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Exploitation optimale dynamique d'une ressource naturelle épuisable: cas du gaz naturel en Côte d'Ivoire

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par Jean Elisee ASSI
Université de Cocody-Abidjan - DEA-PTCI en Economie 2005
  

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RESUME

Classé dans la catégorie des ressources naturelles non renouvelables, le gaz naturel est une ressource naturelle épuisable tout comme le pétrole et le charbon. La possibilité de produire de l'énergie thermique à partir du gaz naturel a permis à cette ressource de trouver une place de choix dans la politique énergétique du gouvernement ivoirien dans les années 90. Ainsi, de 1997 à 2003, l'on a enregistré un taux de croissance annuelle moyen de production de 13,72%. Face à cette croissance alarmante du niveau de production pouvant conduire à terme à un épuisement précoce de la ressource et partant l'interruption également précoce de la production énergétique thermique, nous nous sommes attelés à déterminer le délai d'épuisement de cette ressource. Cette démarche nous a invité à développer la méthode d'analyses de Laherrere et Bauquis ; celle-ci nous a permis de déterminer 25 ans et 19 ans comme délais d'épuisement du gaz naturel en Côte d'Ivoire respectivement sans et avec prise en compte des fuites de gaz naturel dans l'analyse. Face à ces délais assez courts, qui nous contraignent d'exploiter la ressource de façon optimale et durable, nous avons donc choisir d'utiliser le modèle de Stiglitz sous-tendu par le contrôle optimal.

Il ressort de cette étude que l'augmentation du coût unitaire de production et l'usage d'un niveau élevé des cours d'indexation au pétrole suivis d'une hausse de la production optimale du gaz naturel favoriseront son exploitation abusive et partant son corollaire d'épuisement précoce de la ressource.

Au regard de ces résultats et malgré les insuffisances que nous avons pu relever, il nous est apparu opportun de recommander les actions suivantes :

- l'application d'un niveau adéquat d'indexation des cours du pétrole afin de freiner toute volonté d'accroître inexorablement et de façon exponentielle la production de gaz naturel,

- le renforcement du niveau de technologie de production dans l'optique de réduire les coûts de production et les fuites pendant la production,

- l'établissement de contrats de production plus contraignants et la limitation du nombre d'exploitants afin de décourager la concurrence dans le secteur gazier,

- la promotion des travaux d'exploration gazière dans une perspective d'accroître les réserves prouvées disponibles.

INTRODUCTION GENERALE

Considéré comme le combustible fossile du 21e siècle tout comme le pétrole l'était le siècle précédent et le charbon il y a deux siècles (Energie Information Administration : E.I.A (2000)), le gaz naturel représente la deuxième source d'énergie la plus utilisée après le pétrole. Sa part dans la production énergétique mondiale était de 23% en 1999 (E.I.A) et les perspectives de développement de sa demande sont excellentes. Aujourd'hui (2005), le gaz naturel représente 24,7% de la consommation mondiale d'énergie avec une réserve mondiale prouvée de plus de 150 Tm3 (Trillions de m3)1.

Selon la Commission Energie-Environnement du Canada (2002), le gaz naturel est considéré comme le principal moyen après les économies d'énergie, de limiter les émissions de gaz à effet de serre liées à la consommation d'énergie. Il est en effet très bien placé parce qu'il peut se substituer à toutes les autres énergies primaires (pétrole, charbon...), tant pour la production d'électricité que pour le fonctionnement des véhicules, et parce qu'il rejette en gros deux fois moins de Co2 que le pétrole ou le charbon par unité d'énergie consommée.

Depuis les crises pétrolières des années 70, les gouvernements incluent progressivement le gaz naturel à l'ordre du jour de leur politique énergétique. Dans cette optique la fourniture d'énergie à partir du gaz naturel est devenu l'un des axes prioritaires de la politique énergétique du gouvernement ivoirien avec pour objectif :

· D'assurer l'autonomie énergétique du pays et alimenter la sous région en électricité, en gaz butane et en gaz naturel ;

· De renforcer la compétitivité de l'économie en réduisant à moyen terme grâce à la mise en valeur des ressources gazières, le coût de l'énergie (Mission Economique d'Abidjan, 2001).

