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Les technologies appropriées en zone rurale : cas du moulin à  grains dans le département de Toma au Burkina Faso.

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par Jean Paulin KI
Université catholique d'Afrique Centrale Yaoundé - Maà®trise en sciences sociales 2000
  

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2. LE RAPPORT TECHNOLOGIE ET SOCIÉTÉ

Un rapport intrinsèque existe entre société et technologie. C'est pourquoi nous voulons traiter ici de la technologie comme fait social. En effet, les procédés comme les équipements ou outils sont des productions sociales. C'est pourquoi Salomon (1992 : 67) ne manque pas de signaler qu'au-delà même du savoir théorique qui a pu la produire, toute technologie renvoie aux finalités, donc aux structures sociales (mentalités et croyances, besoins et institutions économiques, politiques, culturels, etc.) qu'elle a précisément pour fonctions de servir. Dans ce deuxième point du chapitre, il sera essentiellement question de la culture matérielle, du rapport technologie-pouvoir-société et de l'innovation technologique.

a). Société et culture matérielle.

La question de la culture matérielle des sociétés trouve son préalable dans celle du rapport de l'homme à la matière. En effet, l'histoire des inventions et des techniques nous présente l'homme au travail et nous le révèle comme homo faber et animal technicus. Ainsi, non seulement l'homme se sert des objets mais encore les fabrique pour un usage durable. Présenté sous cet angle, le premier rapport de l'homme avec la matière, et de façon générale à son environnement physique, est celui qui consiste à le modifier par le travail pour se réaliser, satisfaire ses besoins. Loin d'être celui d'un seul individu, ce travail est, en définitive, un travail social et sociétal, celui d'un groupe, d'une société. L'accumulation des productions de cette société forme alors, au fil du temps, sa civilisation matérielle. D'où le paradigme du patrimoine culturel.

Selon cette théorie, toute société se fait connaître d'abord à travers les éléments matériels de sa culture. Les auteurs de la technologie culturelle, dont Leroi-Gourhan, Mumford et Gille, ne manquent pas d'insister sur cette réalité et le lien entre société et technologie.

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L'établissement d'un rapport entre société et culture matérielle, dans le cadre de notre étude, vise avant tout à montrer que la technologie naît et existe par et dans la société. Michaïlof (1984 : 127) le fait remarquer déjà lorsqu'il écrit que "toute technologie est avant tout le produit d'une société spécifique, c'est-à-dire d'un environnement économique, social et politique particulier". Et bien avant lui, Leroi-Gourhan (1945 : 347) insistait sur cet aspect en parlant de milieu et techniques. Pour lui, il existe un groupe ethnique et un groupe technique. "le groupe ethnique existe par la présence dans son enceinte matérielle d'un milieu intérieur continu et ce milieu se prête à des abstractions de commodité (...). Comme le groupe ethnique est l'expression matérielle du milieu intérieur, le groupe technique est la matérialisation des tendances qui traversent le milieu technique". Il est clair pour nous que le groupe ethnique dont parle Leroi-Gourhan renvoie à la société d'où émergent les techniques et les outils techniques. Cette approche nous permet de dire que de même qu'il n'existe pas de société sans technologie, de même il n'existe pas de technologie qui ne soit pas le produit d'une société. Mais il nous faut d'ores et déjà signaler que les techniques diffèrent selon les groupes. Il ne faudrait donc pas s'étonner de voir que tel ou tel outil technologique existe chez un peuple et n'existe pas chez un autre. Car, "Conçus par une société, dit Ecrement (1984 : 57), pour la transformation de ses ressources en vue de la satisfaction de ses besoins, procédés, machines, produits, modes organisationnels de la production, sont marqués du sceau des sociétés qui les ont conçus et sont l'expression de leur niveau technologique". Le domaine de l'architecture est un exemple frappant de cette réalité. Besoins et niveau technologique expliquent bien les degrés divers d'avancement technologique des sociétés à travers le monde. Mais la technologie s'apprend et s'emprunte parce qu'elle est de l'ordre de la culture et non de la nature, c'est-à-dire de l'acquis et non de l'inné.

Le second paradigme mis en relief par les auteurs, après celui qui fait de la technologie le patrimoine culturel des sociétés, est celui de la technologie comme culture et apprentissage. La technologie est un élément de la culture d'un groupe social, d'une société. Elle entre d'abord dans le patrimoine culturel du groupe technique qui l'a produite. Ensuite par diffusion ou emprunt elle peut devenir élément culturel d'un autre groupe qui se l'appropriera avec le temps. Cette question de l'appropriation a fait voir la technologie, à des auteurs tels que J.Perrin (1984 :95), comme un apprentissage social. En effet pour cet auteur, du fait que l'appropriation nécessite du temps, la technologie doit, pour être acquise, « s'intégrer dans le système de représentation de l'acquéreur ». L'acquisition dit bien ici emprunt. Il y a un processus de transmission qui se met en place. Et de fait, les technologies modernes connaissent une plus

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grande et rapide diffusion grâce aux progrès techniques surtout dans le domaine de la communication et des transports.

Cette diffusion est en même temps diffusion de culture, car les technologies renvoient aux sociétés qui les ont produites. C'est pourquoi, diffusée dans une société autre que la sienne, la technologie nécessite apprentissage et adoption. (Ce disant, nous n'excluons pas le fait que la technologie s'apprend même au sein de « sa » société d'origine). Ainsi en est-il des moulins à grains importés. En outre, nous pouvons ajouter que la technologie devient communication dans la mesure où, empruntée, elle relie des sociétés différentes. Georges Balandier (1971 :146) considère d'ailleurs la transmission des techniques comme un problème de communication. En effet, pour lui, « il s'agit de faire `passer' un complexe de techniques d'un système qui l'a conçu à un système pour lequel il est, au départ, radicalement étranger ». Ce processus implique nécessairement que soit trouvé un langage qui établisse le lien entre les deux systèmes et qui puisse être décodé ou traduisible par les deux. Point n'est besoin d'insister ici sur l'importance de la communication dans le processus d'apprentissage.

Les technologies circulent donc tout en diffusant les valeurs et idées des sociétés qui les ont produites. Les transferts de technologies de l'Europe qu'ont connus les différents pays africains (sous forme d'emprunt et d'imposition) depuis la période coloniale témoignent de cette réalité. C'est au regard de cette réalité transactionnelle que des auteurs ont appréhendé la technologie comme un instrument de pouvoir et de domination. Mais la technologie n'est-elle pas neutre en soi ?

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