WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Gestion communautaire de l?hydraulique villageoise a dandjihouhoue : notion de bien d?interêt collectif

( Télécharger le fichier original )
par Xavier SEHO
INJEPS / UNIVERSITE D'ABOMEY CALAVI - Administrateur d'Action Sociale et Culturelle 2009
  

précédent sommaire suivant

Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy

2.3. HYPOTHESE

La mauvaise perception de la notion de biens d'intérêt collectifs est à la base de l'échec de la gestion communautaire de l'hydraulique villageoise.

2.4. REVUE DE LITTERATURE

Olivier de Sardan, Diallo et Elhadji Dagobi (2000) signalent, dans leur étude anthropologique sur l'hydraulique villageoise au Niger, la situation suivante observée dans un village situé au nord de Niamey et qui pourrait, à elle seule, constituer un apologue sur les difficultés sociales liées à la gestion de l'eau :

"Samari, commerçant important de Bangoutara (département de Tillabéri, Niger) avait été l'interlocuteur de l'équipe du forage, et est ainsi devenu le gestionnaire du forage, à la fois président et trésorier [...] Ayant opté pour le principe de la vente au seau (un épi de mil ou une mesure de grain pour un seau), il a fallu résoudre le problème des fontainiers. Personne ne voulait s'en occuper, Samari a proposé que chaque famille délègue à tour de rôle deux personnes pour cela. En fait, personne n'a accepté, sauf deux femmes de la concession de Samari, choisies par lui, Kouti et Kouli.

Kouli : «Personne ne voulait faire le travail parce que ça ne rapportait pas.»

Kouti : «C'était considéré comme une perte de temps. Chacun disait qu'il allait au champ, donc il n'avait pas de temps pour aller garder un puits. Toutes les concessions ont refusé de faire le travail, seules Kouti et moi avons accepté et avons continué à travailler avec Samari. Moi, il m'arrivait parfois de rester tard sur le forage pour vendre l'eau aux femmes qui venaient. Je ne rentrais que quand je voyais qu'il n'y avait plus personne qui voulait prendre de l'eau. Alors, je fermais ça à clef et j'allais remettre la clef à ma camarade Kouli qui allait me remplacer le lendemain».

"Toutes deux ont reçu un surnom. Kouli, qui refusait toute faveur et n'acceptait pas qu'une femme prenne de l'eau sans payer, a été surnommée «ceferia», l'impie. Kouti, plus souple et arrangeante, est devenue quant à elle «alsilaama», la croyante.

"Mais Samari a été acculée un jour à la démission, à partir de rumeurs de «détournement». Un nouveau comité s'occupe actuellement du forage. En fait, il s'agit d'un groupe de 6 vieillards installés en permanence près du forage, sous un hangar (4 d'entre eux étant officiellement président, trésorier, fontainier et hygiéniste).

"Pour Samari, il s'est agi d'un complot : «Au départ, les gens ne savaient pas quel argent on pouvait tirer de ces pompes. Les gens ne savaient pas que les pompes pouvaient générer de l'argent [...] Ceux qui sont jaloux de mon commerce ont passé par la gestion des pompes pour m'attaquer, mais en réalité ces gens-là voulaient prendre ma place, c'est-à-dire qu'ils voulaient vendre l'eau et garder l'argent pour eux. Ce sont ces gens qui sont en train de gérer la pompe aujourd'hui. [...] Ce sont les vieillards qui gèrent la pompe maintenant qui ont été les instigateurs. Certains sont des proches parents du chef du quartier défunt. Parmi eux, on peut citer son petit frère, son fils et son oncle, qui est d'ailleurs le trésorier du comité.»

"[...] Nul ne sait aujourd'hui s'il est vrai ou non que Samari et l'autre fontainière «mangeaient» autrefois l'argent du forage. Mais la plupart de gens sont en tout cas persuadés que les 6 vieillards utilisent à leur profit la caisse dont ils ont maintenant la maîtrise et dont ils ne rendent aucun compte.

"«Tout le monde est d'avis que présentement la pompe fait rentrer beaucoup plus d'argent, seulement cet argent ne profite qu'à un petit groupe de vieillards qui gèrent la pompe à leur manière. Normalement le chef de village a le droit de les faire partir, il a la possibilité d'exiger qu'ils fassent la lumière, il ne le fait pas» (un jeune du quartier)."

De même Olivier de Sardan et Dagobi dans leur article « la gestion communautaire sert-elle l'intérêt public ? » abordent la question de la notion de bien collectif et d'intérêt public. Ils sont parvenus au résultat selon lequel la conception d'un bien d'usage public peut se combiner avec des formes informelles de gestions éloignées des illusions communautaires. En outre, selon ces auteurs, la coexistence entre bien public et gestion quasi privée (ou avantages privés) est normale pour beaucoup tant que la pompe fonctionne. Le nouveau modèle de «gestion communautaire» imposé par les projets pour diverses raisons, autant « politiques» (empowerment, apprentissage de la démocratie) que techniques, est ainsi, d'un côté, source de frictions et d'accusations, en introduisant un espace de soupçons, et, de l'autre côté, objet de «détournement» ou d'«appropriation», sous forme d'une semi-privatisation.

Dans «  la gestion locale-internationale de l'enjeu hydraulique à Kanel : appropriation forcée et stratégies d'acteurs », Amadou Hamath Dia nous fait constater que le retrait de l'Etat sénégalais fait naître une appropriation forcée de l'enjeu hydraulique. Il montre que la gestion locale de cet enjeu est aussi loin de garantir efficacement les principe d'équité ou de continuité du service car les comités villageois de gestion ont une faible capacité développante et sont contraints de s'appuyer notamment sur la frange émigrée du village pour combler leur déficit budgétaire.

Janique Etienne aborde, dans « eau et assainissement : croyances, modes et modèles », la question de la remise en cause de la légitimité des comités de gestion par les usagers. Selon lui, L'idée qu'un comité villageois reviendra moins cher qu'un opérateur privé en charge de la gestion des mêmes équipements hydraulique tient parfois du mythe : détournements financiers, difficultés à gérer les équipements de manière professionnelle ou à investir pour d'éventuelles extensions, manque de disponibilité liée au bénévolat imposé aux membres du comité sont autant de facteurs de risque pour le développement des projets selon les modalités prévues à l'origine et donc de possibilités de surcoût.

SAWADOGO (2001) énumère les caractéristiques des biens d'intérêt collectif et postule que la décentralisation a pour enjeu d'offrir un cadre de redéfinition de cet intérêt public local pour l'exprimer au travers de politiques publiques locales.

Selon DONKO (2005), la plupart des membres des comités ne maîtrisent pas leur attribution, de même les réunions entre membres de comités sont presque inexistantes et les cas de détournement sont le plus souvent enregistrés. Ce qui crée la désolation auprès des populations, c'est-à-dire des usagers.

Cette revue de littérature ressort des termes et concepts qu'il convient d'élucider pour une bonne progression dans la recherche.

précédent sommaire suivant






Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy








"Aux âmes bien nées, la valeur n'attend point le nombre des années"   Corneille