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Kant et la problématique de la promotion de la paix. Le conflit entre l'utopie, la nécessité et la réalité de la paix durable

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par Fatié OUATTARA
Université de Ouagadougou - Maitrise 2006
  

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CHAPITRE I : LES CONDITIONS DE LA PAIX CHEZ KANT.

Nous sommes condamnés à vivre ensemble en groupes, en familles, en communautés, et de façon générale, dans les frontières entre Etats. Cette condamnation à vivre ensemble ne peut se réaliser que dans les conditions d'une paix réelle et non pas dans la barbarie dévastatrice. C'est-à-dire que cette destinée des peuples ne se réalisera pas dans des conditions où la paix est constamment menacée par le danger que constituent la guerre, les conflits internes de plus en plus violents. Car, la guerre est au fond un important facteur de démonétisation de l'éthique et de la morale. Malgré, les quelques faibles bénéfices que des individus, des Etats, prétendent tirer de la guerre, les coûts sont très élevés, et elle préfigure l'effondrement du tissu social.

En effet, le XXIè siècle que l'on croyait être le siècle de la maturité politique et intellectuelle, est de plus en plus violent en ce sens que l'actualité socio-politique au double plan nationale et internationale est marquée par des guerres, des crises ethniques et des déplacements massifs de populations victimes de ces conflits. Sans oublier bien sûr la montée en puissance du nationalisme par endroit, de l'extrême patriotisme synonyme de xénophobie, d'exclusion sociale ou d'expulsion des immigrés et des étrangers. À cela, s'ajoute l'entretien des rebellions, avec la complicité de certains Etats voisins et de gouvernements, dont le but est de déstabiliser les régimes en place en violation du droit international.

C'est en s'inspirant de ce tableau sombre qui persuade les citoyens que leur aspiration à la paix est utopique, qu'il est encore grand temps pour nous de rechercher des réponses, des solutions, aux problèmes essentiels des relations internationales relatifs à la guerre, pour le maintien de la paix mondiale. Autrement dit, faisons de la promotion de la paix notre cheval de bataille dans les conditions que sont : la prévention, la gestion constructive des guerres suivant la logique de la coopération, de la négociation, la valorisation des échanges culturels et commerciaux ainsi que de la protection de l'environnement91(*).

Traiter des conditions positives de la paix, de la négociation de la paix ou de la médiation des conflits, tel est l'objectif de notre préoccupation dans les lignes qui suivront; mais avant, qu'elles sont les conditions négatives de la paix chez Kant?

1. Les conditions négatives de la paix.

Les conditions négatives de la paix sont formulées par Kant dans son Projet de paix perpétuelle sous forme d'interdits. Ceux-ci ne sauraient anathématiser la paix dans leur prétention d'empêcher ou d'arrêter les guerres. Ils concernent les six (06) articles préliminaires de la paix qui s'articulent comme suit 92(*):

« On ne regardera pas comme valide tout traité de paix, où l'on se réserverait tacitement la matière d'une nouvelle guerre » (Article 1). De Kant à nous, il est constaté que les nombreux traités de paix, les « cessez-le-feu », qui ont toujours été signés entre les belligérants, n'arrivent guère à mettre fin à la guerre; ils ne sont que de simples armistices, de simples trêves ou suspensions des hostilités. L'idée même d'une guerre future n'est pas éliminée par la signature de ces traités de paix. Tout se passe comme si, des prétentions anciennes, obscures et mauvaises, des clauses secrètes existaient toujours et réveilleraient par la suite la belligérance et la vengeance. Au fond, il y a que la plupart de ces traités sont conclus sur la base de la rancune et du ressentiment ; ce qui ne peut permettre d'établir une paix durable, mais une paix provisoire, éphémère. C'est pourquoi, il faut plus de sérieux, de sincérité et de fermeté dans la signature des traités afin que les sujets renoncent à la vengeance une fois que la réconciliation parvient à être faite entre des groupes sociaux ou entre des Etats, forts ou faibles, grands ou petits.

C'est ainsi que « tout Etat, qu'il soit grand ou petit, ne pourra jamais passer au pouvoir d'un autre Etat, ni par échange, ni à titre d'achat ou de donation » (Article2). Selon Kant, l'Etat est une société de personnes morales qui ne peuvent être que sous la coupe d'un chef et non d'un maître de peur qu'il ne devienne sa propriété ou son patrimoine, celui d'une famille ou d'un clan. Puisque les citoyens ne sont pas des marchandises, des choses ou des bêtes abruties, ils ne doivent pas faire l'objet de transactions commerciales telles qu'ils l'ont été pendant le commerce triangulaire ou traite négrière ; pire, être associés à un autre Etat. Ils ne doivent plus se battre contre un quelconque ennemi, sous prétexte qu'il leur est commun, tout comme pour défendre la cause d'un autre Etat. Ici, c'est toute la politique d'annexion, de colonisation, d'impérialisme et d'esclavagisme, qui est ainsi contestée par Kant, mais qui est entretenue par les forces armées permanentes :

