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Kant et la problématique de la promotion de la paix. Le conflit entre l'utopie, la nécessité et la réalité de la paix durable

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par Fatié OUATTARA
Université de Ouagadougou - Maitrise 2006
  

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CHAPITRE II : DE L'IDÉE DE PAIX ET DE SA VALORISATION CHEZ KANT

Le pacifisme moderne est d'une inspiration kantienne ; la paix s'inscrivant chez Kant dans le sillage de la quête de la destination ultime des sociétés modernes en faisant de l'idée de paix, une réflexion sur les conditions de l'existence commune, en rapport avec sa fin dernière qui donne un sens à la vie de groupe. Il s'agit pour lui de rechercher la meilleure façon de vivre ensemble, mais aussi de saisir la finalité de la condamnation des citoyens à s'unir pour former un Etat qui va alors coopérer avec les autres Etats, dans le sens de la communauté politique englobant toutes les autres communautés également constituées en vue du bien le plus haut de tous les autres biens : la paix durable.

Comme on peut le lire, l'Etat en tant qu'entité politique de la communauté politique mondiale, n'est pas une somme d'individus qui ne visent que la satisfaction de leurs besoins égoïstes, mais il est une communauté d'hommes visant la réalisation d'un idéal de vie, une unité pacifique. L'Etat de paix désigne alors le mode de vie ou d'existence conforme à la destinée du citoyen. C'est ce que traduit chez Kant la nécessité pour le philosophe de s'intéresser aux questions étatiques, c'est-à-dire aux difficultés socio-politiques fondamentales en vue d'établir une paix durable entre les peuples, ou de faire la promotion de la paix conformément au Projet de paix perpétuelle, véritable outil de perfection de l'homme. Mais, Kant n'est pas le platonicien pour qui, il n'y aura jamais de perfection possible, aussi bien pour un citoyen, pour un Etat, que pour un régime politique, que si les philosophes deviennent, coûte que coûte, des rois ou les rois des philosophes, que si ces derniers se trouvent, en vertu d'une heureuse fortune, pris par la nécessité de s'occuper des intérêts de l'Etat, et celui-ci par la nécessité de leur être docile26(*). Annonciateur des Lumières, le philosophe doit être la tête pensante de celui qui dirige les affaires de la Cité, sans être à son tour corrompu par le pouvoir : Nous devons en être fier car, « la classe des philosophes, incapables, par sa nature, de trahir la vérité, pour se prêter aux vues intéressées des clubistes et des mesures, ne risque pas de se voir soupçonnée de propagandisme 27(*) », note Kant.

En vérité, l'idée platonicienne de la nécessité et de la docilité du philosophe à s'occuper humblement des affaires de la Cité, évoque bien l'idée et le souci de paix chez Kant. Car, certaines séditions (Cités grecques par exemple), crises internes, sont dues, en grande partie, à la mauvaise direction des hommes et des choses. Nous le verrons plus tard ; mais avant, il nous importe de savoir si, Kant a été le seul ou le premier à émettre et à mentionner, pour la première fois, l'idée de promotion de la paix dans sa forme connue de projet à réaliser. Autrement dit, quelle est l'histoire de l'idée de paix ?

1. L'histoire de l'idée de paix.

L'idée de paix a connu une évolution historique remarquable dans la littérature universelle. En effet, l'idée ne naquit pas avec l'enfant de Königsberg, mais elle a grandit avec lui, et a aussi connu certaines de ses lettres de noblesse avec d'autres penseurs qu'il a lui-même précédés.

Depuis 1784, l'on a perçu dans la philosophie morale et politique de Kant que l'idée de paix, qui lui sera plus chère à partir de 1795 avec la publication de son Projet, était et restera une "idée nécessaire" que nous devons réaliser, encore plus intérieurement qu'extérieurement, dans les conditions de paix favorables que nous évoquerons plus tard. Á travers elle, il s'agit pour nous, après Kant, de rechercher le lieu où se manifestera la plus grande liberté humaine selon des lois qui feront que la liberté de chaque citoyen puisse coexister avec celle de son prochain, et de façon pacifique, avec celle des autres. Ceci est pour Kant le modèle nécessaire pour rapprocher davantage les hommes en quête de perfection possible puis, de rapprocher et de regrouper les Etats dans un cadre de coopération et de partage dans l'intérêt supérieur de leurs nations. Pour Kant, il s'agit, suivant une logique dialectique, de combler le fossé qui demeure, nécessairement et naturellement, entre l'idée et sa réalisation, de telle sorte que, ce qui est possible en théorie le devienne en pratique ; donc plus de distance infranchissable entre la théorie du philosophe et la technique du praticien ou de l'homme d'Etat.

En plus, l'histoire de l'idée de paix28(*) est universelle, depuis les premières religions qui prêchaient la paix comme idéal en passant par l'apparition du droit international dans le domaine de la paix jusqu'aux pacifistes modernes et contemporains. L'idée de paix a connu ses débuts dans l'Antiquité gréco-latine avec l'avènement du cosmopolitisme à travers l'idée de "citoyen du monde" dont Epictète est l'annonciateur dans ses Entretiens.

