SFD

3.1.1.1 Définition conceptuelle

3.1.1.2 Vocabulaire utilisé

3.1.1.3 Evolution des FSD et cadre réglementaire

3.1.1.3.1 Evolution des SFD

3.1.1.3.2 Cadre réglementaire

3.1.1.4 Présentation des SFD

3.1.1.4.1 Typologie des SFD au Sénégal

3.1.1.4.1.1 Les Mutuelles d'Epargne et de Crédit (MEC)

3.1.1.4.1.2 Les Groupement d'Epargne et de Crédit

3.1.1.4.1.3 Les Structures ou Organisations sous convention Cadre

3.1.1.4.2 Activités, produits et services de l'épargne

3.1.1.4.2.1 Les activités

3.1.1.4.2.2 Les produits et services de l'épargne

a) L'épargne volontaire

b) L'épargne obligatoire

c) L'épargne liée à un service donné

3.2 Le système informel de l'épargne

3.2.1 L'épargne informelle : une épargne associative

3.2.2 Les limites de l'épargne informelle

4. Recommandations

4.1 Diversifier les produits de collecte de l'épargne domestique

4.2 Raffermir la crédibilité et la sécurité des moyens de paiement

4.3 Dynamiser le marché régional des capitaux

4.4 Adoption d'une politique d'augmentation des revenus

4.5 Maîtrise de l'inflation

4.6 Politique de réduction du taux de dépendance économique

4.7 Politique d'incitation à l'épargne extérieure

4.8 Réorganisation ou articulation entre le secteur financier formel et le secteur financier informel

CONCLUSION

INTRODUCTION

La question sur la mobilisation de l'épargne au Sénégal se pose avec beaucoup d'acuité comme d'ailleurs dans tous les pays en voie de développement.

Le développement économique suppose un investissement dans le système productif. L'investissement implique au préalable l'existence d'une épargne clef de la croissance. L'épargne continue de financer une bonne partie de l'investissement dans la plupart des pays en voie de développement. En effet, une épargne abondante et régulière permet à un pays de réaliser une croissance équilibrée. L'épargne au Sénégal est caractérisée par un niveau de mobilisation très bas donc insuffisante pour alimenter les investissements.

Cette situation est pour une grande partie due à plusieurs facteurs liés à un ensemble de variables explicatifs que nous aborderons dans notre étude.

L'évolution du revenu des populations sénégalaises est très faible. Le taux de croissance démographique soutenu a un impact négatif sur le revenu des ménages.

Dans un environnement macroéconomique très instable, l'inflation n'est pas maîtrisée. Le taux d'inflation élevé freine le développement d'une épargne abondante.

Le taux d'intérêt réel, qui joue un rôle de contrainte de liquidité lorsqu'il est élevé, influence largement l'épargne domestique.

L'impact de l'épargne extérieure sur l'épargne nationale produit un effet de revenu positif. Or, depuis une longue période, cette épargne extérieure a été négative au Sénégal. Le taux de change effectif réel a aussi un impact non moins significatif sur l'épargne nationale.

Nous avons ensuite introduit dans notre étude la situation de l'épargne intérieure au Sénégal. L'insuffisance de l'épargne domestique se traduit par un déséquilibre significatif de toutes les balances de paiements courants.

Au Sénégal, malgré la cohabitation du secteur bancaire classique avec les institutions financières non bancaires tels les Systèmes Financiers Décentralisés et le secteur financier informel, le taux d'épargne est particulièrement faible.

Il sera aussi question de traiter l'évolution de l'épargne intérieure de 1970 à 2000.

Il est nécessaire de scripter les différentes formes d'épargne au Sénégal. L'épargne au Sénégal forme deux sphères structurées selon deux logiques différentes :

ü Une sphère officielle, légale régie par une réglementation : l'épargne formelle.

ü Une sphère informelle échappant à toute contrainte fiscale et réglementaire et touchant une partie importante des populations, surtout les plus défavorisées : l'épargne informelle.

Cette situation est caractérisée par un dualisme financier au sens large comme la juxtaposition des secteurs formel et informel en matière de financement.

L'épargne formelle concerne les banques, les institutions financières, les instituions de micro finance et les sociétés d'assurance.

Nous allons davantage l'accent sur le rôle joué par les Systèmes Financiers Décentralisés dans la collecte de l'épargne au Sénégal.

Ces institutions de micro crédit connaissent un essor fulgurant. Elles sont caractérisées par leur facilité d'accès au crédit qui, jusque là, était très difficile avec les banques.

Le système informel regroupe les associations tontinières, les personnes physiques, les commerçants, les employeurs et groupements, en développant des réseaux de solidarité. Le système est régi par des règles simples et adaptées au pouvoir d'achat de la clientèle.

L'inefficacité du secteur financier formel, due en grande partie à la sa rigidité de ce secteur et à l'omniprésence des pouvoirs publics, principalement en matière de fixation des taux d'intérêt, ont pour conséquence la présence du secteur informel à côté du secteur formel.

La naissance des associations rotatives d'épargne et de crédit est marquée par la manifestation de l'expression de la volonté d'un groupe pour satisfaire les besoins d'épargne de ses membres.

Leurs motivations ne sont pas seulement d'ordre économique mais peuvent être aussi des motivations sociales.

