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L'efficacité de la politique monétaire en Haiti (octobre 1996 - septembre 2007)


par Rony TOUSSAINT-FILS
Université Quisqueya - Licence en sciences economiques 2008
  

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I-2-3 L'efficacité des politiques monétaires conjoncturelles chez les keynésiens.

Il apparaît que la politique monétaire à la différence de la politique budgétaire est un instrument qui n'agit pas directement sur l'activité. L'efficacité d'une politique monétaire dépend de la réalisation de deux conditions : L'accroissement de l'offre de monnaie doit conduire à une baisse du taux d'intérêt ; or cette condition n'est pas toujours vérifiée en particulier dans les situations de trappe à liquidité11. En second lieu, la baisse des taux d'intérêt doit se traduire par une reprise de l'investissement. Comme l'efficacité de la politique monétaire est soumise à condition, les keynésiens appréhendent la politique monétaire comme un instrument d'accompagnement de la politique budgétaire : on parle à ce propos de « policy mix ». Dans l'optique keynésienne, la politique monétaire relève d'interventions discrétionnaires. Il s'agit en fonction des situations de pouvoir discrétionnairement augmenter ou diminuer les taux d'intérêt de façon contra cyclique.

I-2-4 L'efficacité des politiques monétaires est contestée par les monétaristes et les nouveaux classiques.

En ce qui a trait à l'efficacité de la politique monétaire trois critiques ont été soulevées. La politique monétaire expansionniste se traduit par une accélération de l'inflation. Cela se produit à long terme selon Friedman dans Monetary vs. Fiscal Policy avec Walter W. Heller, 1969, du fait de l'illusion monétaire12. La politique monétaire conjoncturelle se heurte selon Friedman au problème des délais : si les cycles d'activité sont courts et que les délais d'efficacité de la politique monétaire sont longs alors une politique monétaire contra-cyclique risque de se retrouver pro-cyclique. Les monétaristes critiquent le choix du taux d'intérêt nominal comme objectif intermédiaire de la politique monétaire, dans la mesure où le taux d'intérêt nominal se compose de deux éléments : la rémunération d'un placement et l'inflation anticipée. Or lorsque le taux d'intérêt nominal varie, il est impossible de savoir si c'est la rémunération ou l'inflation anticipée qui sera modifiée.

Pour les classiques la politique monétaire doit s'appliquer sur un principe réglementaire et non discrétionnaire. Une politique monétaire n'est crédible que si elle respecte la condition de cohérence intemporelle des choix. Cette crédibilité peut s'acquérir lorsque la Banque centrale est indépendante, ce qui évite de voir apparaître des cycles politico-économiques. L'inflation est d'autant plus faible que la

11 Concept utilisé pour designer une situation ou la demande de monnaie liquide est parfaitement élastique par rapport au taux d'intérêt qui est alors à son niveau plancher.

12 Selon le lexique d'économie c'est une appréciation erronée de l'évolution du revenu réel. L'augmentation de la valeur nominal du revenu en période d'inflation est souvent considérée comme une hausse du revenu réel par les individus victimes de l'illusion monétaire, en ce sens qu'ils ne déduisent pas la hausse des prix de l'augmentation du revenu nominal.

Banque centrale est indépendante. Ce modèle d'indépendance des Banques centrales connait une grande audience. Cependant cette indépendance est souvent critiquée : ainsi Nordhaus13 montre que l'indépendance peut conduire à un "jeu destructeur" entre la Banque centrale et les autorités budgétaires, si celles-ci mènent des politiques contradictoires. Une seconde solution consiste à fonder la crédibilité de la Banque centrale non sur son indépendance, mais sur des règles de comportement. Selon Rogoff 14 dans "The Optimal Degree of Commitment to an Intermediate Monetary Target," paru en 1985; il convient de nommer à la tête d'une Banque centrale une personnalité conservatrice, ayant une forte aversion pour l'inflation.

Du fait que la politique monétaire de la BRH n'a d'autre objectif que la lutte contre l'inflation, on peut affirmer que la théorie monétariste de la politique monétaire est celle qui convient le mieux dans le cadre de notre étude. La politique monétaire en Haïti n'a pas pour objectif l'arbitrage entre l'inflation et le chômage. Tout comme disait les monétaristes, la BRH tente de contrôler l'inflation en contrôlant la masse monétaire à travers la base monétaire, mais elle ne le fait pas uniquement grâce a l'opération d'open market, puisqu'elle utilise d'autres instruments comme les bons BRH. Avant d'analyser en profondeur les instruments utilisés par la BRH en Haïti, essayons de voir dans le chapitre qui suit les différents travaux réalisés en rapport avec notre étude en vue de mieux cerner la méthodologie a adopté dans le cadre du travail.

13 Nordhaus économiste américain , professeur a Yale université

14 Kenneth Rogoff est un économiste américain né le 22 mars 1953. Il a travaillé comme économiste en chef au Fonds monétaire international (FMI), il est aujourd'hui professeur à Harvard. Il écrit régulièrement des articles dans Les Échos. Kenneth Rogoff est resté célèbre pour son conflit avec Joseph Stiglitz, « prix Nobel » d'Économie un ancien chef économiste à la Banque mondiale. La dispute a été initiée par les violentes critiques effectuées par Stiglitz contre le Fonds monétaire international (FMI), dans ses livres. Rogoff y a répondu dans une (en) lettre ouverte.

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