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Kant et la problématique de la promotion de la paix. Le conflit entre l'utopie, la nécessité et la réalité de la paix durable

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par Fatié OUATTARA
Université de Ouagadougou - Maitrise 2006
  

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2. L'hégémonisme politique et économique. 

À l'heure de la mondialisation, les jeunes Etats démocratiques sont soumis aux divers programmes d'ajustement structurel (PAS) des bailleurs de fonds internationaux. C'est ainsi qu'ils perdent, en partie, leur indépendance dans l'asservissement économique. Or, la paix ne vaut rien pour un peuple asservi. Et, il suffit qu'un conflit éclate dans un Etat donné pour que des soi-disant forces de protection des civils soient déployées expressément pour protéger les intérêts de la puissance colonisatrice. En effet, le professeur Mahamadé Savadogo, parlant de la crise ou de la guerre civile qui secoue la Côte D'Ivoire depuis le 19/09/2002, écrit que « l'intervention des armées étrangères dans ce conflit prouve bien que ce qui est en jeu, c'est la défense d'ambitions hégémoniques. Cette crise trouve son origine dans la faillite de la domination française, des politiques de développement dictées par le FMI et la Banque Mondiale, et enfin, l'aveuglement d'une frange de l'élite politico-bureaucratique de la Côte D'Ivoire50(*) ».

Tant qu'un Etat demeurera la chasse gardée d'une domination quelconque, il faut dire que celle-ci ne recherche que le capital financier par l'exploitation des richesses dudit Etat :« Le capital financier veut non pas la liberté, mais la domination » écrit Hilferding51(*) au sujet de cette domination capitaliste qui use d'une certaine politique financière ou idéologie pour renforcer la tendance aux conquêtes coloniales, aux annexions, à l'hégémonie politique par suite de rivalités entre les puissances et leurs sujets.

Kant n'aurait que condamner cette puissance financière puisqu'il est le défenseur de la liberté, de l'indépendance, de l'autonomie ou de la souveraineté des Etats sans tenir compte de la taille, de la grandeur territoriale et de l'influence politique de chaque Etat. Selon Kant, est souverain tout Etat qui est susceptible de s'auto-déterminer, de s'auto-gérer librement tant du point de vue politique, économique que social qui sont les trois domaines de la vie intimement liés. Malheureusement, il est constaté que nos jeunes Etats titubent toujours en matière de gestion responsable des biens publics et acquis sociaux ; la dépendance ou l'ingérence politico-économique met en veilleuse la gestion souveraine des affaires de la Cité. C'est ce que nous avons nommé "hégémonisme politique et économique" entendu comme unique moyen de domination d'un Etat fort sur un Etat faible. Il y a comme un complexe politico-économique qui oblige les Etats faibles à se soumettre aux impératifs des plus forts. L'exemple historique est celui de la colonisation pendant laquelle le Blanc a gouverné les Etats soumis et continue de le faire sous une forme modernisée. Lénine lui-même l'avait reconnu quand il écrivait que quand un Blanc se gouverne, il y a self-government, mais quand il se gouverne lui-même et, en même temps, gouverne les autres, ce n'est plus du self-government, c'est du despotisme.

Pour Kant, l'Etat est une communauté politique, une société de sujets libres. De ce fait, aucun Etat, grand ou petit, puissant ou faible, ne peut s'acquérir par héritage, par échange, par achat ou par donation. C'est pourquoi, Kant condamnait la colonisation en tant que seule opportunité offerte à un Etat puissant de disposer d'un autre, d'une région entière par le biais d'un simple traité de protectorat ou d'amitié. C'est le cas de l'Afrique dominée par l'Occident et qui l'est toujours grâce au capitalisme qui poursuit le partage économique et territorial du monde en violation du droit cosmopolitique qui, selon Kant, doit se borner aux conditions d'une hospitalité universelle. Il n'y a que le droit de visite qui soit reconnu aux étrangers en excluant bien sûr le droit d'acquérir le sol. Cette limitation traduit le minimum juridique qui doit être reconnu au colon dans les pays qu'il visite, mais qu'il colonise en abusant du droit. C'est aussi l'unique droit à réserver à la liberté et à l'autonomie de toute la communauté politique (démocratique, puisque c'est elle que nous avons choisie de parfaire) afin de préserver les chances d'atteindre l'autonomie républicaine.