Toutefois, l'épargne informelle présente des limites liées essentiellement à la nature très particulière de ces organisations.

Les nombreuses insuffisances du secteur financier sénégalais empêchant ainsi une grande mobilisation de l'épargne, nous a poussé à terminer notre étude par la formulation de recommandations.

Ces recommandations peuvent s'articuler autour des points suivants :

· La diversification des produits de collecte de l'épargne domestique ;

· Le raffermissement de la crédibilité et la sécurité des moyens de paiement ;

· Le dynamisme du marché financier sous-régional ;

· L'adoption d'une politique d'augmentation des revenus ;

· La maîtrise de l'inflation ;

· Une politique de réduction du taux de dépendance économique ;

· Une politique d'incitation à l'épargne extérieure ;

· Une meilleure articulation entre le secteur formel et le secteur informel.

1. Déterminants de l'épargne au Sénégal

1.1. Définition

Le dictionnaire Larousse définit l'épargne comme « une fraction du revenu individuel ou national qui n'est pas affectée à la consommation », tandis que pour le dictionnaire Robert, il s'agit « des dépenses affectées à un niveau inférieur aux recettes, en vue de constituer une réserve ».

S'accordant communément à reconnaître que l'épargne est constituée d'une valeur non affectée à la consommation, les deux définitions présentées diffèrent toutefois profondément dans l'objectif qu'elles attribuent à l'épargne.

La première définition induit une notion de résidu : l'épargne. C'est ce qui reste quand on a finit de satisfaire ses besoins ; elles réduit l'épargne privée à l'équation suivante :

Epargne monétaire = Revenu disponible - Dépenses

Toutefois, la seconde ne perçoit pas de manière purement négative l'épargne comme le résultant d'une soustraction, mais comme une réserve issue d'une action et voulue.

Cette définition conduit donc à une attitude volontariste dans l'épargne, qui s'inscrit dans un renoncement de l'acteur économique (qu'il s'agisse d'un ménage, d'une entreprise ou d'une administration publique) à la consommation immédiate, en vue d'une finalité.

1.1.1 Une finalité 

L'épargne ne se réduit pas à une somme de monnaie non affectée : elle est ajustée à un but, en vue duquel l'acteur économique préfère différer sa consommation immédiate.

On peut même aller plus loin en affirmant qu'une somme d'argent résultant après consommation ne constitue une épargne que dans la mesure où elle est clairement et volontairement affectée à un but à réaliser dans le futur. Un montant d'argent non orienté n'est pas de l'épargne, c'est un simple résidu de la consommation.

Les objectifs alloués à la constitution d'une épargne peuvent bien-sûr différer, selon qu'elle est accumulée par un ménage, qui cherche principalement à consommer (biens durables, biens de consommation), une entreprise, dont l'objet de l'épargne s'effectue surtout en vue d'investissement, ou encore une administration publique, dont l'épargne est affectée à des dépenses publiques. A ce titre, l'épargne peut prendre diverses formes et se baser sur différents supports correspondant aux finalités spécifiques poursuivies par les acteurs économiques.

1.1.2 Une attitude volontariste

Différer la consommation, c'est renoncer à satisfaire un besoin de consommation immédiat, en vue de le satisfaire plus pleinement ou d'en combler un autre dans un avenir plus ou moins proche.

L'épargne est en cela un renoncement, un effort individuel ou collectif et peut ainsi constituer une attitude culturelle répondant à un rapport particulier au temps. Les économistes ont d'ailleurs pu identifier pour les ménages une courbe de l'épargne selon l'age de l'individu où le montant de la réserve fluctue selon les périodes de la vie.

L'épargne des entreprises connaît également une certaine régularité, alternant des phases d'accumulation et de désépargne selon les cycles d'investissement des entreprises.

Enfin, la gestion de la dette publique incite les administrations publiques à respecter un cycle régulier d'épargne.

Globalement, l'épargne brute représente la différence entre le PIB et les dépenses de consommation finale (l'ensemble des consommations d'un pays pendant une période donnée).

D'une manière plus précise, il s'agit du revenu national disponible qui n'est pas affecté à la consommation finale, celle des ménages, des entreprises ou des gouvernements. L'épargne brute correspond aussi à la somme des épargnes brutes des différents secteurs institutionnels. Cet indicateur a son utilité du fait qu'il nous renseigne sur la capacité d'un pays à débloquer ses propres capitaux pour les investissements ; autrement dit, la non dépendance vis-à-vis des capitaux étrangers.

Ainsi au Sénégal, le lien entre épargne et temporalité nous permet d'avancer l'idée d'une évolution nette de l'épargne. On note une croissance de l'épargne domestique brut de l'ordre de 39 % en 45 ans (de 1960 à 2005).

1.2. Approche théorique

« L'épargne domestique peut être subdivisée en deux parties : l'épargne publique et l'épargne domestique privée » (Gillis et al., 2001, p.389). L'épargne domestique privée se présente principalement sous trois formes : l'épargne forcée, l'épargne involontaire et l'épargne volontaire (Thirlwall, 2000).

