WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

L'ours des Pyrénées : variabilité des images, place dans le territoire et implications socio-politiques de sa réintroduction.

( Télécharger le fichier original )
par Elise LABYE
Université de Toulouse-Le-Mirail - Master 2 Anthropologie Sociale et Historique 2010
  

précédent sommaire suivant

Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy

TROISIEME PARTIE : QUELLE PLACE POUR L'OURS DANS LE TERRITOIRE ?

I : L'impossible cantonnement strict d'une espèce sauvage

A : « Le plan de restauration et de conservation de l'ours brun dans les Pyrénées françaises ».

Le « plan de restauration et de conservation de l'ours brun dans les Pyrénées françaises » est une politique « azonale » (Johan Milian, 2006) de protection de la nature. La mise en place et la gestion d'un espace naturel protégé, comme un parc national, s'effectue sur une portion de territoire précisément balisée. Il existe même plusieurs zones ayant des degrés de protection différents. Une politique de protection de la nature qui s'applique à une espèce que l'on protège ou réintroduit s'inscrit dans un rapport à l'espace totalement différent, puisque l'objet de la protection est mobile. On met donc en place son suivi, effectué par une équipe de techniciens et de scientifiques.

Dans le cas de l'ours des Pyrénées, il s'agit de l'Équipe Technique du suivi de l'Ours (ETO) qui dépend à la fois de l'ONCFS20 et de la Fédération départementale de la chasse. Elle assure le suivi de toute la population ursine des Pyrénées. Il y a la partie technique du suivi qui s'effectue sur le terrain, et ensuite la partie scientifique de traitement des données recueillies. Grace aux émetteurs dont certains ours sont équipés, on réalise ensuite une cartographie de leurs déplacements sur le territoire. La récolte d'éléments matériaux (poils, empreintes, excréments, etc.) permet de réaliser des analyses génétiques et de reconstituer les lignées d'individus.

Si dans le cas d'un parc on fait en sorte que les activités humaines ne perturbent pas les écosystèmes à protéger, dans le cas de la réintroduction ou de la protection d'un prédateur, ce sont les activités humaines, en particulier l'élevage, qui doivent être l'objet de mesures de protections. Les ours sont des animaux sauvages, par définition, ils vivent et « doivent » vivre en liberté dans la nature.

Néanmoins, il semble qu'il y ait une certaine volonté de cantonner l'ours dans l'espace montagnard, qui apparait comme un des espaces privilégiés du sauvage21. Cela peut

20 Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage.

21 La revue de géographie alpine a consacrée un numéro spécial autour de cette problématique. « La montagne comme ménagerie », 2006, Tome 94, n°4.

29

s'expliquer par la structuration traditionnelle, en occident, de l'espace anthropisée dont les historiens agraires ont proposé une typologie (Sophie Bobbé, 1993)22. Au moment de la deuxième phase de lâchers en 2006, un des ours est parti en direction de la plaine et au bout de quelques jours, il était à une trentaine de kilomètres de Toulouse. Il aurait été recapturé pour être relâché en altitude. On assigne donc une place particulière au sauvage dans notre environnement, ce qui amène certains montagnards à se poser des questions sur la place de l'ours dans le territoire mais aussi sur leur propre place.

« Nous, on a l'ours qui manifestement passe dans le village au printemps, il est passé dans la rivière devant chez moi, ça c'est pas des trucs qu'on invente...les gens du suivi technique de l'ours nous l'ont dit...et quand l'ours s'approche à 35 km de Toulouse, y'a la gendarmerie qui sort, y'a les avions, tout le tralala pour le faire remonter en montagne alors que nous dans le village l'ours passe quasiment dans le village, le village d'en haut c'est sûr... et bon quelque part nous y'a pas de gendarmes qui viennent, donc les gens ils réagissent mal aussi...y'a un sentiment par rapport à nous...nous...je parle des montagnards ou des ruraux de la montagne, y'a toujours un peu deux poids deux mesures... ce qui n'est pas consenti pour la banlieue toulousaine lorsqu'il arrive...pour nous est tout à fait acceptable et pourquoi c'est acceptable ?...en plus c'est assez réjouissant de savoir qu'il est ici aussi quoi...mais bon il s'est fait éclater lors d'une battue de chasse, un autre sur la route23... et moi en même temps avec ma sensibilité de naturaliste j'arrive à me poser la question de...est ce qu'il a encore sa place... ou est-ce qu'il l'a plus du tout ? » (Jérôme, accompagnateur en montagne et agent territorial)

« Dans la haute-Ariège y'a personne qui les voulait, c'est la Haute-Garonne qui l'a voulu...et quand l'ours descend dans les habitations de la Haute-Garonne, vite vite ! il faut se dépêcher de le remettre dans l'Ariège. Pourquoi ils ne se le garde pas à Toulouse ? Il y était l'an dernier, ils ont fait des pieds et des mains pour le remonter [...] Pourquoi y'a des secteurs il faut qu'il y soit et des secteurs il ne faut pas qu'il y soit ? Où alors ils ont qu'à nous dire : vous gênez, on vous expulse et c'est toute la place à l'ours... » (un éleveur)

D'autres types de mesures tendent à vouloir cantonner ou repousser les animaux sauvages dans certaines zones en particulier. Ainsi, en 1969, au début de la mise en place du Parc National des Pyrénées, une battue fut autorisée par une commune voisine, pour repousser un ours, qui avait causé des dégâts sur un troupeau, dans les limites du parc (Gérard Caussimont, 1981). À la suite des réintroductions, des effarouchements ont également eu lieu en Haute-Ariège, soit par l'Équipe technique du suivi de l'ours (ETO) soit par des groupes

22 Ce point sera abordé plus précisément un peu plus loin dans le texte.

23 Au cours de l'été 2008, un ours a été percuté par un minibus a proximité du village de Mérens, il serait mort des suites de cet accident.

30

d'éleveurs, lorsque certains ours ont eu tendance à rester prés des villages ou des exploitations.

« En 2008, vu que personne ne se bougeait quand on a eu l'ours pendant quatre jours, on a essayé de faire du bruit dans la montagne pour le faire partir [...] avec des casseroles et puis en faisant du bruit, en sifflant, on était une quinzaine ou vingt...(Un éleveur)

« Ils (l'ETO) l'ont localisé parce qu'il avait l'émetteur, quand ils ont vu qu'il se rapprochait trop des habitations de nouveau, qu'ils avaient affaire à une autre attaque [...] et que j'allais me mettre en colère plus sérieusement...là ils ont fait partir une fusée éclairante et deux pétards...bon...il est parti l'ours... (Un éleveur)

précédent sommaire suivant






Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy








"Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots"   Martin Luther King