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Drapeaux, iconographies et géopolitique


par Simon GERMAIN-BATISSE
Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne - Master 1 Géographie 2012
  

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Conclusion

Notre parcours « vexillo-géopolitique » touche à sa fin, il nous faut désormais tirer plusieurs enseignements.

La définition générale de la géopolitique, étude de l'établissement d'un pouvoir sur un territoire, et de ses corollaires (enjeux, acteurs...), nous avait servie de point de départ de tout notre exposé. Or, au cours de cette étude, on a constaté la capacité du drapeau à se mouvoir en amont et en aval de cette large définition de la géopolitique. Plus loin encore, on s'est même engouffré en géopolitique par le biais du drapeau.

C'est ici une donnée importante que la mise en valeur géopolitique par le drapeau. Ce dernier se situe au coeur du lien contracté entre un espace, un pouvoir et un peuple. Le drapeau se trouve l'appendice de ces trois pôles. Il est d'abord la marque symbolique de la souveraineté d'une autorité sur un espace donné (on plante un drapeau), rôle quasi militaire. Il est ensuite le lien permanent entretenu entre cette autorité et son peuple, débouchant sur un nationalisme qui peut revêtir différentes formes (passif, « ordinaire », voire agressif). Il est également pour un peuple un moyen d'émancipation, un repère psychologique de premier ordre dans l'équilibre mental d'un individu. Il est un créateur d'identité et objet matériel de cohésion et d'unité nationale, tant ses couleurs, qui paraissent la forme la plus élémentaire de lecture et de ralliement, l'ont précipité objet coutumier et en même temps sacralisé. Enfin il permet à un espace donné de se territorialiser. En effet, le drapeau invite chaque esprit à une cartographie mentale de son propre territoire.

Pour tous ces paramètres, le drapeau, et plus largement les iconographies sont des données ultra nécessaires pour la force et la stabilité d'un pouvoir en place. Plus l'iconographie est forte, mieux un pays est paré contre les effets néfastes de l'ouverture généralisée. Il y a néanmoins danger lorsque l'iconographie dépasse largement la circulation (trop de drapeaux cache toujours une autre réalité qu'une simple inclination pour son pays).

Le drapeau nous a ainsi exposé qu'un territoire n'est pas la propriété d'un pouvoir, mais d'un peuple, qui a sacralisé ce même territoire par le drapeau. Par conséquent, les régimes politiques peuvent varier, le drapeau ainsi que le territoire ne suivent pas toujours ces mêmes variations. Le lien drapeau-territoire est bien le caractère essentiel d'un point de vue géopolitique de l'étude du drapeau.

Ce mémoire a également démontré que l'élaboration d'un drapeau ainsi que son évolution étaient tributaires de données et de dynamiques géopolitiques qui gouvernaient sa structure et sa légitimité. En inversant, l'étude de la formation d'un drapeau a révélé, et parfois précipité de grands courants géopolitiques, ainsi que d'autres plus subtils, que seuls les drapeaux parviennent à signaler de manière concrète. Il ne s'agit pas là de savoir qui fut avant l'autre (le drapeau ou les données géopolitiques), il n'en reste pas moins que la géopolitique et l'évolution des drapeaux constituent deux agents en interaction permanente.

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Cet exposé a en outre souligné la capacité du drapeau à être par lui-même un acteur géopolitique à part entière en se positionnant en amont de certaines attitudes géopolitiques. C'est toute la force dont est capable le drapeau : passer aisément d'un message symbolique à un message politique, a fortiori géopolitique. Les deux portées, symbolique et géopolitique, se confondent dès lors, et ne se conçoivent plus l'une sans l'autre. Du symbolique au géopolitique, il n'y a qu'un pas...

De plus, l'intégration de l'étude du drapeau dans le cadre conceptuel de Jean Gottmann a ainsi ouvert à l'étude des symboles une perspective d'intégration aux considérations géopolitiques majeures de ce monde. L'examen de la formation parallèle d'un régionalisme, d'un territoire et d'une iconographie, face aux effets des différentes circulations et autres mouvements de déstabilisation, demeure essentiel pour la compréhension de n'importe quel comportement de type géopolitique à n'importe quelle échelle géographique. La prise en compte du drapeau en géopolitique a donc trouvé théoriquement un terrain d'étude qui se renouvelle à mesure que se créent de nouvelles entités communautaires avant d'être politiques. C'est une fin légitime pour celui qui nous accompagne tous les jours sans que l'on y prenne garde.

Pour systématiser, on peut penser d'un point de vue géopolitique que le drapeau donne du sens (il dote une communauté, un peuple, une nation, d'un référent identitaire pour la reconnaissance), mais également qu'il contient du sens (particularités nationales et aspirations géopolitiques des Etats). Enfin, il fait sens (il est un acteur majeur décisionnel en amont des problématiques géopolitiques, déterminant par lui-même, par sa puissance symbolique, des comportements géopolitiques).

Finalement, avoir confronté le drapeau avec la géopolitique, c'est avoir appréhendé la géopolitique par une autre voie d'accès, celle des couleurs. Quoi de plus naturel et accessible puisqu'elles sont présentes partout !

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