Au Moyen-Âge où l'on parlait déjà de la "trêve de Dieu ", de "guerres justes" avec Saint Thomas d'Aquin, des croisades et de l'inquisition, parler de promotion de la paix à cette époque revenait à soulager les peuples qui souffraient déjà des guerres et dont la liberté d'opinion et d'expression n'étaient pas encore admises. Il reviendra aux lumières de la Renaissance de permettre à Thomas More d'affirmer dans l'Utopie (1516) que "la guerre est abominable", qu'elle fait plus de méchants qu'elle en emporte, qu'elle est un crime contre l'humanité. Ce qui ne l'empêche pourtant pas de la justifier dans le cas des guerres coloniales. Ce qui fait également que des alibis pourraient mettre le doute sur le pacifisme d'un Erasme qui, dans Querella Pacis (1517), donne à l'idée de paix une valeur jamais connue auparavant en prolongeant l'évangélisme du Moyen-Âge à l'aide de l'humanisme universel.

À l'époque classique (XVIIè et XVIIIè s), l'oeuvre de Grotius intitulée De Jure Belli ac Pacis (1625), marque un moment clé de l'histoire de la paix notamment avec l'introduction du droit international dans la vie des citoyens: le droit des gens et le droit naturel se confrontent chez lui.

Après lui, Hobbes, à travers le De Cive et le Léviathan, va se servir des exigences de la raison qui fondent le droit international pour vouloir remplacer l'ordre divin par un ordre public à la hauteur de l'homme. Avec lui, le droit international a longtemps reposé sur le binôme "droit du temps de guerre" et "droit du temps de paix". Une dichotomie que le monde contemporain va rejeter compte tenu du fait que les menaces sur la paix sont de moins en moins dues aux conflits interétatiques mais de plus en plus aux conflits internes aux Etats, de telle manière qu'il devient difficile d'uniformiser le droit qui s'imposera aux deux moments de la vie de l'homme. En d'autres termes, les guerres entre les Etats souverains sont rares depuis que les cinq puissances du monde se sont opposés directement à l'occasion de la Première Guerre Mondiale (1914-1918), et pendant la seconde (1939-1945), puis indirectement, en tiers interposés, pendant la Guerre Froide. Depuis lors, « l'Etat et la guerre ont cessé d'être synonymes29(*) », c'est-à-dire que la guerre oppose très rarement des Etats en ce sens qu'elle se fait maintenant de façon interne aux Etats.

Il a fallu attendre la publication du Projet pour rendre la paix perpétuelle en Europe (1713) de l'Abbé de Saint Pierre pour penser l'institutionnalisation du concept de paix en Europe. Il inspirera Kant au moment où il écrivait son livre Vers la paix perpétuelle (1795). Chez lui se réconcilient rationalité et conscientisation pour constituer un moment décisif de l'aspiration de l'homme à la paix. La paix devient l'oeuvre institutionnelle de la raison à travers le droit. Cette influence doublée par celle de Montesquieu et de Rousseau, qui ont inspiré également la Déclaration universelle des droits de l'homme et du citoyen, va conduire Kant à soutenir l'idée que la paix universelle est l'aboutissement du droit, c'est-à-dire le passage progressif de l'état de nature à l'état de haute législation.

L'époque de la modernité voit la naissance du pacifisme contemporain avec Proudhon qui publie La Guerre et la Paix en 1861, dont les linéaments remontent à la secte protestante des Quakers qui prônaient le désarmement unilatéral comme seule ouverture sur l'établissement d'une communauté pacifique mondiale. Proudhon va essayer de réconcilier la force et le droit pour tenter de donner une signification positive au concept de la paix. C'est sans aucun doute cet effort proudhonien qui nourrira L'Armée nouvelle de Jaurès pour qui, il n'y a aucune contradiction entre l'internationalisme et le patriotisme. Jaurès tente la synthèse de l'esprit de défense et de l'action en faveur du désarmement, de l'indépendance nationale et de l'arbitrage international des conflits, de l'amour de la patrie et de l'amour de l'humanité. Voici une dialectique socialiste réussie qui connaîtra de beaux jours dans la résolution raisonnable du problème de la guerre.

De surcroît, une place de choix est à accorder aux écrivains de la Première Guerre Mondiale : Henri Barbusse (Le feu), Roland Dorgelès (Les croix de bois), Alain (Propos) et Romain Rolland (Au-dessus de la mêlée). Tous ont propagé l'idée du pacifisme souvent qualifié d'"antimilitarisme". Particulièrement le "neutralisme" de Romain Rolland a donné au pacifisme une connotation communiste et défaitiste qu'il renforcera plus tard avec Par la révolution, la paix (1935) : il y développe une théorie de l'action révolutionnaire inspirée de l'exemple soviétique de la non-violence du prolétariat armé et de l'"indépendance de l'esprit" à l'engagement social.

