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Kant et la problématique de la promotion de la paix. Le conflit entre l'utopie, la nécessité et la réalité de la paix durable

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par Fatié OUATTARA
Université de Ouagadougou - Maitrise 2006
  

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3. De la nécessité d'une éducation à la paix.

Il n'est plus à démontrer aujourd'hui que la paix est une nécessité pressante, impérieuse : chacun doit pouvoir faire la paix avec son semblable pour éviter d'être détruit par lui, tout le monde doit apprendre à faire la paix; tout le monde doit s'éduquer à la paix. Car, l'éducation en faveur de la paix est une alternative sérieuse à la guerre. Mais, avant toute chose, qu'est-ce que l'éducation pour qu'il soit question d'éduquer à la paix ?

Selon Kant (1986,1149-1950), l'éducation c'est tout ce qui concerne les soins(subsistance et entretien), la discipline, l'instruction et la formation. Ainsi, il est du ressort des parents de soigner leurs enfants, de sorte à ce qu'ils ne fassent nul usage funeste de leur force. La discipline changera en eux l'animalité en humanité ; car elle garde l'homme de s'écarter, par la faute de ses impulsions animales, de sa destination, de l'humanité. Elle doit le brider pour l'empêcher de se livrer aux dangers dans le désordre et l'irréflexion ; la discipline soumet l'homme aux lois de l'humanité et lui fait sentir leur contrainte : l'indiscipliné est violent.

Le concept d'éducation chez Kant fait que l'homme est à la fois nourrisson, élève et apprenti, dans la société. L'éducation est donc en elle-même une nécessité pour l'homme, en ce sens qu'elle participe pleinement au développement des dispositions naturelles, morales, intellectuelles et physiques de tout l'être, c'est-à-dire qu'elle lui permet de s'approprier, d'apprendre les valeurs morales et humaines en vue de sa réalisation dans le monde.

En effet, depuis l'Acte Constitutif de l'UNESCO (1945), la paix est bel et bien une question d'éducation. Puisque la guerre prend naissance dans l'esprit des hommes, il devient nécessaire d'agir sur l'esprit de l'homme pour fonder la paix : c'est le rôle qui est dévolu à l'éducation comme moyen de transformation lente et certaine des mentalités, en vue d'éveiller collectivement la conscience universelle qui sommeille souvent en l'homme. Cette lenteur s'explique chez Kant par le fait que l'éducation même« ne peut avancer que pas à pas; qu'une génération transmette à l'autre ses expériences et ses connaissances, que celle-là, à son tour, les augmente de son apport et les remette en cet état à la suivante : c'est bien la seule source possible d'un juste concept de la façon d'éduquer 126(*)».

Il s'agit en un mot réveiller lentement les germes du bien qui sommeillent en tout homme, ou de sortir l'homme du mal. Adolphe Ferrière ne s'éloigne pas de Kant quand il dit que « l'éducation vient de ex-ducere, conduire hors de ; hors de quoi ? Hors de l'état présent jugé imparfait vers un état jugé meilleur et plus parfait. Le mot implique donc un jugement de valeur. (...) Cela suppose une hiérarchie des valeurs spirituelles, un but, un idéal127(*)».

L'éducation à la paix a de ce fait pour but de sortir l'homme de l'animalité, de l'état imparfait de guerre vers l'état parfait de paix. C'est ce que dit l'article 26 de la Déclaration universelle des droits de l'homme datant du 10/12/1948 : « L'éducation doit viser au plein épanouissement de la personnalité humaine et au renforcement du respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle doit favoriser la compréhension, la tolérance et l'amitié entre toutes les nations et tous les groupes raciaux ou religieux, ainsi que le développement des activités des Nations Unies pour le maintien de la paix ».

Il est question, ici, d'éducation non-violente dont l'objectif est de permettre à l'individu de se maîtriser, de contrôler et de contenir ses pulsions néfastes et toutes ses actions qui tendent à nuire à autrui. Il s'agit en d'autres mots, de purifier l'homme, de le discipliner, de le cultiver dans le sens de la tolérance, de la solidarité et de l'amour du prochain. Ainsi, selon L. Doob, nous donnons à la paix « de meilleures chances de s'établir si dirigeants et populations possèdent des convictions et des attitudes qui les font pencher vers la paix plutôt que vers la guerre (...) ; Ceci résulte de la façon dont ils ont été socialisés et éduqués128(*)». L'éducation est là une nécessité pour les acteurs de la scène politique mondiale ; elle consiste à prendre conscience des causes de la dérive des politiques en générale. Il faut que nous ayons la conviction que, pour ne pas faire l'objet d'utopisme, de rêverie, l'éducation à la paix est la condition sine qua non de l'évolution positive des peuples vers le mieux-être, vers le bonheur129(*), parce qu'elle permet l'éclosion de toute la civilisation entendue comme valorisation de l'Enfant, le Père de toute l'humanité.

