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Kant et la problématique de la promotion de la paix. Le conflit entre l'utopie, la nécessité et la réalité de la paix durable

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par Fatié OUATTARA
Université de Ouagadougou - Maitrise 2006
  

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3. Du droit de révolte des peuples dans l'histoire.

La révolte des peuples, telle que nous l'entendons ici, traduit le mécontentement des citoyens dont les droits sont violés et qui les poursuivent par la violence, la révolte. La révolte est, en ce sens, une forme de contestation, de protestation, de revendication, ou d'opposition à des lois, à des projets, ou à des actions ou comportement d'hommes politiques, que le peuple jugerait déraisonnables, voire inadaptés ou mal adaptée à son vécu quotidien.

Cette définition de la révolte nous amène à nous questionner : l'aliénation des libertés individuelles, la violation des droits des citoyens par leur chef, qui piétinerait ainsi les principes républicaines d'égalité, de justice, de paix, socle de l'Etat de droit, doivent-elle se traduire, immanquablement, par des actes d'incivisme sur fond de révolte, de rébellion ? En d'autres mots, pouvons-nous et devons-nous admettre, en suivant Kant, un droit de révolte, à la limite armée ? Un quelconque droit de révolte serait-il admissible, à cet effet, dans la constitution d'un Etat qui a soif de paix ?

En effet, la formation de l'Etat de droit recherche, d'emblée, la stabilité des règles qui régissent la vie politique et sociale, la protection des uns contre la violence des autres. Cela présuppose qu'en dépit du changement de législateurs et de ceux-là qui exécutent les lois, les règles acquièrent une certaine stabilité qui puisse assurer leur survie. La règle en changeant doit s'adapter à une condition précise, à une situation orientée, et pendant une période donnée. Telle est la vocation de l'ordre juridique qui imprime, à la fois, le respect des droits humains, l'épanouissement des citoyens, l'égalité, la justice dans le partage et la distribution des revenus de l'Etat aux citoyens selon leurs efforts personnels. C'est ce qui nous a motivés à mettre à nu les dérives dans la gestion des hommes et des choses, les insuffisances, dont souffre la démocratie dans sa vocation de réaliser l'idéal républicain kantien.

C'est aussi ses fautes graves d'ethnicisme, de crime pour raison d'Etat, de corruption, de vol de deniers publics, ainsi que l'insouciance vis-à-vis de la misère du citoyen, qui nourrissent son goût pour la révolte, souvent incontrôlée et violente. Ce qui fait que la sécurité des citoyens laisse à désirer de la même façon que le chômage, la faim et la maladie le rongent ; alors que les fonds de la dette et de l'aide sont gaspillés, pour ne pas dire, alloués ou destinés à des projets de seconde, voire de dernière nécessité. C'est ainsi que le peuple se sentira frustré, et se réveillant, se révolte contre la classe dirigeante qui est au pouvoir, c'est-à-dire contre le chef de l'Etat, le premier responsable : la révolte, la rébellion ou le soulèvement populaire, s'originent dans cette misère grandissante au sortir de laquelle, le peuple recherche un « sauveur », à travers le changement violent et révolutionnaire. Le peuple refuse par là l'idée de bonheur du chef en voulant le détrôner. Cela se lit chez Kant (1990, 35) en ces termes : « le souverain veut rendre le peuple heureux selon l'idée qu'il s'en fait, et il devient despote ; le peuple veut ne pas laisser se frustrer de la prétention au bonheur commun à tous les hommes, et il devient rebelle ».

La rébellion, ou la révolte des peuples, peut s'expliquer par le fait que, le plus souvent, les leaders politiques orientent leurs actions plus vers certaines contrées que vers d'autres régions ; ils favorisent certains citoyens, certaines couches au détriment des autres. C'est la raison pour laquelle, à un moment de l'histoire d'un peuple donné, on assiste à des luttes sanglantes entre fractions, à des guerres civiles qui sont, en réalité, des dangers qui menacent presque tous les corps politiques composés de privilégiés, de bourgeois, et qui maintiennent la hiérarchie sélective entre les fractions de la société. Tout se passe, parfois, comme s'il n'y avait pas de règles stables, de normes juridiques et morales, des lois justes, susceptibles d'orienter la conduite des gouvernants envers leurs voix. Serait-on tenter de dire que les gouvernants aimeraient vivre dans l'ignorance de toute loi qui, quand elle existe déjà, est tronquée, tripatouillée, pour répondre et s'adapter aux désirs, aux exigences du tyran.

Dans ce cas, Kant reste ferme ; il reconnaît, bien sûr, la justesse de la révolte contre le chef dictateur, car il dit que « le peuple est en droit de secouer par la rébellion le joug d'un tyran (non titulo, sed exercitio talis) 58(*)». Il ajoute qu'il est admis, « hors de doute », que le peuple ne fait pas, ainsi, tort au tyran en le détrônant. Comme on le voit, Kant est révolutionnaire; mais dans quel sens ?

