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Drapeaux, iconographies et géopolitique


par Simon GERMAIN-BATISSE
Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne - Master 1 Géographie 2012
  

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VI - Le drapeau par lui-même, pour lui-même

Ce que révèlent les considérations géopolitiques précédentes, c'est tout simplement la faculté du drapeau à se transformer en véritable acteur géopolitique à part entière. La puissance symbolique se mue en acte géopolitique.

On a jamais autant brûlé de drapeaux dans le monde que maintenant. Qu'il s'agisse du drapeau des Etats-Unis, ou de drapeaux mettant en avant la religion musulmane, qu'il s'agisse brûler le drapeau de son voisin ou de son ennemi, le fait que le drapeau ne peut pas subir ces sévices sans que l'on comprenne qu'il ne se fait pas seulement le représentant d'un pays, signifie qu'il est en lui-même un objet politique à part entière. L'acte symbolique est ici purement géopolitique. Lorsque l'on brûle des drapeaux, on accepte plus l'influence étrangère, les revendications extérieures ou encore des interventions étrangères jugées néfastes pour la souveraineté nationale.

On pourrait simplement doter au drapeau le rôle de simple remplacement matériel d'un pays, il représente tout simplement les intérêts du pays qu'il incarne. Mais le drapeau comporte un autre rôle, un rôle original, son propre rôle. Il représente, au sens où il agit par lui-même. Il expose et s'expose dans un premier temps, puis il exprime et s'exprime dans un second1. Il est

1 Pascal Ory, « L'histoire culturelle face aux images : le drapeau, un enjeu oublié ? ».

comme au théâtre. Sur la scène du monde, le drapeau est une représentation1 : il remplace un acteur (un pays) mais est lui-même acteur. Brûler un drapeau est doublement symbolique : on attaque le pays qu'il représente, mais on l'attaque lui-même, c'est-à-dire que l'on s'attaque au symbole non plus au pays. S'attaquer aux symboles, aux iconographies de manière générale, c'était pour Gottmann « refaire les esprits ». On imagine bien toute la portée que peut incarner la destruction par le feu : c'est une potentielle et officielle source de conflits. Il y là par ailleurs matière à une étude spécifique : comment les différents systèmes juridiques de tous les Etats du monde réagissent-ils à la « flag desecration » (actes de maltraitance du drapeau) et au « flag burning » (le fait de brûler un drapeau, vocable absent dans le français...) ? Que cela révèle-t-il ?

De la même manière, on a montré que l'image d'un drapeau éclipsait provisoirement les intérêts politiques qui orbitent autour. Lorsque le président géorgien, pendant la guerre d'Ossétie du Sud contre les russes en 2009, s'affiche lors d'un discours officiel avec deux drapeaux côte à côte derrière lui, celui de la Géorgie et celui de l'Union Européenne (UE), il n'y a pas de doute concernant l'orientation des choix géopolitiques de la Géorgie. En d'autres termes, le drapeau a dans ce cas remplacé tous les mots, toutes les paroles qu'il aurait fallu pour expliquer sa nouvelle position et sa provocation politique. La présence d'un drapeau fournit ici l'essentiel des données géopolitiques, et dans le même temps a conditionné certains comportements géopolitiques (la Russie a ainsi durcit son action en Ossétie). L'exemple désormais célèbre de cet étudiant japonais qui avait déchiré le drapeau chinois dans les années 1980, avait précipité le gèle des relations diplomatiques entre les deux Etats2. D'où cette impression que la force symbolique du drapeau le double d'une force géopolitique insoupçonnable. Par lui-même, le drapeau fait acte géopolitique. Un acte qui s'est retrouvé en amont de dynamiques géopolitiques qui découlent de la simple vue d'un drapeau. Il n'est plus simplement au service de visées géopolitiques, il tient un premier rôle géopolitique. C'est tout lui redonner sa noblesse passée, son impact que l'on sous-estime, et sa place prédominante dans la géopolitique. Le drapeau est bien une arme géopolitique.

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1 Lire la définition des représentations en géopolitique d'Yves Lacoste dans Le Dictionnaire de Géopolitique, 1993

2 SMITH, 1976 : 87

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Le président Sakashvili de Géorgie lors d'une intervention télévisée avec les drapeaux de la Géorgie et de
l'Union Européenne (UE) côte-à-côte, signe géopolitique fort envoyé à Moscou.

Source : france24.fr

A l'image des certains comportements radicaux qu'il peut précipiter (ne disons-nous pas que nous « mourrons pour l'honneur du drapeau ? »), du courage à la haine, le drapeau, par sa simple présence, peut contenir des enjeux qui le dépasse largement. C'est bien ici toute la puissance symbolique et géopolitique du drapeau.

Une analyse géopolitique se doit ainsi de prendre en compte diverses données. Elle ne doit plus oublier le rôle des symboles, des iconographies, et du drapeau. Ce dernier est même une porte d'accès aux études géopolitiques. En entrant par le drapeau en géopolitique, on peut accéder au lien qui unit un territoire et son peuple, on peut lire l'histoire politique d'un pays, on peut comprendre ce qui motive les autorités qui gouvernent ce pays, on peut analyser les aspirations de ce même Etat et les sources potentielles d'opposition à celui-ci.

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