L'épargne forcée provient de la hausse des prix et de la réduction de la consommation réelle que l'inflation entraîne lorsque les consommateurs ne sont pas en mesure de se défendre. La hausse des prix peut réduire la consommation réelle pour plusieurs raisons :

- l'apparition de l'illusion monétaire ;

- le fait que les individus veuillent conserver intacte la valeur réelle de la part de revenu qu'ils gardent. Ainsi, ils accumulent plus d'argent et dépensent moins lorsque les prix augmentent ;

- Le fait que l'inflation pourrait redistribuer le revenu à ceux qui ont une plus grande propension à épargner. L'inflation entraînée par l'expansion monétaire devrait certainement redistribuer le revenu au gouvernement en tant qu'émetteur de la monnaie. C'est la notion d'impôt, d'inflation dont Keynes disait que c'est une forme d'impôt à laquelle le public trouve beaucoup de mal à se soustraire et le plus faible des gouvernements peut imposer s'il ne peut imposer rien d'autre (Keynes, 1923).

L'épargne involontaire est engendrée par une réduction involontaire de la consommation des agents économiques.

L'épargne volontaire concerne le renoncement des individus à la consommation sur leur revenu et des entreprises sur leurs bénéfices. Elle dépend de la capacité et de la volonté d'épargner. Selon Thirlwall (2000), la capacité d'épargner dépend de trois déterminants principaux : le niveau du revenu par tête, la croissance du revenu et la distribution du revenu. La volonté d'épargner dépend du taux d'intérêt, de l'existence d'institutions financières, de la variété et de la disponibilité des actifs financiers et du taux d'inflation.

Pour les économistes de l'école classique, Adam Smith, David Ricardo, mais aussi Léon Walras, l'épargne, dans le cas d'une économie fermée, est nécessairement investie sous forme de consommation ou d'investissement. L'agent ne conserve jamais d'encaisses oisives. Il n'y a pas trace de préférence pour la liquidité. Toute épargne étant nécessairement transformée en investissement, le taux d'intérêt est la variable qui permet l'égalisation de ces deux grandeurs. L'offre d'épargne est une fonction croissante du taux d'intérêt et la demande de fonds, c'est-à-dire l'investissement, en est une fonction décroissante.

Dans les années 1930, Keynes critiquait avec ironie les classiques selon lesquels le consommateur réduit sa dépense pour augmenter son épargne lorsque le taux d'intérêt augmente.

Keynes se distingue principalement des classiques en ce qu'il considère que, la plupart du temps, l'épargne et l'investissement sont le fait d'agents économiques différents, dont le comportement s'explique par des variables différentes (le revenu pour l'épargne, l'efficacité marginale du capital et le taux d'intérêt pour l'investissement). Les projets d'investissement sont ainsi largement indépendants de l'épargne existante et leur égalisation à l'épargne existante n'est pas réalisée automatiquement par l'intermédiaire du taux d'intérêt, comme le pensaient les classiques, mais par la variation du revenu. Par ailleurs, c'est l'investissement qui exerce un rôle moteur sur l'activité économique.

Keynes en 1963 a fait une importante innovation en liant pour la première fois la consommation - par conséquent l'épargne - au revenu à travers la fonction de consommation (ou fonction d'épargne). De façon plus explicite, il stipulait que la fonction de consommation ou d'épargne est non proportionnelle, c'est-à-dire que les riches consomment proportionnellement moins et épargnent proportionnellement plus de leur revenu que les pauvres (propension marginale à consommer décroissante, loi psychologique fondamentale).

Pour Keynes, l'épargne dépendait directement du revenu courant disponible, c'est-à-dire du revenu après paiement des impôts directs, et la propension à épargner une partie du revenu courant disponible augmentait avec le revenu. Cette thèse, dénommée hypothèse keynésienne sur le revenu absolu, établit la relation suivante entre l'épargne et le revenu :

S = a + sYd (1)

Avec :

S = épargne ;

Yd = revenu courant disponible ;

a = constante (a<0) ;

s = propension marginale à épargner (0 < s < 1)

Le signe négatif affecté à la constante « a », entraîne une épargne négative lorsque le revenu est faible. Selon cette équation, lorsque dans un pays donné le revenu est croissant, les taux d'épargne devraient également croître sur une longue période.

Cependant, les études temporelles de long terme de Kuznets (1948) menées sur les Etats-Unis entre 1869 et 1939 font apparaître une propension marginale à consommer constante dans le temps, qui ne décroît pas quand le revenu augmente, contrairement à la théorie de Keynes. Ainsi, la théorie de Keynes serait valable sur courte période mais pas sur longue période. Il va en résulter une abondante littérature.

Duesenberry (1949) tente de réconcilier la loi psychologique fondamentale avec les résultats empiriques. Pour cela, il lève l'hypothèse d'indépendance de la consommation d'un agent par rapport à celle des autres. Il met alors en évidence l'effet de démonstration.

L'effet de démonstration y est défini comme un effet de contagion, de contact ou de relations sociales. Plus précisément, au-dessus d'un revenu minimum, la fréquence et la force des incitations à augmenter ses dépenses dépendent entièrement, pour un individu, du rapport de ses dépenses avec celles des individus avec lesquels il est en relation. Son modèle repose sur une théorie du revenu relatif, avec laquelle il montre que la propension à consommer des groupes inférieurs est plus forte car ils cherchent à imiter la consommation des groupes supérieurs. Il est représenté par la relation suivante :

C1 = a + (1-s) Yd 1 + b Ch (2)

Avec :

C1 = consommation pendant la période 1 ;

Yd 1 = revenu pendant la période 1 ;

Ch = haut niveau de consommation antérieur ;

a = constante (a<0) ;

s = propension marginale à épargner (0 < s < 1) et 0 < b < 1.