C'est d'ailleurs une façon pour Kant de rétablir la liberté et la dignité virtuelles des Etats colonisés que de limiter le droit aux conditions uniques d'hospitalité universelle pour mieux faire la promotion des droits des pays colonisés afin que ceux-ci décident d'eux-mêmes de l'opportunité et des conditions d'installation du colonisateur sur leur sol. Dès lors qu'il y aura incompatibilité, l'installation de l'étranger devra être refusée. Et, si la préservation des droits des citoyens se fonde sur une autre politique que sur la politique d'intégration ou d'inclusion nécessaire des étrangers, il est alors incompatible avec le droit républicain. Cette incompatibilité tient toujours l'Afrique par ses chaînes multiséculaires. Particulièrement, l'Afrique n'a pas encore fini de payer les frais de la domination coloniale puisque aujourd'hui encore, « les anciennes puissances coloniales disposent toujours de réseaux et de circuits à travers les pays qu'elles colonisaient, aussi bien en termes de cadres économiques que de dirigeants politiques et de leaders d'opinion dans la société civile. À travers tous ces réseaux, ces pays ex-colonisateurs peuvent agir très puissamment sur les rapports entre eux et les pays africains », note le Pr. Joseph Ki-Zerbo52(*).

En effet, l'hégémonisme des colons se traduisait et se traduit encore en Afrique par des liens étroits avec les dirigeants étrangers et les Chefs d'Etats africains qui sont révocables ou remplaçables dès qu'ils ne font plus l'affaire de la métropole, c'est-à-dire pérenniser l'influence française, anglaise, allemande, dans les Etats africains. Ces pouvoirs accommodants et compatibles sont financés stratégiquement par la métropole pour qu'ils préservent leurs intérêts. L'hégémonisme politique prend ici le nom de politique d'ingérence dans les affaires intérieures des Etats post-coloniaux. Ce qui est, selon Kant, une immixtion de force dans la constitution et dans le gouvernement d'un Etat jugé faible, qui se prostituerait volontairement pour bénéficier des largesses de l'occupant.

Sur le plan social, la domination politique coloniale a entraîné en Afrique la hiérarchisation des ethnies au même titre que les races ont été hiérarchisées. L'ethnogenèse ou la germination contemporaine de l'ethnicisme connue sous le nom de génocide au rwandais, par exemple, ne symbolise rien d'autre que la préférence d'une ethnie minoritaire à une autre ethnie majoritaire : les Tutsi préférés aux Hutu. Alors qu'au fond, ce sont deux ethnies frères qui ont vécu ensemble de glorieux moments, partageant la même culture, la même langue et les mêmes terres sans dommages, tellement que les processus nationalitaires étaient déterminants

À la période post-coloniale, les contradictions apparaissent au grand jour. Les deux ethnies rivalisent le pouvoir démocratique ; la guerre structurelle naquit sans qu'aucune Conférence nationale ne pu fonder très rapidement la nation. Le bouc émissaire belge du mal rwandais fuit le peuple, retourne chez lui pour mieux attiser le feu à une distance raisonnable. Ces exemples, rwandais et ivoirien, montrent bien comment la domination politique coloniale a mis en place, dans les Etats, des idéologies haineuses, néfastes et des pratiques de répression ethniques.

Sur le plan économique, on assiste à un certain repositionnement des investisseurs-exploitateurs qui exploitent les Etats déjà colonisés. « Aujourd'hui donc, comme le dit le Pr. Joseph Ki-Zerbo, il y a une sorte de nouveau partage de l'Afrique qui ne dit pas son nom, mais qui se fait à travers l'invasion capitaliste, financièrement surtout, dans les différentes zones du continent53(*) ».

