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Des identités de papier à  l'identité biométrique

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par David Samson
Ecole des hautes études en sciences sociales - Master 2 de théorie et analyse du droit 2009
  

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Introduction p. 16

C/ LES FONCTIONS DES TECHNOLOGIES

BIOMÉTRIQUES : IDENTIFICATION ET

VÉRIFICATION

Schématisé, le fonctionnement des technologies biométriques est relativement simple. Il passe d'abord par une phase d'enrôlement des données biométriques à l'aide de capteurs spécifiques (prise de l'empreinte digitale, photographie, etc.). Une fois enrôlées, ces données primaires sont converties en une suite numérique, qu'on appelle gabarit. En principe, les systèmes biométriques n'ont besoin que du gabarit, et non des données primaires. Celles-ci peuvent toutefois être conservées, notamment à des fins d'examens ultérieurs (les échantillons ADN sont ainsi conservés par les forces de l'ordre au Royaume-Uni, et non pas simplement l'empreinte génétique3°; de même, l'image de l'empreinte digitale, et pas simplement ses « minuties »31, est conservée). La nature précise du gabarit dépend de la technologie utilisée: à moins de standardisation, cela peut rendre les bases de données incompatibles entre elles.

Les technologies biométriques ont deux fonctions principales, toutes deux liées à l'identité de la personne. Elles peuvent servir d'une part à l'identification des personnes vivantes (l'identification post mortem ne fait pas a priori partie du champ

3° Il en est de même en Californie, qui dispose d'une des bases d'échantillons génétiques les plus grandes du monde, puisqu'elle cumule les échantillons prélevés par les autorités locales (Proposition 69, adoptée par référendum en 2004) aux gabarits enregistrés sur la base fédérale du FBI, Codis. 31 Les « minuties » sont les points où les lignes papillaires se modifient. On obtient un gabarit d'une empreinte en traitant l'image, afin de n'en retenir que les points les plus saillants; les minuties permettent ensuite de dresser une image géométrique, convertie ensuite en suite alphanumérique. Plus on traite un grand nombre de minuties, plus on pourra différencier les empreintes entre elles, mais plus l'image géométrique sera lourde, en termes de mémoire. De minimis non curat praetor: il est intéressant de noter que ce terme signifie à l'origine « petite chose, détail sans importance » (Grand Robert): les minuties sont des "indices" au sens de Ginzburg (1980).

des technologies biométriques32), d'autre part à la vérification ou à l'authentification de l'identité33.

En tant que procédure d'identification, la biométrie compare des mesures biométriques d'un individu donné avec une base de données biométriques afin de déterminer son identité. Il s'agit dans ce cas d'une comparaison de un-à-plusieurs: le gabarit vérifié est comparé avec l'ensemble des gabarits enregistrés dans la base de données. Dans le second cas (« vérification » plutôt qu' « authentification »34), on compare les mesures biométriques d'un individu avec les données biométriques préalablement enregistrées de cet individu afin de vérifier que cette personne est bien celle qu'elle prétend être : il s'agit d'une comparaison de un-à-un, le gabarit vérifié étant comparé au gabarit lié à l'état civil (ou au numéro d'identification, etc.) que la personne prétend être. Un système biométrique d'identification requiert la création d'une base de données contenant les gabarits, tandis qu'un système de vérification peut fonctionner sans base de données centrale, les données biométriques étant alors stockées sur des supports individuels (cartes à puce, etc.). Les systèmes d'identification permettent donc d'identifier quelqu'un contre son gré, et, en raison de la constitution nécessaire de bases de données, posent donc a priori des risques

32 Rapport Cabal (2003), p.7-8. Le rapport souligne un appauvrissement de la « notion

d'identification », « puisqu'elle ne tient pas compte des éléments constitutifs de l'identité d'un individu tels que l'âge par exemple, alors que divers travaux permettent désormais à partir d'examens radiologiques des os ou maxillo-dentaires d'établir à peu près de manière certaine (sic) l'âge d'une personne. » Il faudrait peut-être plutôt parler d'appauvrissement de la notion d'identité; l'âge n'est inclus dans les processus traditionnels d'identification qu'en tant que critère facilitant celle-ci (de même que le sexe, la couleur des yeux ou des cheveux, et autres données qu'on a pu inscrire au cours de l'histoire sur les passeports). On ne parle d'ailleurs d' « éléments constitutifs de l'identité » qu'en se référant à l'identité sociale, non pas à l'identité numérique ou « logique » - notions que nous développons par la suite. De plus, il n'est pas vrai que la biométrie ne tient pas compte de l'âge (pas plus que l'expression « à peu près » « certaine » n'a de sens) : celui-ci peut être dérivé à partir de l'échantillon biométrique et servir de critère de classement des « sujets de données biométriques » (biometric data subject). Définissant les « propriétés biométriques » comme les « attributs descriptifs du sujet de données biométriques (biometric data subject) estimées ou dérivées à partir de l'échantillon biométriques à travers des moyens automatisés », l'ISO donne comme exemple les estimations d'âge ou de sexe dans le cas des systèmes de reconnaissance faciale. Cf. ISO (2007), « Harmonized Biometrics Vocabulary », entrée « biometric property ».