Chez Kant, la révolution signifie la quête du changement de la constitution (vicieuse), de ses hommes, et non pas le simple désir, la simple volonté de recommencer à nouveau. Selon lui, la révolution se réfère plus à sa réussite ; à  l'acte accompli , à l'évènement survenu  qu'à la seule tentative, même s'il faut bien commencer par quelque chose pour aboutir à une autre. Dans cette optique, la révolution doit favoriser la constitution d'une forme différente de gouvernement précédent, la formation d'un corps politique nouveau. Elle doit aussi permettre de libérer véritablement le peuple, et non le nuire moins que le ferait le tyran évincé ; tout en créant un climat de paix, de justice, de liberté et d'égalité. Cependant, l'auteur de la Doctrine du droit appelle à plus de discipline, d'obéissance et de soumission aux règles du nouvel ordre politico-social : « Quant une révolution a réussi et qu'une nouvelle constitution est fondée, l'illégalité du commencement et de son établissement ne saurait libérer les sujets de l'obligation de se soumettre comme de bons citoyens au nouvel ordre des choses, et ils ne peuvent refuser d'obéir loyalement à l'autorité qui possède maintenant le pouvoir 59(*) ».

Il faudra donc se garder de soutenir l'idée que la révolution, une fois réussie, désignera le brusque refus de la discipline, le relâchement de l'effort personnel, la désobéissance civile, le non respect des nouvelles lois, les multiples grèves, boycotts, le sabotage et l'insoumission gratuite, qui ne peuvent que porter un coup dur sur la moralité et l'exercice politique du moment. Ce serait incompréhensible pour des « animaux politiques doués de raison » de trahir l'histoire en agissant de la sorte. Dans ce cas, l'on n'aura pas tort de condamner la révolte60(*) des peuples, c'est-à-dire de ne pas admettre un droit à la révolte comme le voudra Kant lui-même qui devient, alors, légaliste. Pour lui, et dans le cadre de l'institution de l'Etat de paix ou de droit, «toute opposition au pouvoir législatif suprême, toute révolte destinée à traduire en actes le mécontentement des sujets, tout soulèvement qui éclate en rébellion est, dans une république, le crime le plus grave et le plus condamnable, car il ruine le fondement même61(*) ».

Selon Kant, la réserve tacite d'un droit à la révolte contre un chef, est quelque part, une injustice ; car la maxime qui permet la rébellion ne doit pas être rendue publique ; elle se garde secrètement puisse que sa publicité rend impraticable la rébellion. D'où, « si, en fondant une constitution, le peuple se réservait la condition de pouvoir un jour employer la force contre son chef, il s'arrogerait un pouvoir légitime sur lui. Mais, alors le chef cesserait de l'être ; ou si on voulait faire cette condition une clause de constitution, celle-ci deviendrait impossible et le peuple manquerait sont but 62(*) ».

En succombant dans la lutte, le peuple ne pourra plus se mettre à l'abri des « rudes châtiments de son chef » qui ne l'étonneront guerre. De ce fait, le peuple aura involontairement cédé le flanc au chef qui pourrait se venger de lui en le soumettant à sa volonté  de despote: la crainte de l'élimination physique, la violence intellectuelle ou terrorisme psychologique, ainsi que ma méfiance, introduisent l'instabilité et le désordre dans un peuple qui aurait mal conduit sa lutte, ou qui l'aurait conduite d'une manière ou d'une autre. Le peuple aura donc tort de poursuivre son droit de cette manière.

C'est la raison pour laquelle, au sein des fédérations, au sein des organisations interétatiques, telle l'organisation de l'Unité Africaine (OUA), les tentatives de rébellions armées, les coups d'Etats, sont condamnées. Ainsi, au 35è Sommet de l'OUA, qui s'est tenu à Alger le 07/07/1999, « les chefs d'Etat et de gouvernement ont décidé que les coups d'Etats, les rébellions armées ne seront plus tolérés. Les régimes qui en seront issus ne seront plus reconnus et ne siègeront plus à l'OUA. Ceux qui prennent le pouvoir par les armes n'auront plus leur place en Afrique 63(*)».

En définitive, l'imperfection des Etats et leur constitution ne doit pas légitimer au justifier le recours à la rébellion, à la révolte pour les parfaire : on ne doit pas vouloir réformer la constitution d'un Etat par la violence, la révolution ; c'est au chef, aidé par son peuple, de le faire par la seule voie du droit, de la raison et la morale.

Le réformisme kantien en faveur de la paix n'est possible que pour un peuple éprit de liberté, de justice, et d'égalité. Ce réformisme kantien permet, à n'en pas douter, la progression des peuples vers le mieux, vers la paix.

* 58 Kant, 1986, p. 378.

* 59 Kant, 1979, p. 42.

* 60 Admettre  « un droit à la révolte serait une permission de résister à l'ordre établi. Une telle disposition marquerait la législation juridique dans son ensemble du sceau de la précarité et elle perdrait, du coup, toute raison d'être ». Mahamadé Savadogo, kant-student 90, Jahrg, p. 314.

* 61 Kant, 1990, p. 42.

* 62 Kant, 1986, p. 378.

* 63 L'Indépendant n°306 du 20/07/99 : « La rébellion est-elle la panacée aux maux de l'Afrique ? ». Cette décision est loin d'être rassurante quand on sait que 21 des 38 chefs d'Etats réunis à Alger sont arrivés au pouvoir par la force ; soit à l'occasion d'un coup d'Etat, d'une guerre de libération, ou de pseudo-élections démocratiques.

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