En effet, ayant longtemps importé de l'électricité du Ghana, le gouvernement ivoirien au regard de ses importantes réserves de gaz naturel a jugé utile de développer la production d'électricité à partir du gaz naturel. Dès 1990, la Côte d'Ivoire lança donc un projet de développement d'électricité à partir des turbines à gaz. Ainsi, depuis 1994, elle exporte de l'électricité produite par les centrales thermiques en direction du Ghana, du Togo et du Bénin.

1 1 trillion de m3 est égal 1018 m3.

Face à un taux annuel de déforestation élevé du territoire (5 à 6%), et dans une perspective de réduire les besoins en bois de chauffe et en charbon de bois, le gouvernement ivoirien a mis en oeuvre dès 1995, une action de promotion tendant à généraliser l'utilisation du gaz butane auprès des ménages ivoiriens. Grâce à ces efforts de politique, la consommation de ce type de gaz est passée de 18.674 tonnes à 70.000 tonnes entre 1995 et 2004 (la S.I.R, 2004). L'on a enregistré en 1997 qu'environ 87% des ménages ivoiriens utilisaient du bois de chauffe ou du charbon de bois à raison de 2 Kg de charbon ou 4,6 Kg de bois de chauffe par jour. La réduction de la consommation de charbon de bois et de bois de chauffe pourrait devenir effective grâce à la source inestimable d'énergie que représente le gaz naturel et à la politique de "butanisation" populaire engagée par le gouvernement ivoirien. Il ressort de ce constat que le gaz naturel est une source d'énergie qui a un impact déterminant dans la lutte contre la déforestation du territoire.

Après plus de trente ans d'exploration pétrolière, les sociétés pétrolières ont mis à jour plusieurs découvertes d'hydrocarbures en Côte d'Ivoire, notamment le pétrole et le gaz naturel. La découverte du champ gazier "Panthère" en novembre 1993, le développement du champ Foxtrot, fin 98 et l'exploitation des blocs CI 01 et CI 02, annonçaient l'intensification de la production du gaz naturel. Ainsi, en 1998, on a enregistré une hausse de la production qui a atteint 33351,3 milliards de BTU (British Thermal Unit) correspondant à une progression de 23,2% par rapport au niveau de 1997. Sur la période 2000-2003, on a enregistré une croissance moyenne de production de 4,2%. En 2003, la réserve prouvée2 totale a été évaluée à 33,52 Gm3 (giga mètre cube) avec une production annuelle de 1,35 Gm3. Le gaz naturel produit, permet l'alimentation des turbines à gaz de la CIPREL (Compagnie Ivoirienne de Production Electrique), d'Azito (Société Ivoirienne Exportatrice d'Electricité) tout en couvrant les besoins de la SIR (Société Ivoirienne de Raffinage) et pourra à l'évidence, satisfaire une consommation nationale estimée en 2003 à 100 milliards de pieds cubes par jour. Le gaz naturel appartenant à la catégorie des ressources non renouvelables épuisables, il est impérieux de s'intéresser à son délai d'épuisement.

Selon le rapport Commission-Environnement (2002), l'on a évalué la durée des ressources de pétrole ou de gaz en rapportant les réserves prouvées disponibles au cours d'une période sur la production de la ressource au cours de cette même période. Ainsi, le ratio mondial relatif au gaz naturel situe la durée de cette ressource entre 60 et 70 ans. Ceci

2 Stock de gaz naturel localisé, mesuré et récupérable avec les technologies existantes disponibles.

représente le temps restant avant l'épuisement des réserves en supposant que les taux actuels de production soient maintenus constants.

