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Entre convention alpine, directive territoriale d'aménagement des Alpes du nord et initiatives locales, quelles perspectives pour les politiques foncières volontaristes dans les Alpes ?

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par Nathalie MOYON
Université Joseph Fourier (Grenoble1), Institut de Géographie Alpine - Master 2 Recherche Villes, Territoires et Durabilité 2009
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3.2. Des efforts portés sur la sensibilisation et l'animation territoriale

3.2.1. Sensibiliser les élus et les habitants

Si aujourd'hui la prise de conscience d'une gestion raisonnée de l'espace, protectrice des terres agricoles, est quasiment acquise sur Belledonne, c'est probablement grâce aux nombreuses démarches de sensibilisation menées depuis plusieurs années. Ici, l'effort s'est concentré sur la volonté de faire changer les mentalités, celles des élus en premier lieu. Et puisque les habitants, la société civile d'une façon plus globale, est aussi potentiellement un propriétaire foncier, la sensibilisation ne s'est pas cloisonnée aux élus ou aux acteurs institutionnels mais s'est adressée aux habitants de Belledonne. Dans le cadre du programme Leader+ de 2000-2006 sur le thème « la valorisation des ressources naturelles et culturelles », de premières initiatives dont la pertinence a été ensuite reconnue, ont pu être lancées.

Source : ADABEL, 2001

Dès 2001, l'ADABEL met en place un processus de concertation aboutissant à la rédaction d'une charte « Bien vivre en Belledonne ». Devant l'augmentation des conflits d'usage, l'incompréhension mutuelle, et la méconnaissance de l'agriculture, un groupe de travail est constitué pour élaborer ensemble une liste « d'actions-citoyennes » afin de réduire les conflits et mieux vivre dans Belledonne. Rassemblant des agriculteurs, des habitants, des chasseurs, des pêcheurs, des bergers, les Offices de Tourisme, des usagers et la Fédération de randonnée, un large espace de dialogue a pu s'ouvrir. A l'origine seuls les nouveaux résidents étaient visés, mais le sujet s'est vite élargi, des enquêtes auprès des élus et des parents d'élèves ont été réalisées, et la charte a finalement été diffusée très largement, chez tous les habitants des 22 communes participantes.

Cependant, la Charte n'était pas une fin en soi : elle a permis d'impulser une large concertation mais la mise en oeuvre des principes définis aurait nécessité un travail d'animation important et continu, déterminé par la volonté politique et les moyens consacrés241(*).

La sensibilisation se poursuit plus précisément sur la question de la gestion de l'espace face à l'avancée de la friche sur les terres agricoles non entretenues. Un Guide méthodologique « Agir contre la fermeture de l'espace » à destination des élus va ainsi être réalisé en 2003 par l'ADABEL à la demande de l'Espace Belledonne. Cette sensibilisation se fait plus « opérationnelle » et souhaite servir d'appui à la conception, à la planification et à la mise en place d'actions concertées de lutte contre la friche et l'extension des boisements en Belledonne.

Enfin, l'enjeu de l'urbanisation du massif est abordé à travers la brochure pédagogique « Habiter et construire en Belledonne » distribuée systématiquement aux personnes venant retirer un dossier de demande de permis de construire. La réflexion est menée à l'échelle de l'unité paysagère de la maison, en passant par le hameau et la parcelle. De plus, c'était aussi la première fois que les dix-neuf communes iséroises de l'Espace Belledonne portaient un même discours sur l'urbanisation du massif. Le CAUE de l'Isère242(*) associé à un bureau d'étude, a mis en place un plan d'action de qualité architecturale et paysagère, et ce processus s'est accompagné d'un travail de sensibilisation des élus, en partenariat avec la DDE et le CAUE.

D'autres démarches de sensibilisation et de pédagogie ont été initiées sur Belledonne, et c'est sans doute par l'accumulation de ces efforts que la prise de conscience a pu aboutir à ce qu'elle est aujourd'hui. Cette stratégie a permis de répondre aux nombreuses interrogations et inquiétudes qui pesaient sur la gestion de l'espace, auprès des élus, des institutionnels mais également des habitants ou des agriculteurs. Aujourd'hui, la Communauté de communes du Grésivaudan relance sa Charte paysagère et urbanistique qui devrait également impulser une nouvelle dynamique de sensibilisation sur les balcons de Belledonne. Ce volet de sensibilisation-pédagogie apparait être un préalable incontournable à toutes actions territoriales et semble faire l'unanimité.

En lien avec l'Association Régionale de Développement de l'Emploi Agricole et Rural, et l'association Terre de Liens, la Communauté de communes du Sud Grenoblois se tourne elle aussi vers « la pédagogie auprès des élus ». Progressivement, la gestion des espaces sous pression urbaine et la maîtrise du foncier deviennent des sujets que la société civile s'approprie publiquement. En organisant de nombreuses réunions avec des propriétaires, sur les enjeux fonciers de Belledonne, les devoirs de chacun, les projets qui peuvent émerger, l'ADABEL diffuse les principes qu'elle défend. Par cette démarche de sensibilisation, longue, régulière et parfois laborieuse, la société civile devient un nouvel acteur sur la scène du foncier ; en faisant circuler l'information, cet acteur diffuse ainsi une sensibilisation à la gestion économe de l'espace. Finalement, se tourner vers le grand public, vers les habitants, c'est peut-être opérer un changement stratégique.

Toutefois, il n'est pas question de faire sans les élus : « on ne peut pas faire sans les élus, c'est la donnée de base » indique Sophie Gouin, l'animatrice de l'Espace Belledonne243(*). Si tout est donc question de sensibilisation, il faut néanmoins sortir les élus de leur cadre communal : en montrant la dynamique à l'échelle du massif, la sensibilisation des élus permet d'amener à la réflexion territoriale, et c'est bien là tout l'enjeu. Ainsi, un travail sur l'harmonisation des documents d'urbanisme des communes de Belledonne permet de formuler collectivement la question suivante : « comment travailler ensemble ? ». Car si les mentalités des élus ont presque toutes évolué, les communes n'ont pas forcément les mêmes objectifs pour passer à l'action.

* 241 L'expérience est détaillée dans les deux documents suivants :

- MOULY Marielle, op. cit. p.64-65

- Programme Comédie, Etude de cas La charte de bien vivre en Belledonne, concilier différents usages de l'espace, Forum régional sur la concertation et la médiation environnementales, 28 juin 2006, 14p.

* 242 CAUE : le Conseil d'Architecture, d'Urbanisme et de l'Environnement de l'Isère

* 243 Entretien n°8, Espace Belledonne

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