La tendance à la baisse de la propension marginale à consommer observée à court terme ne serait plus contradictoire avec sa stabilité à long terme. Quand le revenu augmente, chaque groupe augmente sa consommation dans les mêmes proportions pour aligner ses dépenses sur celles de ses voisins plus fortunés de sorte que la propension marginale à consommer à long terme soit constante.

L'hypothèse de Duesenberry (1949) a été formulée pour expliquer le comportement en matière de consommation et d'épargne aux Etats-Unis. Par la suite, son application aux pays en développement a montré que, dans ces pays, les groupes disposant de revenus élevés, mobiles sur le plan international, se conforment aux schémas de forte consommation de leurs homologues les plus prospères des pays avancés ; à leur tour, les groupes titulaires de revenus inférieurs tendent à imiter le comportement des groupes aux revenus plus élevés. Cette forte consommation inhibe à long terme la hausse de l'épargne qui aurait dû être consécutive à l'augmentation des revenus.

Les travaux de Kuznets (1948) et Duesenberry (1949) permettent de nuancer la théorie de Keynes qui stipule que le taux d'épargne augment sur une longue période lorsque le revenu est croissant. Cette assertion peut se vérifier sur le court terme mais n'est pas forcément valable à long terme.

Un autre déterminant majeur de l'épargne domestique est la croissance du revenu comme indiqué par l'hypothèse du cycle de vie (Ando et Modigliani, 1963). Selon Ando et Modigliani (1963), les comportements réels de consommation seraient différents selon les phases de la vie des individus puisque le profil temporel des revenus varie en fonction des trois grands âges de la vie (enfance, activité, retraite). Par le recours à l'emprunt et par la pratique de l'épargne, la consommation peut être mieux répartie dans le temps que le revenu.

En adoptant l'hypothèse que l'agent essaie de maintenir un niveau de consommation constant ou relativement croissant au cours de sa vie, il est possible de mettre en lumière un cycle comportant trois phases :

- La première phase correspond à la période de jeunesse au cours de laquelle l'agent est emprunteur ;

- Dans la seconde phase, à l'âge mûr, l'agent devient épargnant net ;

- Avec le départ à la retraite, dans la troisième, il devient désépargnant pour se retrouver au « point mort » à son décès en supposant qu'il n'y a pas de legs.

1.3. Description des variables de l'épargne

Le choix des différentes variables est basé sur l'ensemble des études qui traitent de l'épargne nationale.

1.3.1 L'inflation

Pour essayer de cerner l'effet de l'épargne créée à cause de l'incertitude macro-économique, certains auteurs dont Hadjimichael et Ghura (1995) ont inclus dans leur modèle le taux d'inflation comme variable explicative. Dans leur étude, le taux d'inflation affecte négativement le taux d'épargne.

D'autres auteurs comme Houziot, C. et al. (2000) affirment plutôt que l'ajout de cette variable dans leur modèle permet de tenir compte de la dévalorisation de l'encours de richesse financière. Dans un environnement macro-économique très instable, l'incertitude accrue résultant des variations des prix peut réduire l'épargne nationale par son effet des taux de rendement. La réaction du taux d'épargne suite à une variation du taux d'inflation est donc ambiguë. Au Sénégal, durant l'année de la dévaluation en janvier 1994, le taux d'inflation était de 32,1 %. Un an après la dévaluation, le taux d'inflation est ramené à 8 % (1995), 1,8 % en 1997 et 2 % en 1998.

La phase qui correspond à la période 1970-1974 est marquée par une évolution du taux d'inflation. Après avoir atteint 31,7 % en 1975, suite à la crise pétrolière et à la sécheresse, l'inflation est confinée à 1,1 %. Ceci peut-être expliqué par l'essor de l'agriculture.

De 1976 à 1985, on peut identifier sur ce graphique une augmentation de l'inflation, sauf en 1978 et 1981 où elle diminue. A partir de 1982, l'inflation décroît jusqu'en 1987 et est maîtrisée jusqu'en 1993. Mais, pour la période 1994-1995, on observe une augmentation importante de l'inflation marquée par la dévaluation. A partir de cette période, l'inflation est maîtrisée de nouveau. En effet, cette influence négative du taux d'inflation sur l'épargne nationale peut être perçue à travers le graphique ci-dessous.

Graphique n° 1 : Evolution du taux d'inflation au Sénégal de 1970 à 1998

Source : Direction de la Prévision et de la Statistique

1.3.2 Le taux d'intérêt réel

Le taux d'intérêt réel a été utilisé dans l'étude car il peut avoir une influence importante sur les décisions d'épargne. Lorsqu'il est à la hausse, il peut jouer le rôle de contrainte de liquidité. L'arbitrage entre les diverses opportunités de placement offertes aux épargnants dépend des rendements réels escomptés (fonctions du taux d'intérêt réel et des anticipations inflationnistes) et des attitudes à l'égard du risque. L'effet du taux d'intérêt réel est cependant aussi ambigu.

