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Les enfants dans les attentats suicides: étude comparative de trois cas: Sri Lanka, Palestine, zone Afghanistan/Pakistan

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par Mélanie JOANNES
Institut catholique de Paris - Master 2 sciences politique, mention géopolitique et sécurité internationale 2011
  

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1.3. Les motivations des enfants

Nous avons pu constater dans la première partie de cette étude que l'enfant peut être volontaire pour commettre ce type de mission et peut aller se proposer spontanément aux groupes armés. Dans le cas des enfants soldats, les volontaires sont généralement poussés par le besoin de protection d'un groupe face aux violences perpétrées par les différentes factions et/ou par les moyens de survie que celui-ci peut lui fournir dont la nourriture. Le cas des futurs auteurs d'attentats suicides est différent dans la mesure où la finalité de l'action exclue la nécessité de trouver des moyens de survie. Nous allons tenter d'expliquer l'origine de cette motivation. Nous avons choisi d'étudier particulièrement trois facteurs qui pourraient avoir une influence importante sur la prise de la décision des enfants dans la voie de l'attentat suicide . Il s'agit tout d'abord du culte du martyr. Puis nous allons nous pencher sur la possible propagande mise en place par ces différents groupes à destination des enfants. Et enfin, nous verrons si une quelconque rémunération entre en jeu, et de quelle manière celle-ci peut-elle pousser les enfants à vouloir devenir martyrs.

Il existe, bien évidemment, d'autres facteurs motivants pour ces enfants mais le format de cette étude ne nous permet pas de tous les appréhender. De plus ces facteurs mériteraient d'être vus sous un angle psychologique, compétence dont je ne dispose pas. J'ai alors sélectionné ceux qui me paraissaient les plus importants et que j'étais en mesure de traiter.

1.3.1. Le culte du martyr et la perception de ce phénomène par la société et les parents

1.3.1.1. Le Sri Lanka

Le suicide est omniprésent dans les rangs du LTTE. Chaque nouveau membre est initié au suicide lors de la cérémonie du recrutement. Il y reçoit une capsule contenant du cyanure qu'il portera constamment autour du cou et qu'il se devra d'ingérer s'ils sont capturés par l'ennemi. Cette cérémonie permet alors de mettre le sacrifice de soi au nom de la communauté au centre de la vie du membre.152(*) Il y a ainsi les attentats suicides dans lesquels les candidats savent qu'ils se dirigent vers une mort certaine, le suicide « offensif ». Il y a également le suicide « défensif » en cas de capture par l'ennemi.

En ce qui concerne les attentats suicides à proprement dit, le LTTE a mis en place une idéologie héroïque et sacrificielle. L'acte en lui même est dépeint par le les cadres du LTTE comme étant courageux. Les attentats suicides sont des actes de sacrifices pour la famille et la communauté. Dans cette optique, ce ne sont pas des actes de violence mais un acte de libération pour ses compatriotes et leur liberté. 153(*) Le culte du martyr a été mis en place et ritualisé par le LTTE en puisant dans les traditions et les mythes tamouls. Il faut noter que les rites sont les mêmes que le martyr soit mort par absorption de cyanure ou dans un attentat suicide. Le corps est récupéré par le LTTE, puis exposé le temps que les leaders du groupe fassent des discours en son nom et qu'il soit salué par des membres de la communauté.154(*) Depuis août 1991, date correspondant à la bataille de Anaiyi-ravu, les héros du LTTE sont enterrés au tuyilium illam, un cimetière qui leur est réservé. En addition de leur tombe, une pierre est plantée à la périphérie d'un village. Cette pierre, appelée natukal, permet à la communauté de commémorer les héros. Sur la pierre, un texte est inscrit et parfois, on peut y trouver accrochée une photo. Elle peut être un objet de culte en y mettant des guirlandes et des plumes de paon. Ce rituel alimente le culte du héros dont la pierre peut devenir une sorte de petit temple. L'utilisation du natukal est une manière pour le LTTE de faire revivre le culte du héros tamoul archaïque. Ce qui leur permet ainsi d'inscrire ce combat dans l'histoire de la communauté.

Le LTTE veut mettre en avant la solidarité telle qu'il l'affiche et l'exprime dans le culte public de l'État des héros. Le culte du héros est un symbole, une expression matérielle des aspirations culturelles et politiques du LTTE.

Le culte de la commémoration des martyrs est officiellement défini par la direction du LTTE comme étant un culte « laïque ». Ce n'est pas de la superstition. Séculier signifie aussi non ingérence dans la vie religieuse traditionnelle. Parmi les martyrs du LTTE, on trouve des catholiques, des musulmans, des hindous ou encore des protestants. Le culte du martyr pour le LTTE doit transcender les religions, suit la tendance à transcender les intérêts communs et trouver un dénominateur commun. Ce dénominateur commun est une expression symbolique de la loyauté envers un Etat nation tamoul.

Selon la direction du LTTE, le culte du martyr ne doit pas être que commémoratif en ce sens que les actes et les noms des martyrs sont décrits comme des modèles sociaux idéaux pour les jeunes hommes et les jeunes femmes dans le but de les inciter à se battre, comme des moyens qui relient l'avenir au passé, et enfin comme des moyens qui expriment la solidarité dans le deuil de la communauté tamoule.

Les familles de ces êtres extrêmement motivés sont tenues en haute estime au sein de leur communauté. Ces familles acquièrent le statut de «Great Hero's Families». Le martyr a une place à part dans la communauté. Le manque de perspective d'avenir pour cette jeunesse donne une place de choix au martyr qui offre la possibilité d'accéder à un statut honorable, et d'en faire profiter sa famille, dans la mort.

Le chef suprême des Tigres Tamoul a réussi à bâtir une véritable culture du sacrifice et du martyr.155(*)A la mort du martyr, sa photo est encadrée, accrochée au mur de son camp d'entrainement et entourée de guirlandes. Il est vénéré par tous les autres garçons du camp qui connaitront sûrement le même destin.

La mort dans l'attentat suicide, comme dans un combat, est considérée comme le sacrifice ultime mais ne recouvre pas de signification eschatologique particulière.

* 152 E. Pavey, Op.cit., p.7

* 153H. Shanthikumar, «The Tamil Tigers martyrdom in Sri Lanka: faith in suicide for nationhood», The Politic and Religious Journal, Sarajevo, 2/2007, pp.131-142, p.131

* 154P. Schalk, The veneration of the martyr by the LTTE, mis en ligne sur http://www.tamilcanadian.com/page.php?cat=&id=1394

* 155A. Perry, How Sri Lanka's Rebell build a suicid bomber, Time, mis en ligne le 12 mai 2006 sur http://www.time.com/time/world/article/0,8599,1193862,00.html/

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