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Les enfants dans les attentats suicides: étude comparative de trois cas: Sri Lanka, Palestine, zone Afghanistan/Pakistan

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par Mélanie JOANNES
Institut catholique de Paris - Master 2 sciences politique, mention géopolitique et sécurité internationale 2011
  

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1.1.1.2. Le passage d'une situation insurrectionnelle à la guerre civile en 1983

Il apparaît donc que la situation politique du pays s'aggrave notablement depuis l'indépendance. Dans ce contexte, le gouvernement va mettre en place des mesures d'exceptions successives dans le cadre de l'état d'urgence qui connaîtront leur apogée en 1982 avec la permanence du Prevention of Terrorism Act (arrestation sur présomption et possibilité de détention au secret pour une période de trois mois). Le conflit va éclater le 23 juillet 1983 à la suite d'un attentat perpétré par le LTTE dans la péninsule de Jaffna, au nord de l'île du Sri Lanka. Le bilan de cette action est la mort de treize soldats de l'armée sri-lankaise dans l'explosion de leur voiture sur une mine. Suite au rapatriement des corps à Colombo, capitale économique du pays et démographiquement la plus importante ville de l'île, le 24 juillet, de violentes émeutes anti-tamoules éclatent. Elles vont rapidement s'étendre à l'ensemble du pays faisant 350 morts selon les autorités, et 2000 selon les sources tamoules.18(*) Ce qui entrainera le déplacement de 7000 réfugiés tamouls à Jaffna dans le nord de l'île.

Cette première guerre d'Eelam va aboutir à la signature de l'accord indo-sri-lankais en 1987, en vertu duquel, l'Inde accepte de veiller à ce que les tamouls cessent les hostilités. Malgré ce premier cessez le feu, les combats entre l'Indian Peace Keeping Force (IPKF) et les Tigres vont reprendre. Face à son impuissance, l'IPKF se retire du Sri Lanka en 1990. Cette deuxième guerre va durer jusqu'en 1994 sans qu'aucun des deux côtés ne fasse de progrès signifiants. Des pourparlers de paix auront lieu en août 1994 à la suite de la victoire de Chandrika Bandaranaike Kumaratunga's People's Alliance aux élections parlementaires. L'échec de ces pourparlers va conduire à la troisième guerre de l'Eelam qui sera la plus destructrice depuis le début de cette guerre civile en 1983. De 1995 à 2001, le Sri Lanka sera le théâtre de confrontations militaires intenses et des attaques d'envergure de la part du LTTE contre des cibles civiles en dehors du nord et de l'est de l'île. A la fin des années 1990, les Tigres ont le contrôle sur de vastes zones et atteignent la parité militaire avec le gouvernement. Ils se sont substitués au gouvernement dans la province du nord-est. Cette situation va durer puisque jusqu'en 2007, la région de Vanni sera entièrement sous le contrôle du LTTE et la ville de Jaffna, capitale de la région nord-est, sera également sous leur contrôle malgré la présence des forces gouvernementales. La région nord-est de l'île est largement sous influence du LTTE qui contrôle la majeure partie du territoire. Pour preuve, lors des élections présidentielles de 2005, le taux d'abstention dans certaines villes telles que Jaffna atteignait les 99% et à Kilinochchi dans le Vanni, il n'y aura qu'un vote. A la fin de l'année 2001, les Tigres et le gouvernement sri lankais déclarent unilatéralement le cesser le feu. Avec l'aide du gouvernement norvégien, un accord sera signé en février 2002, mais très vite, des violations de celui-ci seront enregistrées19(*) notamment de la part du gouvernement qui en commettra 54 en 2002 (des harcèlements contre des civils, des restrictions de mouvements, des détentions de cadres du LTTE...). 502 cas sont à imputer au LTTE (enlèvements, conscriptions forcées, enrôlements d'enfants soldats, extorsions ou encore assassinats). Le tsunami survenu au mois de décembre 2004 réduit encore les chances d'obtenir la paix au Sri Lanka. Le LTTE accuse le gouvernement de léser le nord et l'est dans la distribution de l'aide. La situation se détériorera à nouveau avec les élections présidentielles de novembre 2005 pour aboutir à la reprise des violences en 2006 qui ne cesseront pas au cours des pourparlers de février à octobre 2006. Le LTTE va connaitre de durs revers au cours de l'année 2007 à la suite de la grande offensive lancée contre eux en janvier 2006. Le 11 juillet 2007, le LTTE va perdre Thoppigala au nord de Jaffna où s'était réfugiée une partie des combattants du LTTE. S'en suivront d'autres pertes importantes et le 25 janvier 2009, l'armée sri lankaise prend le contrôle de Mullaitivu. Il s'agissait de la dernière ville aux mains des Tigres qui se retrouvent désormais confinés dans la jungle sur un territoire de 20 km de long et 15 km de large. Le 16 mai 2009, ils perdent leur accès à la mer, vital pour leur approvisionnement et déposent les armes le lendemain. Le 18 mai, Vellupillai Prabhakaran est tué par l'armée gouvernementale. Les sites proches du LTTE ne reconnaitront sa mort que le 24 du même mois.

Ce conflit trouve son origine dans la répression par l'État d'une aspiration du peuple tamoul à disposer de lui-même,20(*) ce qui a conduit à une guerre civile ethnique selon la définition proposée par C. Kaufmann dans son article Possible and Impossible Solutions to Ethnic Civil Wars : « Dans la guerre ethnique (...) les loyautés individuelles sont à la fois rigides et transparentes, tandis que la base de la mobilisation de chaque camp est limitée aux membres de son propre groupe et du territoire contrôlé (...). Le résultat est que les conflits ethniques sont avant tout des luttes militaires dans lesquelles la victoire dépend du contrôle effectif d'un territoire, non pas de la séduction des membres d'un autre groupe. »21(*) Dans ses débuts, le LTTE a disposé d'un large soutien populaire qui s'est affaibli au cours du conflit en raison de la lassitude de la communauté tamoule face à une situation qui ne semblait pas pouvoir trouver d'issues.

* 18A. Baconnet, Op. Cit. , p.163

* 19 Chara Latu Hogg, Op.cit., p.11

* 20L. Gayer et C. Jaffrelot ,Les milices armées d'Asie du Sud. Privatisation de la violence et implication des Etats, Paris, 2008, p.21

* 21 C. Kaufmann, « Possible and impossible Solutions to Ethnic Civil Wars », International Security, vol.20, n°4, Spring 1996, pp.136-175, p.140

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