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Kant et la problématique de la promotion de la paix. Le conflit entre l'utopie, la nécessité et la réalité de la paix durable

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par Fatié OUATTARA
Université de Ouagadougou - Maitrise 2006
  

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2. De la nécessité de la paix à la désillusion des coeurs.

La métaphysique est considérée par le praticien comme "la cause des révolutions politiques". Le métaphysicien est pour cela victime des railleries et de la haine de l'homme politique, parce qu'il éprouve une "espérance sanguine d'améliorer le monde" en se dévouant pour la réalisation de projets jugés d'emblée impossibles par l'homme d'Etat : " le philosophe dérange trop", "il demande plus qu'on ne peut le satisfaire", " c'est est un rêveur". Tous ceux qui, à l'image de Kant, prônent la paix sont vite rangés du côté des obscurs, des naïfs, des fous, que du côté de ceux qui s'occupent des questions pratiques telles la politique, l'économie et les finances, la solidarité, la pauvreté et le développement. Tout se passe comme si la théorie et la pratique, en tant que domaines bien distincts, ne peuvent se réconcilier en matière de promotion de paix. Si la promotion de la paix ne rencontre que des obstacles, si personne ne s'en occupe véritablement, si le projet n'est pas réellement exécutable pour toujours, « ce n'est pas qu'il soit chimérique ; c'est que les hommes sont insensés, et que c'est une sorte de folie d'être sage au milieu des fous31(*)».

C'est donc en vue de crédibiliser la sagesse du philosophe parmi les siens que Kant proposait que, les maximes des philosophes sur les conditions de possibilité de la paix perpétuelle, soient consultées par les Etats armés pour la guerre. Le courroux des philosophes vis-à-vis des actes ignobles tels la guerre, est identifiable au tempérament colérique, à la colère des dieux grecs qui veulent que l'idéal, le sacré et la paix soient restaurés là où ils ont toujours été observés. Donc, la paix ne doit pas être un vain mot. La colère des philosophes donne lieu à l'espérance. La philosophie, sans jamais être une prétention subtile à réaliser la paix universelle, est une prise en considération de la problématique guerrière et conflictuelle du monde. Il n'y a plus lieu de s'en prendre au philosophe ou de vouloir le renvoyer à son école. Car, il n'est pas vrai chez Kant que la théorie au contact avec le monde pratique se révèle être un ensemble d'idéaux vides et de rêves philosophiques quand il s'agit, par exemple, de parler de paix : « la paix perpétuelle qui succédera aux trêves jusqu'ici nommées traités de paix n'est donc pas une chimère, mais un problème dont le temps, vraisemblablement abrégé par l'uniformité des progrès de l'esprit humain, nous promet la solution32(*) ».

Le philosophe veut bien l'amélioration de l'homme, mais il refuse que l'homme soit transformé négativement dans la guerre. Sa vision pacifique du monde est à la fois idéaliste, noble et pragmatique, en ce sens qu'il veut qu'on aille au-delà des simples discours politiques appelés ironiquement "pourparlers" ou "ballets diplomatiques", "traités de paix", "cessez-le-feu" ou encore "armistices", pour former un vrai cadre juridico-politique de paix. Le philosophe propose, pour ce faire, une transformation des mentalités suivant le genre de vie du philosophe qui se conforme à la raison.

La conscience qui a toujours aspiré à la paix , est la même qui a toujours fait la guerre en l'instrumentalisant grâce à son intelligence, qui soutient l'idée que des générations pourront tirer des enseignements intéressants de la cruauté de l'homme, de la recrudescence des guerres. Petit à petit, les lumières les éclaireront. Une répugnance s'observe de plus en plus au niveau même des soldats qui, parfois, vivent et laissent vivre. Ils s'indignent d'ôter la vie de leurs adversaires soit par crainte, par peur ou que l'habitude même des guerres les a aguerris. Ce qui nous fait dire que les hommes ne sont point naturellement ennemis, que les hostilités de la guerre leur sont souvent dégoûtantes. Toutes choses qui les amènent à faire la promotion des valeurs républicaines et les rendent du même coup apôtres de la paix. C'est alors un retournement de veste qui est rendu ainsi possible, d'où la nécessité de la paix qui est inscrite dans l'essence de la raison.

Déjà en juin 1911, Anatole France soulignait que : « La paix ! De tout temps le monde en eut soif. Ne rougissons pas de la souhaiter : les plus braves l'on souhaité avant nous. Fondre les épées pour en faire des socs de charrues, c'est le voeu des prophètes d'Israël comme des poètes d'Athènes à Rome; c'est le voeu des âmes les meilleures et les plus hautes des temps modernes. Disons mieux. On n'a jamais fait la guerre pour obtenir la paix. C'est donc la destinée de la guerre de périr dans son triomphe. Qu'elle périsse à jamais33(*) ».

L'idée du périssement de la guerre se retrouverait peinte dans les mémoires de l'Afrique ancienne d'où Il y est ressorti, peut-être malencontreusement, que l'Africain est de nature pacifique, qu'il aspire à la paix, qu'il appelle la paix et qu'elle lui est nécessaire. Cela se traduit dans la salutation matinale dans ces expressions34(*) : " Est-ce que tu as passé la nuit dans la paix ?", " Est-ce que la paix est dans la maison ?", " Est-ce qu'un tel est en paix ? ". Ce qui sous-entend que la salutation africaine est faite d'exorcismes et d'incantations : "Que Dieu nous donne la paix ", "Qu'il nous épargne du mal". La mentalité africaine serait de ce fait fondée sur la recherche de la paix de telle sorte que chez l'Africain, "on ne lave pas le sang avec le sang, mais avec l'eau ", que, "s'il y avait quelque chose de bon dans la guerre, dans l'agressivité, les chiens l'auraient trouvé". C'est ce qui justifierait le fait que nombre d'ethnies africaines qui fuyaient les razzias, les séditions dans les royaumes, se sont réfugiées dans les grottes, dans les collines, zones presque inhospitalières. En définitive, l'exigence ou la nécessité de la paix se traduit au niveau des Etats par une réelle élimination des causes de sédition, de crises et de violation massives des droits des citoyens, en vue d'une saine et paisible vie citoyenne. C'est dans ce souci de parfaire les conditions de vie des citoyens que les juristes et les philosophes fondent la catégorie politico-juridique de la paix qui est alors le lieu d'harmonisation des relations humaines et étatiques.

* 31 Rousseau, OEuvres complètes, T3, pp.588-589

* 32 Kant, 1986, p.383

* 33 Cité par Félicien Challaye, Philosophie scientifique et Philosophie morale, Paris, Fernand-Nathan, 1946, p. 506

* 34. Joseph Ki Zerbo, A quand l'Afrique ? Ed. de l'Aube, 2003 p. 65

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