« Les troupes réglées doivent être abolies avec le temps » (Article 3). C'est la suppression complète des armées permanentes qui est ici demandée par Kant parce qu'elles constituent, par leur simple présence, une menace permanente de la paix, et parce qu'elles nourrissent la course effrénée à l'armement. Dans ce cas, l'objectif recherché est loin d'être celui de se prémunir contre les agressions d'un autre Etat, de dissuader le voisin, mais il s'agit de tuer et de faire tuer. Tant qu'il y aura des troupes réglées pour la guerre, la paix sera toujours plus onéreuse compte tenu de l'engagement des mercenaires, du recrutement et de la formation des soldats pour la guerre.

Cette question de la fortune de guerre trouve une réponse satisfaisante chez Kant pour qui, « On ne doit point contracter de dettes nationales, en vue des conflits extérieurs de l'Etat» (Article 4), même pas en vue des conflits internes. Cet article est une demande que Kant formule à l'endroit des Etats et de leurs citoyens afin qu'ils mettent davantage l'accent sur leurs propres capacités locales pour assurer leur développement endogène au lieu de s'endetter, d'une façon ou d'une autre, pour continuer de mettre en veilleuse leur souveraineté, de mettre sous perfusion leurs économies locales. Ce qui est frappant, c'est que les Etats s'endettent pour s'armer, pour soumettre les autres Etats dits « indépendants» et ainsi s'ingérer, directement ou indirectement, dans leurs affaires intérieures au grand refus de Kant qui souligne qu' « aucun Etat ne doit s'ingérer de force dans la constitution, ni dans le gouvernement d'un autre Etat...Ce serait là un scandale donné qui rendrait incertaine l'autonomie de tous les Etats ». (Article 5).

De plus en plus, s'affirme le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats, puisque chaque Etat est supposé indépendant. Chaque Etat ainsi défini, a le droit de gérer ses propres affaires, de résoudre lui-même ses difficultés quitte à ce qu'un scandale survienne et qu'il nécessite l'aide extérieure; laquelle aide doit être reconnue par la communauté internationale. Cependant, il y a lieu de craindre la récupération politique du droit d'ingérence humanitaire qui prend en charge les victimes des conflits en leur octroyant des vivres, en leur donnant des soins médicaux et en les logeant dans le but de réduire les souffrances de ces populations. Pour éviter que l'homme, qui est la fin suprême de toutes les autres fins, soit toujours victime des stratèges honteux et infâmes, et pour limiter les souffrances et les dégâts, le "Philosophe de la paix" nous propose une sorte de « bonne conduite » à tenir : « On ne doit pas se permettre, dans une guerre, des hostilités qui seraient de nature à rendre impossible la confiance réciproque, quand il sera question de la paix. Tel serait l'usage qu'on ferait d'assassins ou d'empoisonneurs, la violation d'une capitulation, l'encouragement secret à la rébellion, etc ». (Article 6). La condamnation frappe alors la guerre punitive et la guerre d'extermination. Cette conduite fera que quelque chose d'humain reste encore en l'homme pendant et après la guerre.

En nous proposant cette conduite, Kant veut la possibilité de la paix, le sens de l'humanisme et du respect mutuel des droits humains jugés inaliénables. Contrairement, « une guerre à outrance pouvant entraîner la destruction des deux parties à la fois, avec anéantissement de tout droit, ne peut permettre la conclusion de la paix éternelle que dans le vaste cimetière de l'espèce humaine 93(*)».

Il faut qu'après tout, la paix soit possible entre les citoyens ou entre les peuples comme le veut l'application du principe de coopération : "vivre et laisser vivre ". Comme nous pouvons le constater dans l'histoire des guerres, ce système a fait école lors de la guerre des tranchées et il peut toujours l'être valablement à travers les accords et les  "cessez-le-feu " à respecter. Il consiste pour les soldats à faire preuve de retenu pendant qu'ailleurs les combats font rage ; ils iront même jusqu'à minimiser l'état de guerre "pour vivre et laisser vivre", alors même que la logique militaire voudrait qu'un soldat tue à souhait.

D'abord, il y a la crainte des représailles de l'ennemi qui font que la passivité, l'absence de provocation, signifient refus de mettre le feu aux poudres. Ensuite, l'élément éthique fait que les soldats éprouvent un regret moral, une désolation, quand ils viennent à violer des accords de paix. Enfin, il y a le rituel, cet usage inoffensif d'armes consistant à tirer de façon maladroite, et dont la portée est tellement précise que les obus ne peuvent tomber, ni devant, ni derrière. C'est une méthode d'intimidation et de rappel à l'ordre, au respect des clauses de la coopération. « Ces rituels de tir routinier et pour la forme envoyaient un double message. Pour le haut commandement, ils étaient synonymes d'agressivité, pour l'ennemi, de paix. Les hommes se contentaient de faire semblant d'appliquer une politique d'agressivité 94(*)».

