WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Kant et la problématique de la promotion de la paix. Le conflit entre l'utopie, la nécessité et la réalité de la paix durable

( Télécharger le fichier original )
par Fatié OUATTARA
Université de Ouagadougou - Maitrise 2006
  

précédent sommaire suivant

Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy

3. La guerre est irrationnelle, déraisonnable et immorale.

En définissant l'homme comme étant un être raisonnable, Kant ne manque pas de dire qu'il est un être double par essence. Ce qui fait sa complexité, c'est qu'il est naturellement corps et âme. Existentiellement, il abrite en lui le bon et le mauvais principe, le bien et le mal ; il fait la guerre en même temps qu'il veut la paix. En tout état de cause, Kant va lui-même condamner20(*) la guerre par la loi de la raison en s'indignant de cette injustice qu'elle est en ces termes : « Quand, aujourd'hui, je vois les nations se mettre en guerre les unes contre les autres, c'est comme si je voyais deux individus ivres se frappant avec des gourdins dans un magasin de porcelaine. Car il ne leur suffit pas d'avoir à guérir lentement les bosses qu'ils s'infligent réciproquement, mais en outre ils devront encore payer tous les dégâts qu'ils ont provoqués21(*)». Sinon, y a-t-il un Intérêt à s'entre-tuer ?

L'on ne s'étonne pas de savoir qu'un amour de la guerre a existé ou existe encore, que la guerre dans sa réalité attentatoire peut procurer du plaisir, c'est-à-dire un plaisir spécifiquement relatif à la condition de vie du belliciste, à son milieu évolutif et à sa nature. Nous pensons surtout à l'esprit de vengeance de l'homme qui, une fois le but atteint, ressent une satisfaction plus ou moins grande. Convainquons-nous que les hommes ne sont pas tous prêts à adhérer à une telle thèse qui traduirait la beauté de la guerre comme la beauté du diable . Donc, c'est l'idée de la dépréciation de la paix ou de la positivité de la guerre qui est ainsi émise pour dissuader les peuples à consolider la paix et à la parfaire durablement. C'est dans cette droite ligne de lancée que René Descartes faisait dire à des invalides de guerres que celui qui voit comme nous sommes faits et pense que la guerre est belle, ou qu'elle vaut mieux que la paix, est estropié de cervelle. Descartes a voulu, à travers le libre arbitre, faire connaître aux victimes des guerres la différence indiscutable qui existe entre la soit disant beauté de la guerre et la beauté de la paix. Ainsi, est-il allé jusqu'à diagnostiquer le mal de guerre qui s'origine dans l'esprit des écervelés, comme pour insinuer qu'un homme conscient, dont la cervelle est en bonne et due forme, ne peut se permettre une pareille horreur.

La même idée chère à Descartes, mentionnée dans La Naissance de la paix (1649), est reprise et vivifiée par l'UNESCO dans son acte constitutif de Novembre 1945 qui stipule que "la guerre prend naissance dans l'esprit des hommes". Elle est l'activité préférée des esprits maléfiques, maladifs, corrompus, et incapables de discernement. La guerre est donc à bannir en ce sens qu'elle est irrationnelle, déraisonnable et immorale.

Einstein ne s'éloignera pas de Kant quand il écrit qu' « aujourd'hui, la guerre s'appelle l'anéantissement de l'humanité». Mais, il n'est pas kantien : l'on se rappelle encore de la réunion des scientifiques pour la fabrication de la bombe atomique dénommée "Projet Manhattan" dans lequel l'esprit avisé d'Einstein a été édifiant. Une destruction massive des populations, un monde de la faim, des maladies...voilà comment Einstein voyait déjà, quand même, le monde. À cela, il faut ajouter les invalides, les mutilés, les déplacés et les réfugiés. La guerre ainsi définie résulte largement du nuisible vu la rudesse de la violence. Elle entraîne la rupture du contrat entre les peuples, les Etats et les institutions bancaires. Elle est l'impitoyable réalité des rapports interpersonnels, le signe meurtrier et fracassant de l'impuissance de l'homme à parvenir à de bonnes fins, ou encore l'aberrante expression de la misère des peuples. À ce titre, entretenir les armées, occasionner les dévastations, obliger les citoyens à se battre pour enfin penser aux réparations et à la reconstruction des nations victimes de la guerre, tout cela ne doit pas relever du calcul froid d'un être raisonnable. Ce qui ne favorise pas le développement, l'épanouissement, l'amélioration de l'espèce humaine, voire le progrès des peuples, mais plutôt les voue à la déroute, à la perdition, à la perversion qu'à la rationalité, à la moralité et à l'humanisme.