Cette invasion capitaliste est l'oeuvre des firmes multinationales européennes qui contrôlent et exploitent les richesses minières ou énergétiques des ex-colonies. Mais, il faut ajouter que ces firmes industrielles semblent ne pas s'intéresser au mieux-être des populations qu'aux intérêts, quand il s'est avéré que l'exploitant incendie l'exploité, soutient les belligérances, les rebellions pour mieux le dépouiller. L'exploitant va-t-il souvent brouiller les relations de l'exploité avec ses voisins ou avec d'autres exploitants qui pourraient s'intéresser à son butin, même quand il l'a négligé pour un temps donné. Et pourtant, les réserves de minerais ou d'énergie d'Afrique intéressent toute l'Europe et aussi certains Chefs d'Etats africains qui ont des vues impérialistes, « d'où les conflits permanents, puisque chacun a ses intérêts : les transnationales entre elles, chacune des transnationales avec les puissances africaines, les puissances africaines entre elles, et chacun des Africains avec les transnationales. C'est pourquoi la guerre est à l'ordre du jour 54(*)».

Dit autrement, depuis l'époque coloniale, l'objectif du colon était de bénéficier de débouchés pour écouler ses produits finis et acheter les matières premières bon marché en Afrique. Chacun des colonisateurs a voulu se tailler de grands empires économiques synonymes de "part de lion". Petit à petit, les ethnies africaines deviennent commerçantes, les unes plus que les autres. De là naissent aussi certains conflits ethniques.

Aujourd'hui, c'est la vente du pétrole, le trafic de l'or, de l'uranium et de diamant qui ensanglantent l'Afrique. La responsabilité des Etats nantis est aussi grande en ce sens qu'ils se servent de l'alibi du commerce avec l'Afrique pour intensifier la vente des armes. C'est fort de ce constat que nous disons que le commerce avec l'Afrique a permis à l'Europe de s'impliquer directement en décideur économique ou financier dans la gestion des affaires économiques de la "Cité noire". Il lui a permis de semer l'anarchie et la division en Afrique avec la complicité de nombreux bureaux d'études, de confréries, de clubs, de congrégations missionnaires, qui y ont joué un rôle déterminant par l'éducation et la santé. C'est aussi grâce à ce commerce que l'Occident s'est même créé des "marchés captifs" constitués du patrimoine culturel et artistique africain qui nous oblige à nous y rendre pour y vivre notre africanité ou pour retrouver notre passé. Ce qui est une sorte de "lien de servitude" culturelle pour l'Africain.

De façon identique, le système de créance ou d'endettement, que les Africains ont accepté, bon gré mal gré, est né des échanges commerciaux avec l'Europe. Pire, l'endettement a fait l'objet de critiques négatives d'après lesquelles, les sommes colossales récoltées constituaient une fortune de guerre qui favorisait le recrutement, la formation et l'entretien des armées permanentes qui, selon Kant, doivent disparaître avec le temps pour permettre que les fonds de l'aide et les dettes relancent le développement socio-économique des Etats.

Cependant, il n'y est pas question ici de créer  chez Kant comme chez R. Garaudy « des différenciations si profondes et des affrontements si brutaux que les plus faibles y soient brisés ou mutilés ; (mais) en un mot une société garantissant à chacun la liberté, la responsabilité et les moyens de son développement personnel en harmonie avec le développement de tous 55(*) ».

L'intérêt est que le développement ne doit plus se définir uniquement en termes de Produit National Brut (PNB) ou de Produit Intérieur Brut (PIB), sans référence à un projet humain ou à une qualité de la vie.  Nous devons nous formuler davantage une conception humaniste du développement qui est donc contraire à la comparaison des Etats et à leur hiérarchisation suivant les seuls critères de production et de consommation. Ce qui revient à dire que le développement ne doit se définir aujourd'hui qu'en ayant à vue la finalité humaine, c'est-à-dire une mise en valeur des peuples, de leur patrimoine politique, économique et socio-culturel.