De 1970 à 1974, le taux d'intérêt réel décroît faiblement et est globalement négatif pour cette période. Mais entre 1974 et 1975, ce taux est marqué par une décroissance forte. Ceci peut être expliqué par la crise pétrolière en 1973, la sécheresse et une forte augmentation de l'inflation en 1975. En 1976 ce taux est positif et est aussi lié à un faible taux d'inflation (1.1 pour cent) pour la période considérée.

De 1977 à 1985 le taux d'intérêt réel est globalement négatif sauf en 1978 et 1981 où il est positif. De 1986 à 1993, on observe une augmentation du taux d'intérêt réel. Ce dernier est positif et est lié à l'inflation négative - voire nulle - pendant cette période. Toutefois, en 1994-1995, le taux d'intérêt est négatif. Cette diminution est importante et est due au taux élevé de l'inflation après l'année de la dévaluation. A partir de 1995, le Sénégal renoue avec sa stabilité macro-économique et le taux d'intérêt réel commence à croître jusqu'en 1998. Le graphique ci-dessous montre l'évolution du taux d'intérêt réel.

Graphique n° 2 : Evolution du taux d'intérêt réel au Sénégal de 1970 à 1998

Source : Direction de la Prévision et de la Statistique

1.3.3 Le revenu

Deaton and Paxson (2000) ont montré que l'effet du taux de croissance du revenu sur le taux d'épargne dépend du taux de croissance de la population. Lorsque ce dernier est élevé, la portion d'enfants dans la population est relativement élevée. Cependant, lorsque le taux de la population est bas, l'augmentation du revenu est distribuée vers les gens qui sont dans une phase où ils épargnent, ce qui entraîne une augmentation du taux d'épargne nationale. Il est pertinent de lier l'évolution du taux d'épargne au niveau macro-économique avec l'accroissement de l'inégalité des revenus. Le graphique suivant montre l'évolution du revenu.

Graphique n° 3 : Evolution du PIB au Sénégal de 1970 à 1998

Source : Direction de la Prévision et de la Statistique

Nous remarquons une évolution faible du revenu sur la période comprise entre 1970 et 1973. L'année 1973 est marquée au Sénégal par une sécheresse et les chocs pétroliers. De 1974 à 1977, on observe une croissance au niveau de l'agriculture ; ce qui explique l'augmentation de revenu de 1978 à 1982. Ceci peut être expliqué par l'application des programmes d'ajustement structurel (PAS).

De même, l'année 1982 est marquée par la crise mexicaine. Toutefois, de 1982 à 1992, le revenu croît mais cette croissance sera stoppée en 1993. Cette période est marquée par l'application du plan d'urgence. A partir de 1994, l'inflation vite maîtrisée, le Sénégal renoue ave sa stabilité macro-économique. C'est pourquoi à partir de cette période il y a évolution positive du revenu. Le Sénégal a enregistré un taux de croissance remarquable de 5,3 % dû à une hausse de la production agricole, suite à des précipitations favorables, à de bons résultats dans les secteurs du tourisme et des échanges et un accroissement des investissements publics. Cependant la reprise de la croissance enregistrée après la dévaluation du franc CFA a eu des effets limités sur le niveau de vie de la population.

1.3.4  La variable démographique

C'est l'une des variables importantes qui influencent l'évolution du comportement de l'épargne comme souligné avec les travaux de Hadjimichael et Ghura (1995) et Loayza, Schmidt-Hebbel and Serven (2000). L'accroissement de la population ainsi que la modification de la structure ont des effets sur le niveau d'épargne nationale.

En reprenant l'hypothèse des marchés des capitaux parfaits sur lesquels les agents peuvent librement emprunter ou prêter, la théorie du cycle de vie améliorée loayza, Schmidt-Hebbel and Serven (2000) a permis de construire le profil de l'épargne au cours de la vie d'un agent représentatif : désépargne en début de carrière puis épargne durant la période active en vue de la retraite et enfin, désépargne durant la retraite. Un accroissement de la population d'après le modèle de Hammer (1986) a un effet négatif sur la constitution d'épargne.

On remarque graphiquement que le taux de dépendance évolue en s'améliorant surtout après 1975. L'accroissement du taux tend à évoluer jusqu'en 1985. A partir de cette période on observe une diminution du taux de dépendance jusqu'en 1993. En 1994 on peut identifier sur ce graphique une légère augmentation de la population. A partir de cette période, le taux de dépendance ne cesse de décroître jusqu'en 1998. Le graphique n° 5 ci-dessous nous montre comment évolue le taux de dépendance pour la période considérée.

Graphique n° 4 : Evolution du taux de dépendance au Sénégal de 1970 à 1998

Source : Banque mondiale

1.3.5  L'épargne extérieure

L'impact de l'épargne extérieure sur l'épargne nationale produit un effet de revenu positif. La suppression de la contrainte extérieure stimule l'activité économique et un effet négatif est essentiellement dû au sentiment de richesse provoqué par l'appréciation des actifs physiques et financiers, la baisse des prix et des biens échangeables consécutive à l'appréciation du taux de change, et l'augmentation des liquidités et du crédit intérieur disponibles.