Erasme, humaniste chrétien de la Renaissance, disait à ce propos : « Aujourd'hui, il arrive qu'essayant d'ébranler ce qui est à autrui, nous faisons s'écrouler de fond en comble ce qui est à nous ; et en admettant que l'entreprise réussisse, avec tout ce sang de nos concitoyens, avec toutes ces dépenses, tant de périls, tant de sueurs, tant de deuils, tant de maux enfin qu'on ne pourrait tous énumérer, nous achetons je ne sais quel titre vain et la fumée d'un grand nom22(*)». Nous créons par notre intelligence un enfer humain sur la terre, de sorte qu'il est difficile de vouloir faire entendre raison. Notre intelligence s'amenuise, s'ankylose et prend petit à petit la forme de la bêtise, de la folie, de la vanité infantile, de la méchanceté, de la soif de destruction puérile et de l'ignorance. Les hommes se livrent à des fureurs au sujet de banalités que les quelques manifestations de sagesse dont ils font preuve ne peuvent empêcher : « On ne peut se défendre d'une certaine humeur lorsqu'on voit exposés leurs faits et gestes sur la grande scène du monde et que, à côté de quelques manifestations de sagesse ici ou là pour certains cas particuliers, on ne trouve pourtant dans l'ensemble, en dernière analyse, qu'un tissu de folie, de vanité infantile, souvent même de méchanceté et de soif de destruction puérile 23(*)».

Nous pouvons affirmer que si la raison gouvernait les hommes, les peuples, si elle avait certainement sur eux et sur leurs chefs le pouvoir qui lui est dû, aucun citoyen, aucun chef d'Etat, aucun rebelle, ne se livrerait considérément aux fureurs de la guerre ; ils ne marqueraient point cet acharnement qui n'est même plus la caractéristique des bêtes de somme. La guerre est donc la conséquence de la déraison puisque le veto de la raison conseille qu'il ne doit pas y avoir de guerres entre les citoyens et entre les Etats ; c'est la seule façon de défendre le droit. Tous les problèmes qui accablent les sociétés leur sont causés par la guerre, par ces incessants préparatifs, les gaspillages de forces et de biens. En cela, la devise des impérialistes "si vis pacem para bellum" est un sophisme dangereux ; elle est le prototype même de l'irrationalité de la guerre. Il est insensé du point de vue de la raison de vouloir échapper aux mésententes entre les citoyens en les broyant dans des guerres.

C'est pourquoi, il sera toujours immoral et inacceptable, toutes choses étant égales par ailleurs, et toute proportion gardée, de faire la guerre pour quelque motif autre que la protection des personnes et des biens de la Cité. Ce motif ne devra pas d'ailleurs servir d'alibi pour annexer. Car, il est inadmissible d'utiliser des citoyens dans les guerres comme une propriété privée, un patrimoine personnel. Autrement dit, tuer et faire tuer, c'est agir contre la loi morale qui voudrait, avec Kant, que la maxime de l'impératif catégorique s'affirme de la sorte : « Agis de telle sorte que tu traites l'humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen24(*)».

