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Des identités de papier à  l'identité biométrique

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par David Samson
Ecole des hautes études en sciences sociales - Master 2 de théorie et analyse du droit 2009
  

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B/ DÉFINITION: STATISTIQUES ET

IDENTIFICATION

Le terme de « biométrie » vient du grec bios, « vie », et metron, « mesure » : il renvoie donc au concept non seulement de « mesure », mais de « propriétés géométriques idéales qui demeurent constantes dans le temps »20, à partir desquelles on pourrait organiser un système déductif fondé sur des principes et des postulats eux-mêmes garantis par leur évidence.

L'étymologie du concept de biométrie indique donc une exigence de scientificité. Celle-ci a évolué au cours du temps : au sens premier, la biométrie se définit comme

« biologie quantitative »21 ou expression « quantitative » de phénomènes
biologiques, qui fait usage des sciences « statistiques » et du concept de « probabilités » 22. Au croisement de la biologie et de la statistique, la biométrie vise, selon le numéro inaugural de la revue du début du XXe siècle Biometrika, à apporter des « matériau suffisamment exacts afin de découvrir les variations initiales trop petites pour être apparentes d'une autre façon »23. Cette revue est suivie en 1947 de la fondation de la Société biométrique. Plus récemment, divers travaux traitent de la biométrie en tant que « biostatistique » 24.

Selon cette histoire, qui ne tient pas seulement au lexique mais aussi au contenu positif donné à ce concept, contenu matérialisé dans des institutions de recherche, des revues, et un programme scientifique de recherche utilisant les méthodes statistiques en biologie -- un « paradigme » scientifique --, le concept de biométrie est lié d'une part aux théories de l'évolution (le biologiste Karl Pearson est ainsi l'un des

2° Mordini, Emilio et Petrini, Carlo (2007) « Ethical and social implications of biometric identification technology », in Annali dell'Istituto Superior di Sanità 2007, vol.43, n°1: 5-11.

21 Définition de l'Enciclopedia del Novecento (1975), citée par Mordini et Petrini (2007).

22 Le Grand Robert de la Langue française, qui fait remonter l'étymologie du terme à 1833 (« science des lois qui régissent la durée de la vie (des organismes) », donne comme sens actuel « science qui étudie à l'aide des mathématiques (statistiques, probabilités) les variations biologiques à l'intérieur d'un groupe déterminé. » Cf. aussi Mordini et Petrini (2007) .

~3 Nous soulignons. C'est aussi la définition proposée dans le rapport La Biométrie: usage et représentations : « En français, la biométrie est l'étude mathématique des variations biologiques à l'intérieur d'un groupe déterminé (elle est à ce titre une technique de la recherche anthropologique). » (Craipeau et al., 2004, p.5)

~4 Tomassone R., Dervin C., Masson J.-P., Biométrie. Modélisation de phénomènes biologiques, Paris, Masson, 1993. Cité par Mordini et Petrini (2007), art.cit.

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éditeurs de la revue Biometrika), d'autre part au concept de « populations » : les statistiques, en effet, s'appliquent à des populations, à des classes ou à des ensembles, et non directement à des individus.

Ce concept, lié à l'émergence de la biologie au XXe siècle, semble donc à première vue trancher avec l'acception courante du terme de « biométrie » aujourd'hui, qui renvoie davantage à l'ensemble des technologies permettant l'identification personnelle (reconnaissance d'empreintes digitales, ADN, « passeport biométrique », etc.).

Il ne s'agit pas seulement d'un « glissement sémantique »~5, mais aussi de l'émergence d'un champ de recherches scientifiques à part entière, lié à des enjeux économiques et politiques importants. Si biometry et biometrics restent aujourd'hui synonymes, on réservera ici l'usage du terme « biométrie » aux technologies biométriques, distinctes des sciences biométriques liées aux « biostatistiques ». Plutôt que d'affirmer l'incommensurabilité du domaine des technologies biométriques et de la science du vivant, il s'agit de mettre l'accent sur la finalité identificatrice dans le premier cas, et l'usage statistique dans le second.

Pour autant, ces deux fonctions ne sont pas hermétiques l'une à l'autre. D'une part, la biométrie moderne est bien dans la continuation de l'anthropométrie et de la biométrie au sens premier: il s'agit d'une science « policière », voire de « l'indice » ou de la « trace », au sens de C. Ginzburg (198o), qui tente de repérer les détails ou minuties non visibles à l'oeil nu, mais qui permettent l'identification de la personne. Logiques sécuritaires et policières croisent ainsi la logique scientifique: « Parler de biométrie plutôt que d'anthropométrie, c'est tenter d'effacer cette affiliation. »26. La « logique de gestion des flux » s'entrecroise avec « la perspective sécuritaire »27. D'autre part, les technologies biométriques peuvent notamment servir à des études statistiques, menant éventuellement à un « profilage » des groupes et des individus.

25 Cf. rapport Cabal (2003) , p.7. De même R. Hopkins donne comme sens premier au terme

« biometrics » celui d' « études statistiques de caractéristiques biologiques » ou, plus précisément, d' « application de méthodes de calcul (computational methods) à des traits biologiques, concernant en particulier l'étude des caractéristiques biologiques uniques des humains », tout en notant un glissement de sens vers la biométrie en tant que moyen d'identification (Hopldns,1999)
· La biométrie est toutefois aussi utilisée en agronomie.

26 Craipeau et al. (2004), p.5.

27 Ibid.

On sera alors amené à s'intéresser à ce qu'on pourrait appeler, du nom apparemment paradoxal, de données biométriques impersonnelles, c'est-à-dire des données conservées dans des bases de données anonymisées. Recueillies à l'aide de technologies biométriques, ces données sont déliées de l'état civil d'une personne, permettant leur anonymisation relative ou « banalisation ». Centralisées et stockées dans des systèmes informatiques, puis « traitées »28, de telles données dites « impersonnelles » posent néanmoins d'autres problèmes, au premier lieu desquels leur apparente innocuité en ce qui concerne les libertés personnelles (en particulier la vie privée) et donc leur généralisation plus aisée, et d'autre part la possibilité, toujours existante, de traiter ces données en entre-croisant plusieurs bases de données anonymisées, permettant ainsi de ré-attribuer un statut identifiant à ces données, c'est-à-dire de leur attribuer un sujet physique et une personne juridique identifiable29. Identification et statistiques s'entrecroisent ainsi, les technologies biométriques permettant d'élaborer les données primaires, qui sont exploitées et transformées par des logiciels en données anonymes, qui à leur tour peuvent servir de fondement à l'usage sur les groupes et les individus des procédés biométriques.

28 « Constitue un traitement de données à caractère personnel toute opération ou tout ensemble d'opérations portant sur de telles données, quel que soit le procédé utilisé, et notamment la collecte, l'enregistrement, l'organisation, la conservation, l'adaptation ou la modification, l'extraction, la consultation, l'utilisation, la communication par transmission, diffusion ou toute autre forme de mise à disposition, le rapprochement ou l'interconnexion, ainsi que le verrouillage, l'effacement ou la destruction. » (art. 2 de la loi Informatique et libertés) En modifiant les données, on peut les anonymiser et obtenir ainsi un traitement de données « impersonnelles ».

~9 Cf. l'exemple des trois bases de données anonymisées en Islande et de la décision de la Cour suprême islandaise (2003), cité in CCNE (Comité consultatif national d'éthique), avis n°98 « Biométrie, données identifiantes et droits de l'homme », 20 juin 2007.

Introduction p. 15

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9Impact, le film from Onalukusu Luambo on Vimeo.


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