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Kant et la problématique de la promotion de la paix. Le conflit entre l'utopie, la nécessité et la réalité de la paix durable

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par Fatié OUATTARA
Université de Ouagadougou - Maitrise 2006
  

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Chapitre II : De la progression de l'humanité vers la paix chez Kant.

Le but de la présente réflexion, loin d'être une pure lamentation de philosophe face aux situations conflictuelles multiples, est de s'interroger sur la façon dont se présente l'histoire de l'humanité, de montrer comment l'homme pense sa relation au monde des guerres, et, au besoin, de l'aider à reprendre de l'espoir si toutefois la recrudescence des guerres le plongeait dans un pessimisme fatal. Autrement, il s'agit d'amener le citoyen à tirer des leçons de son histoire, même défectueuse, en vue de la perfection64(*) future de la société, de l'amélioration future des conditions d'existence de l'homme. Car, en réalité, l'histoire dont il est question chez Kant, est une histoire non du passé, mais de l'avenir des hommes, une histoire prospective, oraculaire, et morale, puisqu'elle concerne « la totalité des hommes rassemblés sur terre en société et distribués en peuples (universorum),quand on se demande si l'espèce humaine progresse constamment vers le mieux65(*) ».

Elle ne se présente pas de façon envieuse  en ce sens que « L'histoire des hommes est, selon Janine Chanteur, l'histoire de leurs guerres beaucoup plus que l'histoire de la paix.66(*) » Cette idée traduit bien la fréquence des conflits, des guerres, des crises ou des déchaînements effrayants qui émaillent la vie des hommes; une histoire tragique qui évolue certainement vers des jours meilleurs. Nous pensons à la guerre qui opposa Sparte à Athènes, aux deux guerres médiques entre la Grèce et la Perse, à la chute de l'empire romain, aux guerres et invasions barbares en Europe.

À cela s'ajoutent les Deux Guerres Mondiales, la guerre du Biafra, le conflit israélo-palestinien, l'épuration ethnique en Yougoslavie, la guerre du Cachemire indien, la guerre afghane, la guerre soudanaise et le conflit irakien. Sans oublier les attaques terroristes des 11/09/2001 à New York, 11/03/2004 à Madrid et du 07/07/2005 à Londres.

Telle est la réalité tragique de l'histoire des hommes, aussi inquiétante qu'elle soit pour faciliter l'avancée de l'humanité vers la paix mondiale, la liste des guerres étant loin d'être exhaustive. Ce qui ne saurait nous empêcher de penser un avenir radieux.

1. Les conceptions kantiennes du progrès vers la paix.

Certes, la société des hommes n'est pas un tout homogène et immobile, mais un ensemble hétérogène traversé de crises qui, permettraient son évolution et sa conservation dans l'avenir. C'est cela donner un sens à sa vie, exister à la manière des sages, "rivaliser le bonheur avec les dieux", et voici le leitmotiv de toute la réflexion du philosophe sur le monde. C'est pourquoi, il nous sera toujours nécessaire de nous interroger sur le sens du monde, à savoir si le genre humain est constamment en progression, s'il lui arrive de régresser dans sa progression, ou s'il vit dans un statut quo, dans un état de stagnation qui le conduirait, inlassablement, vers la résignation face au désordre qu'il se crée : « l'espèce humaine est ou bien en continuelle régression vers le pire, ou bien en progrès constant vers le mieux quant à sa destination morale, ou bien en éternelle stagnation au degré pressant de sa valeur morale parmi les membres de la création (ce qui revient à tourner éternellement en rond autour du même point) » 67(*).

Ce sont là résumés, en une problématique, les trois postulats de la réflexion kantienne sur le progrès de l'humanité vers le mieux. En effet, quelle que soit la situation dans laquelle nous sommes, notre sens de la vie se justifie dans la conception que nous avons de l'histoire, le sens que nous donnons à la guerre et à la paix qui sont les cadres dans lesquels se passe notre existence.