Dès lors que cet impératif ne pourra pas s'affirmer, convenons, c'est de la transmutation des valeurs sociales, morales, et de la dépravation des moeurs, rendue favorable par la perversité de la guerre, qu'il s'agira toujours et en tout lieu. Il s'agit aussi de la dévalorisation, de la désacralisation ou de la profanation du sacré. L'histoire a donc besoin d'un Homme Nouveau pour réaliser le progrès du genre humain, celui qui ne s'écartera pas de l'humanisme authentique, mais le rendra beaucoup plus accessible, même aux esprits impies qui font constamment la guerre. Nous avons donc besoin d'un Nouvel Humanisme fondé sur des bases nouvelles. C'est ce constat amer d'un monde pourri des guerres qui a conduit le Père de l'Eglise catholique à s'écrier : « (La guerre) détruit, elle ne construit pas ; elle affaiblit les fondements moraux de la société et elle crée de nouvelles divisions et des tensions durables (...). La guerre est la faillite de tout humanisme authentique25(*)».

Au fond, les bombardiers supersoniques, les avions chasseurs, les mines antipersonnelles et les missiles que la technologie a mis à la disposition de l'homme pour répondre à ses besoins de destruction massive, sont autant de matériels, d'engins de guerre, qui consacrent la déshumanisation de l'homme par l'homme au nom d'un vulgaire droit de guerre par humanité. L'invasion et le bombardement d'un pays sont-ils légitimes pour des forces armées étrangères qui invoquent l'alibi de la protection des droits humains pour faire la guerre ? Les interventions militaires ont-elles toujours réussi à faire respecter les droits de l'homme par ce moyen?

Comme réponse à ces questions, disons que le recours à la force militaire est souvent, plus qu'un impératif, une exigence de la raison pratique pour faire respecter la loi aussi bien dans les Etats que pour les personnes qui ont choisi la lutte armée pour atteindre certains de leurs objectifs quelques fois moins nobles. Cependant, nous restons sur notre soif quant à l'issue des décisions de la communauté internationale tendant à faire triompher la justice et la paix. Puisque "rien ne mérite d'être acheté au prix du sang humain" (Rousseau) alors, il faut faire triompher la sagesse, la raison, écouter ce que la raison peut bien nous dire sans que nous lui contions d'aussi tristes expériences.

L'intervention militaire des forces armées étrangères est, en quelque sens, perçue comme le recours à la force pour protéger les civils et leurs droits spécifiques. Celle-ci n'est ni mauvaise ni bonne en soi ; c'est une question de bonne volonté à oeuvrer en faveur de la paix pour éviter la violation des droits civils. Car, il est souvent nécessaire de faire recours à l'étranger pour éviter que les situations conflictuelles deviennent incontrôlables. Seules les violations massives des droits de l'homme qui, aperçues par la communauté internationale, peuvent nécessiter le recours à pareilles forces de protection des civiles. Et, la dignité, la valeur de la personne humaine, inexprimable en calculs mathématiques, recommandent que celles-ci soient animées de bonne moralité. Dans ces conditions, l'intervention des forces d'interposition dans les zones tampons peut permettre la conclusion d'accords par les parties en conflit. Ce déploiement de forces peut être un bon outil de concrétisation de l'idée de paix ou de valorisation de celle-ci à travers les années.

* 20 Kant, Doctrine du droit, trad. A. Philonenko, Paris, Vrin, 1979, pp.347-348 : « Du haut du tribunal suprême du pouvoir législatif, la raison condamne sans exception la guerre comme voie de droit ; elle fait un devoir absolu de l'état de paix. »

* 21 Kant, "Conflit des facultés" in La Pléiade, T3, Paris, Gallimard, 1986, p.905

* 22 Cité par Georges Minois, L'Eglise et la guerre, Paris, Librairie Arthème-Fayard, 1994, p.229

* 23 Kant, Critique de la faculté de juger, suivie de Idée d'une histoire universelle du point de vue cosmopolitique, Paris, Gallimard, 1995, p.478

* 24 Kant, Fondements de la Métaphysique des Moeurs, trad. Victor Delbos, Paris, Delagrave, 1994, p.150

* 25 Pape Jean Paul II,"Message pour la célébration de la Journée mondiale de la paix, 01/01/1999", in La Documentation catholique du 03/01/1999, p.05

précédent sommaire suivant






Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy



La Quadrature du Net