L'inclusion de l'épargne extérieure dans notre étude est justifiée selon la théorie de Molho (1986) de l'éviction de l'épargne domestique, permettant aux résidents de consommer plus ou la théorie de Griffin and Enos (1970) de la substituabilité de l'épargne extérieure à l'épargne nationale.

L'épargne extérieure est globalement négative pour la période considérée. De 1970 à 1971 l'épargne extérieure diminue faiblement. Entre 1978 à 1985 on observe une diminution plus forte de l'épargne extérieure. A partir de 1985 elle commence à augmenter et jusqu'en 1990. De 1990 à 1998 on peut remarquer sur ce graphique une diminution et une augmentation alternative de l'épargne extérieure. Si on considère que l'épargne est une fonction du revenu et si l'aide pousse à la croissance, en dynamique elle contribue à la croissance de l'épargne. Ce qui veut dire que les apports extérieurs conduisent à une amélioration qualitative du revenu. Ceci confirme la théorie de la substituabilité ou complémentarité entre l'épargne extérieure et l'épargne nationale.

La Banque Mondiale considère que l'aide doit favoriser le développement des économies en comblant les déficits de l'épargne, et des devises. De ce fait l'aide doit participer à l'accumulation de capital. L'aide est une source nécessaire pour contribuer à la croissance économique et au recul de la pauvreté dans les pays les moins avancés (Banque Mondiale, 1999).

Toutefois, J. Pollak (1989) a critiqué la possibilité même d'une approche économétrique de la question en soulignant à quel point le sens de causalité était douteux, et le fait qu'en accroissant le PIB les flux extérieurs ont tendance à réduire le taux d'épargne, du moins à court terme sans que ce phénomène ait une signification économique. Le graphique ci-dessous montre l'évolution de l'épargne extérieure.

Graphique n° 5 : Evolution de l'épargne extérieure au Sénégal de 1970 à 1998

Source : Banque mondiale

1.3.6  Le taux de change effectif réel

Les termes de l'échange et le taux de change ont un impact sur l'épargne nationale. Le taux de change effectif réel est le taux de change effectif nominal déflaté par un indice pondéré de disparité de pouvoir d'achat. Il prend en compte la seule variation du cours du change non expliquée par les différentiels de prix ou d'expansion monétaires, c'est-à-dire la variation des prix extérieurs relatifs, la modification susceptible d'infléchir la situation extérieure du pays.

Dans ce graphique, on peut remarquer que de 1970 à 1977, le taux de change diminue sauf pour l'année 1974 où il y a une légère augmentation. Cette diminution est liée au choc pétrolier de 1973, à une dépréciation du taux de change effectif nominal et à un différentiel de prix vis-à-vis des pays de la CEE (Communauté Economique Européenne) qui représentent environ plus de la moitié de nos échanges.

On observe une augmentation du taux de change effectif réel de 1977 à 1979. Ce résultat est obtenu grâce à des gains de compétitivité que l'économie sénégalaise a acquis durant cette période. En effet, le taux de change effectif réel a légèrement fléchi entre 1979 et 1991 tandis qu'il augmente légèrement à partir de 1993. Le graphique ci-dessous nous montre l'évolution du taux de change effectif réel.

Graphique n° 6 : Evolution du taux de change effectif réel au Sénégal

Source : Banque mondiale

2 La Situation de l'Epargne Intérieure

Dans la plupart des pays en voie de développement, l'épargne domestique est aujourd'hui insuffisante pour financer l'ensemble des investissements ; ce qui se traduit par un déséquilibre significatif de toutes les balances de paiements courants.

Au Sénégal, malgré un système financier où cohabitent le système bancaire classique, les institutions financières non bancaires, les systèmes financiers décentralisés et les circuits financiers informels très dynamiques, le taux d'épargne intérieure est particulièrement faible. Il est égal à 9,6 % en 1970, devient négatif dans les années 80 avant de s'établir à 11,8 % en 2000.

La situation n'est guère meilleure dans la plupart des pays de la sous région et même globalement en Afrique Sub-Saharienne et dans les autres pays en développement d'Asie et d'Amérique Latine. (Figure 4)

Graphique n° 8 : Taux d'épargne 1997 comparés (%)

Source : Données de la Banque Mondiale

En pratique, l'épargne est mesurée comme un résidu et est confrontée aux problèmes de classification, d'évaluation et de mesure. Ainsi, de nombreuses études économétriques, cherchant à identifier les déterminants de l'épargne reposent sur les données de la comptabilité nationale. L'utilisation des données issues d'enquêtes sur les ménages est difficile car ces dernières sont souvent incohérentes ou même inexistantes.

L'épargne privée constitue l'essentiel de l'épargne intérieure dans les pays en développement. Or, la désagrégation de l'épargne intérieure entre épargne privée et épargne publique est absente des statistiques des comptes nationaux. L'épargne intérieure intègre l'épargne des entreprises, l'épargne des ménages et l'épargne publique.