Ainsi, la complexité de la guerre, la multiplication des crises, peuvent-elles constituer un vrai pan du progrès de l'humanité vers la paix, vers le Bien ? Au contraire, est-ce une régression fatale de l'humanité qui consiste à vouloir dire que le Mal l'emporte toujours sur le Bien ? Le progrès ne suppose-t-il pas une cohabitation négociée du belliciste avec le pacifiste, et vice versa ? Malgré l'imprévisibilité des événements historiques mondiaux, malgré l'imprédictibilité de l'avenir, Kant nous propose trois grandes conceptions du progrès qui constituent l'un des moments forts de notre réflexion sur l'avenir de l'humanité.

Dès l'abord, disons que la prétendue sortie de l'homme de l'état de nature ou état de guerre, pour se réfugier dans l'état civil, est le premier signe du progrès de l'humanité vers le mieux-être, vers la paix. Cependant, il est constaté que la guerre, dont les moyens sont de plus en plus sophistiqués, marque le retour terrible de l'état civil à l'état de non civilisation : c'est un empirement, « un amoncellement de grands forfaits et de maux à leur mesure 68(*) ». C'est en cela que se réduit la conception terroriste de l'histoire de l'humanité chez Kant; un terrorisme moral qui se traduit par le fait que toute l'humanité risque de périr dans le feu, de s'anéantir69(*) elle-même, quand on sait que les armes se créent de toutes pièces. Alors, le terrorisme sous sa forme actuelle ne saurait paraître surprenant, puisque Kant avait déjà pensé le mal et avait prévenu le monde de cette crise morale qui signifiera le grand mépris de l'homme envers son semblable.

Ensuite, à travers l'eudémonisme, Kant nous rappelle que l'homme possède par nature une quantité de Bien et de Mal, qu'il serait très difficile d'augmenter, de diminuer librement ou volontairement. L'homme ne peut rien contre le pouvoir de la cause agissante ; par conséquent, « la quantité de bien mêlée en l'homme avec le mal ne peut aller au-delà d'une certaine mesure de ce bien, au-delà de laquelle il pourrait s'élever à force d'efforts et ainsi progresser toujours plus vers le mieux70(*) ». De ce constat, il revient souvent de conclure au sujet de l'homme que de ses actions et réactions au monde, « il ne résulte dans l'ensemble jamais rien de sage, que tout restera comme il a toujours été et que, par suite, on ne peut prévoir si la discorde, qui est si naturelle, ne nous préparera pas un enfers de maux, si avancé que soit alors l'état des moeurs (...) 71(*)».

Si tel doit être toujours le cas, les Etats se formeront, se regrouperont pour travailler au noble projet de la paix, mais ils divorceront et se détruiront sans issue favorable de paix réelle sinon de paix factice. C'est la raison pour laquelle, il est et il sera toujours dans l'intérêt de l'homme que sa quantité de Bien augmente énormément pour favoriser l'avènement de la paix mondiale réelle et durable.

Par ailleurs, l'eudémonisme est critiqué négativement par certains penseurs pour lesquels, il est fait d'espérances débordantes, imaginaires, de façon à ce qu'il « parait insoutenable et semble laisser peu d'espoir en faveur d'une histoire prophétique de l'humanité, au point de vue d'un progrès incessant dans la voie du Bien 72(*)», la voie qui mène à la paix. Tel est le défi que nous devons tous relever afin de conduire l'humanité dans la voie du Bien, de la paix durable. Pour cela, devons-nous chercher l'espoir du côté de la "philosophie du clinamen", du côté de l'abdéritisme ?