33 Cette distinction classique est rappelée dans tout article traitant de la biométrie (cf. par ex. Mordini et Petrini, 2007 ; Hopkins, 1999; G29, document de travail sur la biométrie, 2003)

34 On parle aussi d' « authentification » ou d' « identification positive », mais l'ISO a rejeté ces termes en faveur de celui de « vérification biométrique ». La « vérification biométrique » est donc une comparaison de « un-à-un », et l' « identification biométrique » une comparaison de un-à-plusieurs, selon la normalisation du vocabulaire opérée par l'ISO. L'usage du terme « vérification » est préférable pour d'autres raisons: en français, on « vérifie l'identité » de quelqu'un, mais on « authentifie » un document. La CNIL continue toutefois à parler d' « authentification » (cf. « Communication de la CNIL relative à la mise en oeuvre de dispositifs de reconnaissance par empreinte digitale avec stockage dans une base de données », 28 décembre 2007)

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plus importants à l'égard des libertés individuelles que les systèmes de vérification ne faisant pas usage d'une base de données centralisée.

La procédure d'identification vise ainsi soit à déterminer l'identité civile de la personne ou encore d'un « individu biologique », soit à s'assurer qu'une personne ne figure pas sur un fichier de personnes recherchées (« watch list »). La procédure de vérification vise plutôt à attester l'identité civile que revendique telle ou telle personne en prenant ses mesures biométriques.

Vu de cet aspect, les technologies biométriques ne sont donc qu'un raffinement des procédures d'identification développées, en Europe35, dès l'âge classique, avec la « papiérisation » des identités ou encore l'avènement des « identités de papier » (Noiriel, 1993). Vincent Denis a ainsi montré comment le « signalement » s'inscrit progressivement, au cours du XVIIIe siècle, comme technique d'identification des individus. Celle-ci est expérimentée sur certaines catégories précises de la population, en premier lieu desquels les militaires (en vue d'identifier les déserteurs), les voyageurs (en vue d'identifier les pestiférés -- cette technique est mise en place lors de la peste de Provence), les vagabonds ou « gens sans aveux »36 (qui font l'objet de mesures répressives) et, plus généralement, les « étrangers », définis comme ceux s'écartant de leur communauté d'appartenance locale37. Denis définit ainsi l'identification :

« On peut appeler ainsi identification l'opération de reconnaissance au cours de laquelle on compare des caractéristiques déterminées et connues avec la personne présente, pour s'assurer qu'un individu est bien le même d'un moment ou d'un lieu à un autre. »38

35 Les procédures étatiques d'identification elles-mêmes remontent au moins jusqu'au Moyen-âge, au Xie siècle en Egypte et au XIVe siècle pour les Chrétiens. Ainsi, dans le cadre de la lutte contre la secte des Nizârites (« Assassins »), le vizir Al-Ma'Mûn procède en 1121, au Caire, à l'enregistrement systématique du « nom de tous les habitants, rue par rue et quartier par quartier » et interdit « à quiconque de déménager sans son autorisation expresse ». L'administration surveille aussi les surnoms, la situation et les moyens d'existence des habitants, et recueille les noms de tous les étrangers leur rendant visite. Cf. Laniel, L. et Piazza, P. (2006) « L'encartement, réponse au terrorisme (France/Grande-Bretagne) ? », in Crettiez et Piazza (dir.), Du papier à la biométrie, identifier les individus, Presses de Sciences-Po, 2006, p.211-235.

36 Cette catégorie englobe les personnes qui n'arrivent pas à se faire « avouer », c'est-à-dire à se faire reconnaître par des témoins qui attestent de leur moralité. Ce sont donc les individus qui sont sortis de la sphère locale, où l'interconnaissance est possible.

37 Denis, Vincent, (2008) Une histoire de l'identité -- France, 1715-1815, Champ Vallon et du même auteur « L'encartement, de l'Ancien Régime à l'Empire » in Crettiez & Piazza (2006), op.cit.

38 Denis, Vincent (2008), op.cit., p.9-10.

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Formulée de façon abstraite, il s'agit donc de s'assurer que l'individu y, au temps t2, est le même que l'individu x, au temps t,, en supposant x connu et y inconnu. Il s'agit de re-connaître, c'est-à-dire de ramener l'inconnu au connu, par le biais du concept d'identité. Le signalement et l'identification administrative sert ainsi à fixer l'identité de la personne par l'usage de l'écrit, du registre, qui lui-même, par son aspect cumulatif, permet de suivre les événements personnels d'une vie individuelle (enregistrant naissances, décès, déplacements, accidents, etc.). On fixe l'identité civile, support de la personnalité juridique, par le biais d'une opération reconnaissant le même individu à travers ses incarnations successives. L'identité entre l'individu x et l'individu y, qui permet de parler d'un seul et même individu au cours du temps, n'est en effet pas donnée à l'origine, mais construite à travers une procédure de reconnaissance. Nous examinons ceci en détail dans le chapitre suivant.

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"Soit réservé sans ostentation pour éviter de t'attirer l'incompréhension haineuse des ignorants"   Pythagore