En ce qui concerne les entreprises, l'augmentation de leur épargne brute sous la forme de dividendes non distribués, fait accroître parallèlement la richesse financière des ménages détenant le capital de ces entreprises. Mais cet effet de richesse peut également se traduire par la diminution de leur épargne autonome, notamment dans l'hypothèse où il serait pleinement anticipé. A l'inverse, si l'épargne des entreprises diminue, les ménages détenant le capital de ces entreprises peuvent être forcés d'augmenter les autres sources d'épargne afin de maintenir constante leur richesse financière.

En ce qui concerne l'Etat, les ménages épargnant en vue de la retraite peuvent utiliser le système public de financement des retraites comme substitut à leur effort d'épargne retraite. Dans ces conditions, l'augmentation de l'épargne publique correspond au financement des retraites des administrés s'accompagne de la baisse de l'épargne des ménages concernés.

L'évolution de l'épargne intérieure au Sénégal, au vu de la période d'étude choisie, se décompose en quatre phases :

· La première phase se situant de 1970 à 1974 est marquée par une évolution en dent de scie mais globalement positive de l'épargne jusqu'en 1973-74, date à partir de laquelle elle décroît.

· La seconde phase est comprise entre la période de 1974 et 1979. On observe une baisse continue de l'épargne durant cette période. Ces deux phases sont marquées par la sécheresse et la crise pétrolière.

· La troisième phase correspond à la période qui va de 1980 à 1985. Durant cette période correspondant à l'application des réformes économiques et l'adoption des nouvelles politiques agricole et industrielle, l'épargne est négative, sauf en 1984 ou elle est positive. Ces réformes et les nouvelles politiques agricole et industrielle n'ont pas abouti aux résultats escomptés quant à l'amorce d'un processus de croissance soutenue et durable en vue d'un développement réel ;

· Lors de la quatrième phase, de 1985 et 2000, l'épargne est globalement croissante. Nous notons même un pic en 1994. La forte évolution de cette année pourrait s'expliquer par l'augmentation des exportations et l'augmentation de la valeur de l'épargne des Sénégalais vivant à l'étranger engendrées par la dévaluation du Francs CFA. La figure numéro 5 montre cette évolution.

Graphique n° 9 : Evolution de l'épargne intérieure du Sénégal de 1970 à 2000

Source : Direction de la Prévision et de la Statistique, comptes nationaux du Sénégal 1960-2000

3. Les systèmes d'épargne au Sénégal

Les différentes formes de crédit et d'épargne existant au Sénégal sont classées selon le système formel ou informel. Nous caractérisons le dualisme financier au sens large, comme la juxtaposition des secteurs formel et informel en matière de financement. Nous montrons cependant l'interdépendance entre les deux secteurs en matière de comportements, de détention d'actifs.

L'analyse des secteurs financiers débouche sur la question de la politique à adopter, notamment au Sénégal où ils tiennent une large place dans les comportements d'épargne et de crédit. « L'épargne dans les pays en voie de développement est caractérisée par la dualité financière. Une partie passe par des institutions : c'est l'épargne institutionnelle. L'autre partie passe par les individus qui s'organisent eux-mêmes pour faire face en même temps et ensemble, à l'avenir : c'est l'épargne informelle qui repose sur des relations personnelles et qui se développe au grès de pratiques jamais codifiées » (Lelart, 1990).

3.1 L'épargne formelle

Le système formel concerne les banques et les autres institutions financières, les coopératives et les sociétés d'assurances. A ce niveau, l'accès au crédit est très difficile car le système d'intermédiation financière est basé sur un cadre législatif et réglementaire qui protège l'épargnant et doit respecter certaines contraintes dues à la politique monétaire et du crédit édicté par les pouvoirs publics.

Sur le plan micro-économique, l'arbitrage entre les diverses opportunités de placements offerts aux épargnants dépend des rendements réels escomptés (fonction du taux d'intérêt et des anticipations inflationnistes) et des attitudes à l'égard du risque. Les politiques de plafonnement du taux d'intérêt, qui ont longtemps prévalu et qui visaient à limiter les revenus de la propriété (et donc à modifier la répartition des revenus) et surtout à encourager l'investissement, avaient donc pour conséquence de décourager la formation de l'épargne financière mise à la disposition des opérateurs.

L'épargne des individus et des ménages est indispensable à la croissance économique d'un pays. Elle détermine, en grande partie, le taux de croissance de la capacité productive et des revenus. Dans les zones rurales, les gens ont toujours été peu enclins à déposer leur argent à la banque. Certains préfèrent l'investir dans le bétail, d'autres cachent leurs espèces dans des endroits à risque, comme des jarres ou sous des matelas ou pire encore, les portent sur eux. Les banques souvent situées dans des villes éloignées et peu accessibles, n'inspirent guère confiance aux investisseurs ruraux qui les jugent froides, peu accueillantes et destinées principalement aux « citadins ». Pourtant, le potentiel inexploité de l'épargne rurale pourrait donner un élan vigoureux aux économies locales des pays en développement.

Une grande partie de la population sénégalaise (plus de 70 %) vit en milieu rural (NEPAD, 2001). L'épargne mobilisée par des établissements financiers locaux efficaces pourrait financer des niveaux accrus d'investissement dans le développement en milieu rural. Les femmes rurales qui produisent l'essentiel de la nourriture du monde en développement, sont des clientes particulièrement importantes des banques. Sauvegarder les épargnants expose les principes généraux de la sécurité des dépôts, décrit les problèmes spécifiques aux banques rurales et présente d'édifiantes études de cas de réussite de petites banques au sein des communautés rurales.