Selon Kant, la caractéristique fondamentale de l'être humain est la niaiserie, la sottise affairée, qui consiste au fait qu'il « se hâte d'entrer dans la voie du Bien ; mais ce n'est pas pour s'y tenir, c'est de peur de s'attacher à une seule fin, ne serait-ce que pour varier les plaisirs ;...On renverse le plan du progrès, on bâtit pour démolir 73(*)». Tout se passe comme si du concours épicurien de causes à effets, les Etats qui sont comparés à des atomes, s'entrechoquaient au hasard en produisant des configurations multiples qui sont aussitôt détruites, à leur tour, par d'autres chocs jusqu'à ce qu'une des formes réussisse finalement. Il est alors ridicule de croire qu'un simple jeu de hasard permettra l'union sincère des Etats et des peuples, car de la même manière, chez Kant, la progression lente mais certaine de l'humanité vers le Bien ou la paix ne se fera jamais par un amalgame du Bien et du Mal, de la Paix et de la Guerre, qui se neutraliseraient sans cesse pour produire de l'inertie. Ce serait un jeu de marionnettes, d'avancée et de recul qui finit par nous faire accepter le statut quo: la stagnation, la résignation. Adhérer à l'abdéritisme revient à s'encourager dans la négativation même de la guerre, de tout ce qui n'accouche que d'une souris ; et en même temps épouser la thèse fatale d'après laquelle " celui qui veut la paix, prépare la guerre." Il serait de ce fait très difficile d'établir une paix durable sur la terre, puisqu'on construira le temple de la paix pour le démolir par la guerre future. La raison morale et pratique ne peut que condamner ce jeu.

Car, le jeu de guerres marque l'inconstance de la paix, c'est-à-dire la possibilité de la régression. Il y aura toujours des risques de régression, de recul vers la forte criminalité : l'homme étant libre, "mesure de toutes choses", il voit souvent le péril mais choisit le profit; on peut lui dire ce qu'il doit faire, mais on ne peut jamais s'assurer qu'il le fera réellement. C'est fort de ce constat que Kant nous rassure que « si l'on recule, et que dans une chute accélérée, on aille vers le pire, on ne doit pas désespérer de trouver le point de conversion (punctum flexus contrarii), à partir duquel grâce aux dispositions morales de notre espèce la marche de celle-ci se tourne de nouveau vers le mieux 74(*)».

Il faut que, en dépit des maux de guerres déshonorantes que les peuples s'infligent, le développement des dispositions morales, religieuses, leur permettent de retourner vers l'action collective qui vise leur propre amélioration, celle de la situation merveilleuse d'hier qui s'est dégradée par les crises et les conflits de tout genre. Sans cela, le gouvernement des hommes cèdera la place à l'administration des choses, et l'humanité quittera la préhistoire pour entrer dans la véritable l'histoire75(*) de la violence. Notre raison d'être kantien se justifiera par la leçon que nous tirerons de ce voyage dans l'histoire, pour donner ou re-donner un sens à notre existence.

* 64 M. Savadogo d'ajouter ( 2001, 284) que «  la conscience de l'imperfection est en elle-même l'indication d'une certaine manière de percevoir la société, l'expression d'une vision du monde, d'une conception de la réalité humaine ».

* 65 Kant, 1986, 887-888.

* 66 "Les fondements philosophiques de la paix", p.23

* 67Kant, "Conflit des facultés", 1986, p.890

* 68 Kant, 1986,, p.202

* 69 Selon Kant, la décadence vers le pire ne peut durer constamment dans l'espèce humaine: "ça ne peut plus être pire".

* 70 Kant, 1986, p.891

* 71 A. Philonenko, Théorie kantienne de l'histoire, Vrin, 1986, p.110

* 72 Kant, Opuscules sur l'histoire, trad. S. Piobetta, Paris, Garnier Flammarion, 1990, p.207

* 73 Ibid., De cette façon, l'homme s'impose à lui-même l'effort désespéré de faire rouler le rocher de Sisyphe jusqu'au sommet pour le laisser retomber à nouveau. L'abdéritisme est un affairisme vide.

* 74 Kant, Opuscules sur l'histoire, p.208

* 75 Cf. Engels, Socialisme utopique et socialisme scientifique, Paris, Ed. Sociales, 1971

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