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Les technologies appropriées en zone rurale : cas du moulin à  grains dans le département de Toma au Burkina Faso.

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par Jean Paulin KI
Université catholique d'Afrique Centrale Yaoundé - Maà®trise en sciences sociales 2000
  

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b). Le moulin, moyen de la rencontre

Le second rôle social important que joue le moulin dans les villages est sa fonction de rassemblement, de communication. Le moulin est comme le puits. Au moulin les femmes du village se rencontrent, communiquent entre elles en se donnant les nouvelles des unes et des autres, commentent les derniers événements du village et de leur vie : vie familiale, expériences personnelles, etc. En somme le moulin est un lieu d'interactions.

Au coeur de ces rencontres se produit également un certain apprentissage social que nous désignons par le terme de socialisation, s'il est vrai que le processus de socialisation est toujours continu dans la société et que ses lieux de réalisation sont multiples (famille, quartier, équipe de football, tontine,...). Guy Rocher (1968 :132) nous donne une définition complète de la socialisation comme « le processus par lequel la personne humaine apprend et intériorise tout au cours de sa vie les éléments socio-culturels de son milieu, les intègre à la structure de sa personnalité sous l'influence d'expériences et d'agents sociaux significatifs et par là s'adapte à l'environnement social où elle doit vivre ». L'apprentissage social ici a pour but « d'augmenter la solidarité entre les membres du groupe » (Boudon R., 1990 : 181). Auparavant, il suppose une intériorisation de normes et de valeurs culturelles, grâce à laquelle l'individu a obligation et droit d'attente envers les autres. L'exemple de la pratique du rang au moulin rend bien compte de cette théorie de la socialisation. Il en est de même des différents services de suivi de la mouture que les femmes se rendent en l'absence de leurs camarades. Même s'ils engendrent la réciprocité, ces services prônent la serviabilité, la charité et la solidarité comme étant des valeurs.

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Dans les groupements villageois féminins (GVF), les moulins exercent une fonction de regroupement permettant ainsi aux femmes de vivre une certaine solidarité. La fonction de rencontre du moulin y est encore plus explicite. Certains groupements féminins comme ceux de Sawa et de Zouma se sont donnés des noms tels que : « kukon'a pan » « la calebasse commune »24 et « Ta konli a koonè » « Il est bon d'être ensemble ». La constitution du groupement ou de l'association est même un critère important sur lequel s'appuient les ONG pour l'octroi des moulins aux femmes. La promotion de l'idéal communautaire se situe au coeur même de la vie des villages dont le mode d'organisation se calque sur ce que Durkheim (1893) a appelé sociétés traditionnelles où la conscience collective est très forte ; ce qui vaut à ces sociétés le nom de sociétés à solidarité mécanique. Les groupements villageois « redynamisent » et tentent de pérenniser cette conscience collective dans un contexte de mutations socioculturelles où l'individualisme tend à prendre le dessus. L'observation d'une telle réalité fait dire à Buijsrogge (1989 : 105) au sujet de la dynamique paysanne au Sahel : « La dynamique des populations rurales et paysannes veut préserver et privilégier son caractère villageois, donc communautaire...Pour le moment, le paysan des savanes ne se voit pas en dehors des dynamiques villageoises ». Le même constat fait par Georges Kossi Kenkou (1994 : 751) dans la région nord du Togo et sud du Burkina Faso au sujet des coopératives de pêche l'amène aux conclusions suivantes : « Elles (les communautés rurales africaines) favorisent la conscience de l'intérêt communautaire au détriment de l'égoïsme lié à l'évolution des intérêts individuels et particularistes. Dans cette optique, elles entretiennent un ensemble de réseaux d'obligations sociales, chargées d'amener l'individu ou les groupes d'individus à matérialiser les formes de solidarité requises par les coutumes locales ». La gestion communautaire de moulins se présente bien comme un domaine de réseaux d'obligations en vue de la bonne marche du projet.

A la fonction de rencontre s'ajoute celle de réaliser une interdépendance entre les villages qui finit par s'étendre à la ville.

24 L'expression « kukon'a pan » est une abréviation du proverbe san « kukon'a pan ma'a tii, ma'a nyan yu wa » qui se traduit par « La calebasse commune peut se salir mais ne doit pas se briser ». Ce proverbe traduit le souci de l'entretien et de la protection du bien commun entendu comme objet matériel (ex. le moulin) ou valeur (la solidarité, l'unité...). La calebasse symbolise la fragilité du bien commun qui nécessite protection.

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"Il existe une chose plus puissante que toutes les armées du monde, c'est une idée dont l'heure est venue"   Victor Hugo