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Les technologies appropriées en zone rurale : cas du moulin à  grains dans le département de Toma au Burkina Faso.

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par Jean Paulin KI
Université catholique d'Afrique Centrale Yaoundé - Maà®trise en sciences sociales 2000
  

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Conclusion partielle

Dans ce chapitre il a essentiellement été question de l'impact des moulins sur la vie des femmes dans le département de Toma. Partie centrale de notre travail, cette section nous a permis de faire ressortir que le moulin libère pour les femmes un temps supplémentaire de travail et leur permet de s'occuper d'autres activités ménagères ou commerciales en vue de leur indépendance économique vis à vis des hommes. Toutefois, la différenciation et les conflits sociaux ont vite fait d'accompagner le moulin qui met à l'épreuve la capacité de chaque femme de passer de la mouture individuelle avec sa meule de pierre à la mouture collective. D'impact multidimensionnel, le moulin fait apparaître de nouvelles socialités en réorganisant les rapports sociaux ; tandis qu'il restructure la société à travers de nouveaux rôles.

Par ailleurs, la question de l'accès des femmes à l'argent vient conditionner également leur accès au moulin qui n'est possible qu'en s'associant. Cette gestion communautaire ne va pas non plus sans impact sur l'appropriation par les femmes. Finalement, le moulin aura été un vrai facteur de changement social, comme il arrive pour toute innovation technologique. C'est ce changement que nous analyserons au prochain chapitre.

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CHAPITRE 5 : TECHNOLOGIES APPROPRIÉES POUR
FEMMES ET CHANGEMENT SOCIAL

Suite à tout ce qui précède dans les chapitres antérieurs, ce chapitre voudrait s'appuyer sur quelques théories socio-anthropologiques pour approfondir la problématique du moulin et des technologies appropriées pour femmes. Quelle approche sociologique peut-on faire finalement du moulin à grains dans l'objectif de la promotion des femmes rurales ? Les technologies appropriées pour femmes leur profitent-elles ? Dans le contexte actuel des sociétés en mutation que faut-il faire pour améliorer la condition des femmes rurales ? Voilà autant de questions auxquelles ce chapitre tente d'apporter des esquisses de réponses. Trois approches théoriques, à savoir les théories fonctionnaliste, dynamique et celle du gender, nous permettront d'analyser la réalité du moulin dans le contexte actuel du département de Toma. Les conclusions de cette analyse nous permettront de répondre à la deuxième question et de donner des perspectives sur les technologies appropriées pour femmes.

1. LES FONCTIONS SOCIALES DU MOULIN.

Partant des données présentées au chapitre IV, l'analyse de l'impact du moulin sur les femmes peut se faire à partir de sa fonction sociale. Pour ce faire, la théorie fonctionnaliste de Malinowski nous servira comme grille d'analyse. En effet le fonctionnalisme permet de saisir une réalité sociale par rapport à sa fonction ou à son utilité. L'idée de fonction a une importance dans la mesure où elle permet de constater comment une institution fonctionne au sein du système social où elle joue un rôle et par-là se rend indispensable. « Dans tous les types de civilisation, chaque coutume, chaque objet, chaque idée, chaque croyance remplit une fonction vitale, a une tâche à accomplir, représente une partie indispensable d'une totalité organique » (Malinowski, 1926, « Anthropoly » in Encyclopedie Britanica, p.132, Cité par Descola, 1988 : 99). L'intérêt de cette théorie est de permettre de tenir compte des interdépendances entre éléments à l'intérieur d'un système.

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a). Le moulin comme outil

Nous appréhendons le moulin dans ses fonctions, d'abord comme un outil. Un outil selon le dictionnaire Robert (1988), est un « objet fabriqué qui sert à agir sur la matière, à faire un travail ». Nous disions au premier chapitre de ce travail que la problématique de la technologie culturelle nous situait au coeur du rapport de l'homme à la matière et de l'homme au travail. Dans cette ligne de compréhension, l'outil a pour but de permettre l'action. Il joue un rôle intermédiaire entre l'homme et la chose sur quoi porte l'action. En ce sens l'outil « n'est ni cause ni effet et dans la chaîne : force-outil-matière, il n'est que le témoin de l'extériorisation d'un geste efficace » (Leroi-Gourhan, 1971 : 318). Ceci sous-entend bien que c'est l'homme qui anime l'outil. Le moulin actionné par le meunier sert à la production de la farine des céréales. Son rôle comme outil de travail est de permettre cette obtention de la farine.

Comme intermédiaire, l'outil a un rôle de prolongement de la main de l'homme qui cherche à satisfaire ses besoins. La théorie des besoins, développée par Malinowski (1944), nous permet de comprendre les raisons de la fabrication, de l'usage et de l'adoption de tel ou tel outil. Les membres de l'homme ne lui suffisent pas à la satisfaction de tous ses besoins dans un milieu naturel parfois contraignant. L'outil joue ainsi un rôle de suppléance aux carences humaines. D'où la nécessité de la technologie et des techniques. En réalité, la question du rôle du moulin renvoie, d'une façon plus générale, à celle du rôle de la technologie dans la société. Ainsi, dans la culture san l'acquisition de la meule en silex est un premier degré de technologie permettant de ne plus se nourrir de grains à l'état non transformé, tandis que l'acquisition du moulin vient rendre optimale la satisfaction de ce besoin. La recherche de satisfaction du besoin crée une interdépendance entre l'homme et l'outil. C'est pourquoi Abe'ele (1999 : 92), écrit : « Au-delà des propriétés physiques les outils entretiennent des rapports spécifiques avec leurs usagers ».

Ces rapports varient avec la nature de l'outil. Ainsi, le rapport des usagers du moulin sera différent de celui qu'ils entretenaient avec la meule en pierre en raison de leur différence de nature. En effet, comparativement à la meule de pierre que nous appelons « technologie froide », le moulin est une machine et peut être appelé « technologie chaude » parce que génératrice d'énergie, d'une énergie supérieure même à celle de l'homme. Faut-il en déduire que les « technologies chaudes » satisfont mieux les besoins humains que les « technologies froides » ? En tout cas le moulin à grains économise l'énergie des femmes qui jadis s'épuisaient

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sur la meule de pierre. Les technologies chaudes ont une fonction d'économie d'énergie humaine plus grande que les technologies froides. C'est en cela que se trouve vérifiée notre deuxième hypothèse qui consiste à affirmer que « le moulin introduit une certaine qualité et une rapidité dans la chaîne de transformation alimentaire : il libère du temps et amène les femmes à une autre gestion de leur temps ».

En conclusion à ce rôle d'outil du moulin nous nous résumons en ces termes : le moulin comme machine (ayant aussi ses contraintes) est un outil de libération de la femme d'une corvée qui la rendait esclave dans l'exercice d'une fonction sociale (celle de la mouture des grains). Mais le moulin n'est pas qu'un outil ; sociologiquement, il est bien plus.

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"Il faut répondre au mal par la rectitude, au bien par le bien."   Confucius