WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

La politique étrangère des Etats Unis d'Amérique vis-à -vis de la République Démocratique du Congo: de 1990 à  2006


par Mahatma Julien Tazi K. Tien-a-be
Université de Kinshasa - Diplome d'Etudes Supérieures en Relations Internationales 2009
  

précédent sommaire suivant

§5. Le ré application du principe wilsonien de nationalité

Le wilsonisme est une option, mieux une idée politique construite par le président américain portant ce nom. Il est une notion politique et même doctrinale qui a fait court en droit international et surtout en Relations Internationales devenant un vrai paradigme explicatif des faits et phénomènes internationaux. Il est avant tout une idée psychologique très attachée de son concepteur. Le terme désigne plus précisément la conception idéologique d'une « Nouvelle Diplomatie » née avec l'irruption des États-unis sur la scène internationale mondiale en 1917-1918...

Il peut paraître surprenant de constater que depuis la guerre froide, l'idée typiquement wilsonienne d'un « Nouvel Ordre International » a spontanément et régulièrement ressurgi sur la scène politique mondiale et chez un certain nombre de présidents américains pourtant tenants d'un réalisme politique autoproclamé. De ce qui précède, on peut affirmer avec CHALIAND, G. et BLIN « La présidence de Woodrow Wilson, présidence qui, de toute l'histoire des États-unis, constitue probablement son moment le plus idéologisé » (184(*))

Wilson remettait en cause la diplomatie européenne traditionnelle, reposant notamment sur le secret. Internationaliste convaincu, il croyait en la coopération des États, au multilatéralisme : les prises de décision, en matière d'action extérieure, devraient être faites en consultation avec la communauté internationale et/ou reposer sur une action commune. « C'est principalement l'idéalisme wilsonien qui a imprimé son rythme à la politique américaine depuis sa présidence historique, et qui l'inspire aujourd'hui encore » (185(*))

Le modèle démocratique américain était donc considéré comme le plus vertueux, garant de liberté, prospérité et sécurité : « L'Amérique est la seule nation idéale dans le monde. L'Amérique a eu l'infini privilège de respecter sa destinée et de sauver le monde. Nous sommes venus pour racheter le monde en lui donnant liberté et justice. » (186(*))

Les « 14 points » de Wilson, qui servirent de base à la paix de 1918 et à la création de la Société des Nations, ancêtre des Nations Unies, constituent une synthèse parfaite de la pensée du président américain. Pourtant, celui-ci fut désavoué par le Sénat en 1920, qui refusa de signer le Traité de Versailles que Wilson avait pourtant négocié : les tendances isolationnistes avaient repris le pouvoir ; elles restèrent prépondérantes durant les années 1920-1930.

Certes, de ces 14 points, deux ont longtemps retenu l'attention des chercheurs : la création d'une société des nations et surtout la fixation des frontières de certains États sur base de nationalité.

Après une analyse scientifique de ce qui précède, on peut noter que trois faits majeurs constituent les bases de cette doctrine wilsonienne. Il s'agit de :

· La liberté de la navigation internationale ;

· La nationalité comme base de règlement de tout différend international ;

· La création d'une société des nations qui assurerait la défense de la paix et de la sécurité internationales.

De ces trois bases, on peut comprendre que la nationalité devient la base de toute action politique. Ainsi, la SDN serait composée des nations créées à partir des éléments comme la culture, la langue, les traditions et la civilisation. La pensée de Wilson a sûrement porté un grand coup pour l'autonomie de petites nations contre les grands ensembles.

Ainsi, toutes les rencontres cherchant à résoudre un litige territorial ne pouvait s'en passer. Ce principe a été appliqué en son temps, à l'empire Ottoman, le démantèlement de l'empire Australo Hongrois avec les traités historiques de TRIANON et de Saint Germain. Néanmoins, ceux qui ont voulu l'appliquer ont été confrontés à la réalité du temps. Le souci portait grandement au démembrement de l'empire austro-hongrois ; c'est pour cela que certaines nations n'étaient pas concernées. Après la deuxième guerre mondiale, la présence des blocs n'ont pas permis aux puissances de charcuter les frontières. C'est l'opération chirurgicale de la grande fédération de la Yougoslavie avec les indépendances de la Slovénie et de la Croatie, confirmées par la conférence de Dayton de novembre 1995-14 décembre 1995. A la base de cette révision demeurait le principe de nationalité, oubliant qu'on créait des États presque non viables sans l'intervention américaine.

Peu après, toujours en Yougoslavie, l'OTAN sous le patronage américain s'engage à frapper la Serbie, sans l'aval préalable de l'ONU, pour sécuriser le Kosovo.

Aujourd'hui, sur cette même base du principe wilsonien de nationalité, le Kosovo s'est détaché de la Serbie. Le démembrement de grands ensembles pour leur appliquer ce principe wilsonien de nationalité est d'or. Depuis la fin de la guerre froide, les administrations américaines successives ont soutenu les minorités ethniques à travers le monde, selon que leurs intérêts les obligent. Cela n'est pas hasardeux, c'est là, la ré application du principe wilsonien de la nationalité. Il n'existe plus un seul continent qui puisse s'en échapper. Si dans le temps, on a appliqué ce principe partout où il n'y avait pas de revendications, de replis identitaires, la recherche de l'autonomie, aujourd'hui, son application ne suit plus que la vision américaine du monde, leurs intérêts et l'objectif de leur politique étrangère.

En Afrique, l'idée de démembrer la République Démocratique du Congo au profit de ses voisins fait partie de ce puzzle. La menace qui pèse sur le Soudan avec l'affaire du Darfour se trouve également dans le plan. La Kabylie algérienne, cette province riche en pétrole qui se rebelle contre le gouvernement, fera peut-être le prochain jeu de ce principe. Ce principe menace bien la survie de la RDC comme pays connu à ses frontières de 1960.

Si on doit ajouter à la théorie du chaos constructeur celle de la paix démocratique et la diplomatie transformationnelle, ce principe wilsonien de nationalité, nous pouvons comprendre que les grands ensembles qui ont des richesses variées comme la RDC sont sur la ligne de mire de la politique étrangère américaine. Ainsi par déduction, nous saisissons alors tout ce qui se passe à l'Est de la RDC en rapport avec la perception américaine de ce pays.

* 184CHALIAND, G. et BLIN, A. America is back, Bayard, 2003, p.63

* 185 KISSINGER, H., op.cit., p. 54

* 186VINCENT, B., La Destinée Manifeste, éd.Messène, Paris, 1999, p. 78

précédent sommaire suivant