Comme on le voit, le soldat n'a pas perdu tout son sens moral dans la caserne ; même si nous assistons, impuissant, à la militarisation de la guerre ; il y a encore de fortes chances que la guerre punitive ou d'extermination soit évitée par des actions morales allant dans la droite ligne de la paix mondiale : le droit international humanitaire intervenant également pour réglementer l'activité humaine la plus inhumaine en disant comment il faut désormais tuer, blesser, capturer et séquestrer.

Enfin, une autre condition négative de la paix que nous ne retrouvons également nulle part chez Kant, c'est le refus de la récupération politique du secteur de la santé ou politisation de la santé. Certes, dans la prévention des conflits, une place de choix est accordée à l'adoption des clauses, à l'application des accords et traités de paix internationaux ainsi qu'à la promotion des droits humains. Cependant, nous ne devons pas oublier le secteur de la santé, car « investir dans la santé revient aussi à contribuer à la prévention des conflits violents. Accorder de l'importance aux services sociaux peut aider à maintenir la cohésion sociale et la stabilité 95(*)».

Ce qui revient à dire que le personnel de la santé peut attirer l'attention du public sur les risques de conflits violents pouvant être dus aux inégalités en matière de santé et d'accès aux soins de santé primaire. C'est pourquoi, des mesures coercitives doivent être prises par tous les ministères et organisations de la santé afin de minimiser le fossé entre les groupes sociaux en ce qui concerne la santé des populations. C'est dans ce souci qu'en 1984 l'Organisation Panaméricaine de la Santé (OPS) a lancé l'initiative stratégique « La santé : un pont vers la paix, la solidarité et la compréhension». Il s'agit là d'une stratégie qui a permis de négocier des jours de tranquillité malgré les violences politiques au Salvador. Elle a permis également la suspension des combats de 1985 à la fin du conflit en 1992 en favorisant la vaccination des enfants contre la rougeole, le tétanos et la poliomyélite. Aussi, des réseaux régionaux et infrarégionaux d'information sur la santé ont été installés. Ce qui a créé un dialogue régional et a marqué les lendemains du conflit d'accords de paix très concluants.

Les victimes des conflits, aussi bien les autochtones et les étrangers, ont été démobilisées, réadaptées et réintégrées socialement. Grâce à ce programme de nombreux personnels de la santé du monde entier sont mobilisés pour qu'ils contribuent efficacement à la paix, au retour à la stabilité, à la reconstruction, à la fin des combats et à la réconciliation, partout où des communautés se sont déchirées. C'est ainsi que des recommandations ont été faites par le personnel de la santé à l'endroit de la communauté internationale, au nombre desquelles s'inscrit l'adoption de mesures limitant la production et l'utilisation des mines anti-personnelles, la production et la disponibilité des armes biologiques, chimiques et nucléaires, sans oublier l'information et la compréhension des conflits.

Les objectifs visés à travers cette initiative stratégique sont de l'ordre trois : d'abord, permettre plus d'efficacité dans les opérations de maintien de la paix, puisque l'incertitude plane toujours sur les mandats d'intervention ; ensuite, parvenir à de bons protocoles de liaison entre les forces d'intervention et augmenter les ressources allouées pour la cause ; enfin, rendre beaucoup plus responsables et impartiales les personnes mandatées dans les opérations de maintien de la paix, dans sa consolidation, bref, dans la prévention des conflits.

En somme, toutes ces conditions négatives de la paix définissent les dispositions à prendre, les conduites à tenir, ou les comportements à adopter, pour éviter les conflits ou pour y mettre fin. Ce qui ne veut pourtant pas dire que la paix signifie l'absence totale de guerres, ou que l'absence de guerres équivaut à la paix. La paix se maintient, ne se construit, qu'à partir de la détermination des conditions positives de la paix.

* 91 Le fait que les Nations Unies aient octroyé le prix Nobel de la paix 2004 à une écologiste kenyane du nom de Wangari Matai, montre que la protection ou la sauvegarde de l'environnement est une condition de la paix. Nombre de conflits sociaux sont liés à l'exploitation des ressources de l'environnement. Si Kant n'en fait pas une condition de paix, malgré la relation qu'il établie entre l'homme et la nature dans sa Critique de la faculté de juger,elle est une question cruciale à laquelle des recherches futures seront consacrées.

* 92 Kant, Projet de paix perpétuelle, pp.334-337

* 93 Kant, 1986, pp.337-338

* 94 Roger Axcelrod, Donnant Donnant, Ed. Odile Jacob, 1992, p.91

* 95Rapport mondial sur la violence et la santé, OMS, Genève, 2002, p. 254

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