Le vrai développement humain, durable est celui qui assure nécessairement le passage négocié et pacifié, pour chacun et pour tous, de conditions les moins humaines aux conditions les plus humaines qui soient; c'est-à-dire le passage des carences matérielles et morales, de l'égoïsme et de l'injustice, à la possession de ce qui est nécessaire, à la maîtrise des calamités naturelles ou artificielles, à l'acquisition de connaissances, au vécu des hommes, à la volonté de faire la paix dans notre condamnation à vivre ensemble dans la paix. C'est cela l'humanisme kantien en faveur de la paix ; celui qui recherche l'auto-determination, l'auto-gestion des ressources et non le pillage de richesses ou le transfert de ressources des Etats pauvres vers les Etats nantis. Lénine n'avait pas du tout tort quand il faisait remarquer que « le capitalisme s'est transformé en un système universel d'oppression coloniale et d'asphyxie financière de l'immense majorité de la population du globe par une poignée de pays avancés56(*) ».

Le capitalisme est la mère des misères des pays ironiquement appelés "pays en voie de développement". Ne sommes-nous pas alors en droit de nous demander si, la multiplication des différences et injustices dans les conditions de vie des peuples ou nations du monde, développées et sous-développées, ne met pas plus en danger la paix mondiale que la prolifération des armes à destruction massive ? En tout cas, l'accentuation des différences entre les peuples du monde a permis à des sceptiques d'affirmer que la Troisième Guerre Mondiale sera une guerre économique qui sera due aux injustices sociales et économiques compte tenu du fait qu'une inégale répartition des revenus d'un Etat, jointe à une politique de développement sélective, sont toutes dangereuses pour la stabilité, pour la paix sociale qui est alors menacée de frustrations, d'injustices.

Dans la même optique, Fatsah Ouguergouz écrit que « tous les peuples ont droit à leur développement économique, social et culturel, dans le respect strict de leur liberté, de leur identité, à la jouissance égale du patrimoine commun de l'humanité 57(*) ». C'est pour favoriser une telle jouissance que nous assistons de plus en plus à l'institutionnalisation du développement pensé dans le sens du droit, du devoir et de la solidarité universelle qui est d'emblée un devoir moral. Il s'agit d'un devoir qui se fonde sur la volonté des citoyens du monde à s'entre-aider, à venir en aide aux pauvres, aux nécessiteux; l'objectif étant de créer une atmosphère de paix sociale, de cohésion et d'harmonie.

Puisque la paix sociale ne se fait pas avec des gens de mauvaise volonté, de mauvaise foi, ni avec des gens cupides, égoïstes, le droit intervient, tout comme la morale, pour faire miroiter la nécessité de la solidarité tant en temps de paix qu'en temps de difficultés. Car, l'instauration d'une paix mondiale durable passe nécessairement par une action menée, à l'échelle de l'humanité, en vue de réduire la pauvreté, les injustices, les oppressions massives et discriminatoires, les inégalités qui, toutes, conduisent, tôt ou tard, à la revolte ou à la rébellion d'un peuple qu soif du changement. Cependant, ce souci de liberté des peuples partageant un même sort, doit-il se justifier toujours et forcement par le recours à la force ? Si non, sur quoi devrait se fonder un tel besoin ?

* 50 Dans les colonnes de "Hakili" n°03 de Septembre 2003

* 51 Cité par Lénine, L'Impérialisme Stade suprême du capitalisme, Ed. du Progrès, Moscou, 1982, p.132

* 52 À quand l'Afrique ? Ed. de l'Aube, 2003, p.50

* 53 J. ki-Zerbo, 2003, p.48

* 54 Ibid, p.59 . Jaurès n'avait donc pas tort quand il écrivait que «  le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage. »

* 55 Roger Garaudy, Pour un dialogue des civilisations, Paris, Dénoel, 1977, p.37

* 56 Lénine, 1982, p.11

* 57 Fatsah Ouguergouz, La Charte africaine des droits de l'homme et des peuples, Paris, PUF, 1993, p.194

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