D'après la sagesse africaine, « on n'abat véritablement un arbre qu'en s'attaquant à ses racines. À l'attaquer maladroitement par le tronc, il y a de fortes chances que des bourgeons y poussent ». C'est fort de cette vérité multiséculaire que nous avons jugé bon d'attaquer le mal de guerre par ses racines qui sont l'enfant. L'éducation à la paix s'adresse en premier lieu à l'enfant qui gouvernera l'humanité de demain. Et, pour ne pas que son gouvernement soit sanguinaire ou criminel, il a besoin d'être éduqué aux vertus de la paix que sont le respect de l'autre, sa reconnaissance, le partage, l'obéissance à la loi morale et pratique.

Au fond, l'éducation à la paix exige, pour ce faire, un double apprentissage, intellectuel et moral, qui appelle à la générosité du coeur, à l'énergie de l'esprit. La nécessité de l'éducation en faveur de la paix se résume au niveau des enfants à leur apprendre à s'accepter, à vivre et à évoluer ensemble, tout en sachant qu'ils sont issus d'appartenances diverses, de familles et d'ethnies différentes. Il faut nécessairement leur inculquer des valeurs universelles à travers les manifestations culturelles, les voyages d'échange ou de découverte, les camps de vacances, les correspondances et le sport qui impose au sportif la contrainte sur soi, le sang froid, le fair play et le sens de l'observation: il est un agent de perfectionnement moral, spirituel et social ; il favorise la décharge cathartique des instincts les plus agressifs.

Vu tout cela, l'éducation à la paix doit être insérée dans les programmes d'éducation ou d'enseignement de nos Etats. Comme des cours de morale, elle prend en compte toutes les attitudes et comportements malveillants, tous les actes d'incivisme, violents et agressifs, synonymes de haine, de racisme ou de xénophobie, qui entraînent le dénigrement de l'homme par les siens. Et ce, du Primaire au Supérieur en passant par le Secondaire. Car selon Kant, le principe fondamentale de l'art d'éduquer est« que jamais l'éducation des enfants ne se fasse en fonction du seul état présent, mais aussi du possible meilleur état à venir de l'humanité, c'est-à-dire de l'idée de l'humanité et de l'ensemble de sa destination130(*) ».

L'état présent qui nous préoccupe est celui que les crises, la violence, la guerre, corrompent au jour le jour. Nous envisageons de la redresser, de le corriger ou de le réparer par le biais de l'éducation à la non-violence, à la tolérance, à la solidarité, au dialogue et au civisme. C'est la raison pour laquelle, il faut « de bonne heure accoutumer l'homme à se plier aux prescriptions de la raison. Qu'on lui ait, dans sa jeunesse, passé ses volontés et que rien, en ce temps-là ne lui ait résisté, il gardera tout au long de sa vie une sorte de sauvagerie131(*) ». Ce qui indique qu'il faut polir chez l'homme, dès sa tendre jeunesse, la brutalité du fait de son penchant pour la liberté.

Nous devons apprendre à identifier les racines cachées des malheurs des peuples dès l'enfance, et à rendre moins résistibles les mentalités des hommes qui auraient perdu le sens du consensus, ceux chez qui l'éducation aurait en quelque sens failli. L'éducation à la paix vise donc la responsabilisation, la conscientisation, l'autonomisation ou encore l'engagement présent et future des citoyens à oeuvrer à l'ouvrage de la paix, c'est-à-dire à faire la promotion de la paix en taisant leurs divergences ou leurs controverses. Ici, l'éducation à la paix s'adresse à l'adulte, aux parents et aux Chefs d'Etats au sujet desquels une question est posée : pourquoi la gestion des affaires de nos Etats reste-t-elle si incertaine et si polémique, si instable et si passionnée, si fragile et si irrationnelle, que les crises internes se démultiplient?

Si l'administration de la Cité est encore problématique, cela présuppose un manque d'éducation de la part de ceux qui dirigent le peuple en lui voilant le visage ou en ne lui donnant pas l'information nécessaire sur la gestion des "res". Or, l'information est capitale. Son insuffisance et son absence renforcent davantage les inégalités, créent les injustices, organisent une véritable ségrégation par endroits.  De même chez Kant, l'éducation ou l'information est fondamentale en cela qu' « éclairer le peuple, c'est lui enseigner publiquement ses devoirs et ses droits vis-à-vis de l'Etat auquel il appartient132(*)». Sans l'éducation, le peuple ou le citoyen devient une "bête de somme" qu'on fait suivre mais qui ne sait jamais vers où il est conduit. Il n'y a que l'homme chez qui le besoin d'éduquer s'impose.