Dans une région de la Tanzanie, les villageois ont décidé d'ouvrir leur propre banque locale au lieu de garder leur argent à la maison. Les épargnants de la Marangu West Savings and Credit Co-operative (FAO, 2000) sont non seulement les clients de la banque mais aussi ses propriétaires et ses administrateurs. Les membres qui étaient au départ de 600, sont désormais près de 2000.

Selon la même source, à Madagascar, une banque ambitieuse de la ville côtière animée de Toamasina a ciblé le marché local en offrant un service unique à sa clientèle : elle emploie un des vendeurs du marché pour recueillir les dépôts des autres vendeurs, ce qui leur évite un voyage à la banque. Le service inspire confiance grâce à une comptabilisation rigoureuse des dépôts. Par ailleurs, il faut souligner aussi l'importance des mutuelles d'épargne et de crédit et les mutuelles de santé.

Au Sénégal, plus particulièrement dans la région de Thiès, des mutuelles de crédit sont créées en vue de participer au développement des zones rurales. C'est le cas des mutuelles d'épargne et de crédit des artisans ruraux de Thiès (MECARTH). Dans la région de Thiès, l'ONG Plan International a créé des mutuelles d'épargne et de crédit dans les villages de Notto, Tassette et Ngoudiane. Le village de Fandène est l'exemple réussi des mutuelles d'épargne et de crédit. L'épargne formelle est essentiellement collectée par les banques et les caisses d'épargne. Au Sénégal, l'épargne monétaire du secteur privé était, en 1997, de 209,4 milliards de FCFA. Ceci constituait une hausse de 2 % par rapport à l'année précédente. Cette évolution était liée à l'accroissement de 8,8 % des dépôts dans les comptes à régime spécial, les dépôts à terme ayant régressé de 4,7 milliards. La part de cette épargne dans la liquidité globale a représenté 36 % contre 36,7 % en 1996 et 33 % en 1994 au lendemain de la dévaluation du franc CFA. En 2001, l'épargne monétaire du secteur privé s'est fixée à 368,2 milliards, soit une hausse de 38,6 milliards par rapport à l'année 2000. Cette situation est essentiellement liée à l'accroissement des dépôts en banque. La part de l'épargne privée dans la masse monétaire s'est contractée, passant de 41,7 % en 2000 à 41,0 %.

Graphique n° 10 : Dépôts à terme des particuliers et entreprises privées au Sénégal

Source : BCEAO, Rapport annuel (différents numéros)

Les dépôts à terme des Sociétés d'Etat et des Etablissements publics à caractère industriel et commercial (EPIC) au niveau du système bancaire étaient de 6,7 milliards de FCFA en 1994. Ils passent à une valeur de 28,2 milliards en 1997 avant de retomber à 7,2 milliards en 2001.

Graphique n° 11 : Dépôts à terme des Société d'Etat et EPIC au Sénégal

Source : BCEAO, Rapport annuel (différents numéros)

Les dépôts de l'Etat quant à eux, de 139,2 milliards de FCFA en 1994, passent à 161,7 milliards en 1996. Ils atteignent leur plus bas niveau de la période en 1999 avec un montant de 97,5 milliards pour remonter à 143,7 milliards en 2001.

Graphique n° 12 : Dépôts à terme d'Etat au Sénégal

Source : BCEAO, Rapport annuel (différents numéros)

L'épargne formelle est aussi mobilisée par les systèmes financiers décentralisés (SFD) qui regroupent les institutions de micro finance. Les SFD, à présent plus structurés et plus professionnels, semblent proposer des solutions efficaces de mobilisation de l'épargne intérieure, si bien qu'ils sont devenus aujourd'hui des acteurs incontournables du développement. Cependant, les SFD n'apportent pas des réponses efficaces au problème du financement des investissements productifs des micro et petits entrepreneurs car force est de constater la rareté des programmes adressés à cette population. La faible part qu'ils consacrent au financement des investissements productifs des micro entrepreneurs limite leurs perspectives de développement.

3.1.1 La mobilisation de l'épargne par les FSD

3.1.1.1 Définition conceptuelle

La micro finance regroupe une diversité d'acteurs financiers également appelés Systèmes Financiers Décentralisés (SFD) qui mettent à la disposition des populations généralement exclues du système bancaire, des services d'épargne et/ou de crédit.

Elle consiste à créer et diffuser des services financiers de proximité en faveur des personnes qui n'ont pas accès aux services bancaires traditionnels et ceux, principalement avec un objectif de renforcement du micro entreprenariat.

La micro finance englobe un large éventail de services financiers tels que les dépôts, les emprunts/crédits, les services de paiements et depuis peu, les transferts d'argent, l'offre d'assurance aux ménages pauvres et à bas revenus ainsi qu'à leurs micro-entreprises.

La micro finance est un outil de développement parmi d'autres, de lutte contre la pauvreté et l'exclusion de population défavorisée. Elle vise à favoriser la création et le développement de petites activités économiques rentables par l'accès au financement extérieur et à la mobilisation de l'épargne. Ces entités économiques appartenant au secteur informel sont appelées micro entreprise.

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