Dans un souci de préservation de l'environnement et de ressources non renouvelables telle que le gaz naturel dont la vertu intrinsèque fait accroître de façon considérable le besoin de son usage, la question fondamentale de notre recherche est comment le gaz naturel de la Côte d'Ivoire doit-il être exploité pour éviter un épuisement précoce ?

La recherche de solution à cette question nous amène à tenter d'atteindre l'objectif général suivant :

Exploiter de façon optimale et durable les réserves disponibles de gaz naturel.

De façon spécifique, il s'agit de :

· déterminer à priori le délai d'épuisement du gaz naturel de la Côte d'Ivoire ;

· déterminer une production optimale durable de cette ressource.

Le souci d'atteindre ces objectifs nous amène à axer notre étude autour de deux grandes parties :

La première partie intitulée les fondements théoriques de la gestion et de l'exploitation des ressources naturelles non renouvelables, sera consacrée au développement des différentes approches relatives à l'utilisation optimale des ressources naturelles épuisables et à l'étude d'une ressource naturelle épuisable spécifique : le gaz naturel.

Dans la deuxième partie, il sera question de présenter le secteur gazier en Côte d'Ivoire avant de présenter puis développer un modèle d'exploitation optimale durable du gaz naturel en Côte d'Ivoire.

LES FONDEMENTS

THEORIQUES DE LA GESTION

ET DE L'EXPLOITATION DES

RESSOURCES NATURELLES

NON RENOUVELABLES

PREMIERE PARTIE

CHAPITRE 1 : REGULATION DE L'EXPLOITATION DES RESSOURCES NATURELLES ET EXPLOITATION OPTIMALE DES RESSOURCES NATURELLES NON RENOUVELABLES

Dans ce chapitre, il s'agit de développer les différentes approches relatives à l'utilisation optimale des ressources naturelles non renouvelables. Bien avant, nous nous attelons à rappeler brièvement certaines généralités sur les ressources naturelles.

SECTION 1 : QUELQUES GENERALITES SUR LES RESSOURCES
NATURELLES ET LEUR UTILISATION.

Les ressources naturelles n'ont véritablement constitué une préoccupation pour les économistes que dans ces trois dernières décennies. Pendant longtemps, les biens et services de la nature étaient considérés comme inépuisables nonobstant les problèmes de la disponibilité des terres fertiles que soulevaient les classiques comme David Ricardo et Malthus rapportés par Barde (1991). Il fallait attendre les décennies 70, 80 et 90 pour voir émerger l'Economie des ressources naturelles qui a pour champ d'intérêt les actifs environnementaux, dorénavant reconnus comme rares par une large communauté scientifique qui se reconnaît comme liée à ce thème. Cette branche de la Science Economique s'affirme de nos jours en tant que discipline à part entière avec ses références théoriques, ses outils, ses supports de publication propres3. Elle permet à l'agent économique de gérer la nature de manière rationnelle pour ses besoins de production et / ou de consommation.

Pour Njongang (2004), les ressources naturelles, en première approximation, sont des moyens de production qui se trouvent dans le milieu naturel et dont l'homme dispose pour son usage. L'évolution fondamentale du statut des ressources naturelles, considère ces ressources comme un don de la nature (Physiocrates), des ressources rares : rareté physique (Malthus) et économique (Ricardo), un patrimoine commun de l'humanité dont l'exploitation abusive recèle une menace pour l'environnement et le bien-être des générations présentes et futures (Rapport Brundtland (1987), Conférences des Nations Unies sur l'Environnement et le Développement à Rio en 1992)4.

3 On observe l'apparition d'un nombre croissant de revues consacrées exclusivement à ce domaine.

4 Voir Njongang, C. (2004).

A. Typologie des ressources naturelles

Point (2004), classe les ressources naturelles en deux grands groupes : classification selon les caractères biophysiques et selon le type de relation entretenu avec les ressources.

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