Selon Kant, il lui faut un propagateur de lumière qui l'éclaire. Les propagateurs des lumières, puisqu'ils ne sont pas des professeurs de droit officiellement établis par l'Etat, mais souvent des professeurs de droit libre ou encore des philosophes, ils se heurtent constamment à l'Etat. Ils dérangent, de ce fait, l'Etat et tous ceux qui empêchent la publicité des maximes du droit, le lieu où le peuple expose publiquement et à l'Etat ses doléances (gravamens), ses revendications, ses rêves, ses suggestions et ses exigences, formant alors la volonté populaire. C'est pourquoi, son interdiction peut être fatale pour la paix et la stabilité politique.

Vue sous cet angle, l'éducation à la paix présuppose, en quelque sens, une éducation à la citoyenneté, à la vie publique, compte tenu du rôle que joue, par exemple, le citoyen dans la conquête du pouvoir par les élites politiques133(*). Réussir l'éducation à la citoyenneté134(*) est nécessairement un tremplin vers la pacification du lien social, surtout en période électorale pendant laquelle, les contestations des résultats des scrutins aboutissent à des scènes affreuses, à des violations des droits de l'homme, pire, à la prise des armes par les citoyens contre eux-mêmes. Si l'éducation à la citoyenneté a pour finalité la socialisation, la transmission des valeurs républicaines, le savoir-vivre et le savoir-faire, elle est donc une ouverture sur la vie publique, un creuset vers la compréhension, la paix entre les peuples. L'éducation acquiert, ici, un sens civique et patriotique, c'est-à-dire une éducation démocratique faite par le peuple et pour le peuple. Donc, une éducation qui fait la promotion de l'état de justice sociale et de liberté à travers la publicité des maximes du droit.

Selon Kant, la publicité des maximes du droit est incontournable ; elle permettrait à chaque peuple de circonscrire les limites de son action libre. Elle recherche la création d'un espace public où est assuré l'éclairage des esprits, et où les problèmes sociaux sont discutés en vue de trouver convenablement les solutions, les conjonctures, qu'il faut. « Sans elle, note Kant, il n'est point de justice, puisqu'on ne saurait la concevoir que comme pouvant être rendue publique ; sans elle il n'y aurait donc pas non plus de droit, puisqu'il ne se fonde que sur la justice135(*) ».

En définitive, soulignons que l'éducation en faveur de la paix est une affaire collective, car c'est d'elle que dépend notre vie paisible, notre bonheur, et donc, le respect de nos valeurs et de nos moeurs. Sans elle, nous ne sommes rien ; si elle est mal assimilée, nous sommes des évadés, des êtres sans repères assignables ; et par conséquent, des êtres voués à la guerre. La guerre est d'ailleurs une crise de l'éducation, de l'amour et de la morale, une perte de la raison. C'est pourquoi, les larmes des déshérités, des misérables, des malheureux et des victimes de la guerre, doivent nous servir en même temps d'encre et de chaussures pour dénoncer et chasser, loin de nous, les fossoyeurs de la paix de notre temps et des temps à venir. Le pacifisme n'est, en vérité, qu'un humanisme.

* 126 Kant, 1986, "Propos de pédagogie", pp.1153-1154

* 127 A. Renard, La pédagogie et la Philosophie de l'école nouvelle, Paris, Ed.école et collège, 1941, p.101

* 128 op. cit, p.297

* 129 La possibilité de toujours mieux développer la nature humaine par l'éducation, et de la porter à une forme adéquate à l'humanité, est un ravissement pour Kant (1986, pp.1152-1154) ; cela prouve la richesse future du genre humain en bonheur. La Providence aurait dit à l'homme : « je t'ai pourvu de toutes les dispositions au bien. C'est à toi qu'il revient de les développer ; ainsi tout ton bonheur et tout ton malheur dépendent de toi-même ». C'est le sens que Kant donne à l'action et à l'engagement de l'homme en faveur du bien, de la paix.

* 130 Ibid, p.1554

* 131 Ibid, p.1150

* 132 Kant, Opuscules sur l'histoire, op.cit. p.216

* 133 « Comment un paysan, pourra-t-il exercer honnêtement ses fonctions d'électeur s'il ne sait pas lire une affiche électorale ou la proclamation de foi d'un candidat. Cet ensemble de devoirs est le fondement du droit pour le citoyen à l'instruction et à l'éducation. Les dirigeants africains, s'ils veulent instaurer la démocratie dans leurs pays, ont donc le devoir de faire à la jeunesse cette instruction sans laquelle on ne mériterait pas d'être appelé un homme ». Henri Bala Mbarga, Problèmes africains de l'éducation, Paris-Lille, Hachette,1962, p.38. H., B., Mbarga est inspecteur de l'enseignement primaire au Cameroun.

* 134 Si le vote est un devoir de citoyens libres, c'est alors un devoir et un droit pour le peuple d'être formé, informé et éduqué pour la cause afin d'éviter d'aussi vilaines crises électorales.

* 135 Kant, 1986, p.337

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