À sa suite, Gandhi va propager plus loin le pacifisme contemporain par la théorie et la pratique de la non-violence absolue. Une méthode qui s'est montrée efficace après avoir favorisé l'obtention de l'indépendance de l'Inde en 1947. Gandhi aura apporté une nouvelle dimension à la politique pacifique mondiale, celle d'avoir inventé une technique d'action, le "Satyâgraha" dans la lutte libératrice :« La politique devient avec lui une foi, une manière de vivre dans chaque acte de la vie et non dans une sphère spéciale qui serait "la" politique. Cette manière de vivre, pour l'individu, s'ouvre toujours sur l'autre, sur les autres. Elle montre dans une pratique quotidienne, qu'il y a plus de joie dans le don que dans le profit, dans la création que dans le commandement, qu'il faut plus de courage pour mourir que pour tuer30(*)».

Cette technique de recherche de la vérité fait que la vérité elle-même devient un impératif de la non-violence et du compromis : si personne ne détient absolument la vérité, personne n'a de pouvoir de dire le droit absolument, même celui de l'amour ou de la paix. Ce qui fait que tout citoyen doit toujours être disponible à la négociation, et il doit rester ouvert à la vérité de l'autre. Il faut être, selon Gandhi, non-violent ; mais ce n'est pas être lâche, passif et inoffensif ; c'est accepter de souffrir, personnellement et consciemment, pour pouvoir défendre la cause juste ou la bonne cause. Cela justifie bien l'influence de l'homme sur les pacifistes contemporains à tendance chrétienne ou spiritualiste. Ainsi dit, la vérité est dans l'action : la pensée et l'action se marient, de même que le discours prophétique et le concret, la ténacité et l'intransigeance correspondantes. Telle une réconciliation qui a permis la reconnaissance des droits nègres ou la manifestation des valeurs nègres dans le monde, et particulièrement aux Etats-Unis : le combat de Martin Luther King contre le racisme, le surarmement nucléaire, tant dans les liens sociaux que dans la diplomatie internationale, s'origine dans le "Satyâgraha". M. L. King va à son tour inspirer les ténors des tendances chrétienne, marxiste et indépendantiste du pacifisme contemporain.

Les premiers s'inspirent de la morale évangélique ("Tu ne tueras point") défendue par les encycliques papales et l'institution Pax Christi, qui propose la non-violence comme solution ultime au problème moral du désarmement. Les seconds proposent le désarmement comme solution politique pour rétablir la paix. L'oeuvre des Mouvements et Corps de la paix dans le monde s'enracine dans dette logique. La vision des autres se rapproche du socialisme démocratique dans sa lutte pour la paix, en se basant sur la Déclaration des droits de l'homme. Que retenir?

Ce qu'il y a lieu de retenir de l'histoire de la paix, c'est qu'elle a connu deux mutations historiques essentielles.

La première s'est opérée au XVIIIè siècle avec la naissance de la conscience morale universelle. Elle fraie le passage de la paix intérieure, personnelle, sociale à la paix extérieure ou mondiale. Désormais, il faut bien aller au-delà de la tranquillité du sage, qui sait tisser de bons liens avec les autres, pour promouvoir la paix mondiale par-dessus la vie individuelle des citoyens et des Etats.

La deuxième mutation intervenue dans l'évolution de l'idée de paix, est une mutation psychologique qui s'opère aux lendemains des bombardements de Hiroshima et de Nagasaki les 06 et 09/08/1945 ; atomisation qui mit fin à la Deuxième Guerre Mondiale. Depuis ces jours, la paix a changé de nature : de "facultative" qu'elle était, elle est devenue une paix "obligatoire", puisque la planète entière est menacée de disparaître du fait de l'usage incertain de la bombe atomique. Le suicide collectif n'est pas du tout écarté car, presque tous les Etats prétendent posséder la bombe atomique et menacent de l'utiliser dès qu'ils seront attaqués. Nous vivons malheureusement aujourd'hui sous le coup de cette intimidation réciproque des Etats. Pouvons-nous, malgré cette menace, espérer des lendemains meilleurs de paix ? Cellle-ci ne donne-t-elle pas raison à ceux qui assimilent le projet de paix à un voeu pieux? Où se logerait, en ce moment, la nécessité et la réalité de la paix durable ?

* 26 Platon, La République 499b ; Aristote, La Politique 1288a

* 27 Kant, 1986, p.364

* 28 Nous nous sommes inspirés de l'oeuvre de Jean Laurain intitulé De l'ennui à la joie, éléments d'une pédagogie de la paix, Paris, Ed. du Cerf, 1993, pp. 25 - 34

* 29 Alain Plantey, La Négociation Internationale, principes et méthodes, Paris, CNRS Ed., 1994, p.78

* 30 Roger Garaudy, Pour un dialogue des civilisations, Paris, Ed. Denoël, 1977, pp.181-182

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