WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Dynamique des réseaux et des systèmes de communication des migrants sénégalais en France

( Télécharger le fichier original )
par Moda GUEYE
Université Michel de Montaigne Bordeaux 3 - Doctorat de géographie 2010
  

précédent sommaire suivant

Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy

3.1.4 Un réel engouement pour le téléphone mobile

Le téléphone mobile, appelé également téléphone portable ou cellulaire ou GSM (Groupe Spécial Mobile ou Global System for Mobile communication), a connu un engouement extraordinaire auprès des migrants sénégalais dont il a complètement révolutionné les pratiques quotidiennes de communication. D'une façon générale, c'est à partir de 1998 que le téléphone portable a commencé à se répandre de manière vraiment significative dans les milieux de la migration sénégalaise en France. Sa diffusion et son adoption par les différentes catégories de migrants s'expliquent principalement par sa facilité et sa simplicité d'utilisation, sa commodité et sa nécessité ainsi que par le caractère oral de la communication. En effet, comme le soulignent Annie Chéneau-Loquay et Pape Ndiaye Diouf (1998), son utilisation ne nécessite absolument pas une maîtrise parfaite de l'écriture ou de la lecture. Pour Serigne Mansour Tall (2002), cette innovation technologique constitue une vraie réponse à la mobilité des migrants, que l'on peut considérer comme étant aussi des acteurs de l'interface et de l'échange par nature.

Néanmoins, avant d'être aujourd'hui adopté par l'ensemble des migrants sénégalais, le téléphone mobile s'est d'abord répandu auprès de certains migrants privilégiés, des migrants possédant une certaine aisance financière. C'était en quelque sorte un signe de prestige social, un objet que l'on affichait ostensiblement surtout au moment des vacances dans le pays d'origine. Bon nombre d'entre eux figurent d'ailleurs parmi les premières personnes à avoir introduit et utilisé le téléphone portable au Sénégal. Son utilisation et son appropriation généralisées par l'ensemble des usagers au sein de la communauté sénégalaise en France, qui remontent à une date encore relativement

130

récente (précisément en 1998), résultent essentiellement d'un effet de mode et d'un mimétisme. Le téléphone mobile, n'étant plus l'affaire des privilégiés seulement, son utilisation ayant largement dépassé le cadre du mimétisme, du paraître, de l'avoir pour faire comme les autres, est devenu en peu de temps l'instrument de communication le plus utilisé aussi bien dans les échanges proches que dans les échanges lointains. Son usage, qui se développe à présent très rapidement, s'est largement répandu dans tous les domaines de la vie sociale, économique et culturelle des migrants sénégalais.

Le téléphone portable permet au migrant d'émettre et de recevoir des appels à tout moment de la journée (il suffit pour cela qu'il laisse son téléphone continuellement allumé) et quel que soit l'endroit où il se trouve. Il permet de nouer le contact avec une connaissance ou encore de renouer le dialogue avec son interlocuteur sans se préoccuper, outre mesure, du temps, de la distance et du lieu. Le téléphone cellulaire a en outre beaucoup contribué à renforcer la cohésion sociale au sein de la communauté des migrants sénégalais. Pendant les moments de bonheur (mariage, naissance, baptême) comme pendant les moments de malheur (décès) qui touche un membre de la communauté aussi bien dans le pays d'installation que dans le pays d'origine, l'information circule plus aisément et plus largement grâce au téléphone portable. La circulation de l'information sociale est fondamentale pour la cohésion au sein de la communauté. Depuis la généralisation du téléphone portable, tout le monde peut être facilement et rapidement mis au courant d'un évènement touchant un membre de la communauté. Ces occasions sont non seulement des moments de retrouvailles, mais également des opportunités pour témoigner son soutien (don en argent), sa solidarité ou sa compassion à un proche.

Nous avons pu vivre ces moments particulièrement importants pour la cohésion au sein de la communauté sénégalaise de Parme en 2003. Il s'agissait du mariage de Gora, ouvrier dans une entreprise métallurgique implantée en pleine campagne parmesane. Militant syndical actif au sein de son entreprise, Gora jouit d'une certaine popularité dans la communauté sénégalaise de Parme. Parmi l'assistance, certains lui ont remis de l'argent, d'autres ont préparé des beignets ou apporté de la boisson et des jus de fruits. Mais ce qu'il semblait le plus apprécié, c'était les cartes téléphoniques que quelques amis lui avaient offerts, conscients sans doute qu'il allait en avoir grand besoin pour parler avec sa femme qui se trouvait ce jour-là au Sénégal ainsi que les membres de sa famille

131

au Sénégal. Ses amis se sont beaucoup servis de leurs téléphones portables pendant les préparatifs. Ils ont pu s'organiser pour se répartir les tâches, se fixer une heure et un lieu de rendez-vous et partir ensemble présenter leurs félicitations. Le téléphone mobile a également servi à orienter ceux qui avaient des difficultés à se rendre chez Gora. Ce fut le cas aussi lors du baptême du petit garçon de Babacar et Ami. Mais cette fois-ci, les femmes étaient les plus en vue avec leurs boubous, leurs parures et leurs téléphones portables qu'elles affichaient ostensiblement. Et à chaque fois, on entendait les sonneries des téléphones au milieu parfois des clameurs de la foule. Le téléphone portable est ainsi un outil qui permet de regrouper facilement les membres de la communauté en cas de besoin. De même, en permettant à chaque membre de pouvoir être joint à tout instant, le téléphone mobile a également apporté beaucoup de commodités dans la vie du groupe. En cas de tension entre deux membres du groupe, les aînés peuvent intervenir rapidement pour apaiser les protagonistes. On peut donc le considérer comme une sorte de régulateur social.

Aujourd'hui, l'étudiant sénégalais qui se rend en France reçoit parmi les nombreuses recommandations de la famille au Sénégal, celle de se procurer le plus rapidement possible à son arrivée un téléphone cellulaire mobile. Alors qu'il y a une vingtaine d'années, la recommandation faite par la famille était d'écrire des lettres de temps en temps. Pour les migrants étudiants, le téléphone est un instrument pratique pour chercher et trouver du travail. En France, beaucoup d'étudiants se rendent dans les Centres Régionaux des Oeuvres Universitaires et Scolaires (CROUS) et dans les Centres Informations Jeunesse (CIJ) pour consulter les petites annonces d'emploi. Dès qu'il trouve une annonce qui lui convient, l'étudiant prend son téléphone portable pour appeler vite et présenter sa candidature. Ensuite, il pourra être contacté sur son téléphone mobile si sa candidature est acceptée. En cas d'absence, il pourra consulter le message laissé sur son répondeur. Selon Elhadji Mounirou Ndiaye, doctorant en économie à l'université de Grenoble et Président de l'Association des Etudiants et Stagiaires Sénégalais de Grenoble (A.E.S.S.G.), « le téléphone étant indispensable, il faut un minimum de 20 euros à l'étudiant sénégalais pour ses communications mensuelles » extrait de l'article : C'est la précarité pour les étudiants sénégalais expatriés en France. Confidentielsn.com, 28/06/2005.

132

Pour le téléphone mobile, les principaux services sont, d'une manière générale, l'abonnement et la carte rechargeable. Or dans les critères pour choisir un abonnement, une attention particulière est accordée à la durée, au coût et surtout à la réduction des appels vers l'étranger.

précédent sommaire suivant






La Quadrature du Net