WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Musiques actuelles en milieu rural - le cas du gà¢tinais sud seine-et-marnais


par Bilitis DELALANDRE
Université Paris-Est Marne-la-vallée - Département histoire - Master 2 Professionnel « Développement Culturel Territorial » 2016
  

précédent sommaire suivant

Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy

2.2. Maintien d'une dynamique vitale â travers les musiques actuelles

D'autres éléments peuvent être valorisés dans le rapport économique des structures musiques actuelles à leur territoire rural. C'est ce que nous avons abordés en filigrane dans la partie précédente, c'est-à-dire la capacité des structures et de leurs projets à développer de l'attractivité sur leur territoire et de générer de manière plus ou moins directe, des retombées économiques. La mobilité accrue des individus, qui sont aussi plus enclins à se déplacer par attrait, pour une proposition artistique spécifique, peut induire une découverte du territoire, et participer à sa vie économique. De même, l'implication des producteurs locaux et des artisans non issus de la filière musicale dans certains projets, génère à la fois des retombées économiques à l'échelle locale, une valeur ajoutée au projet culturel et une inscription plus forte au sein du territoire. Sans réduire l'intérêt du projet à sa capacité de générer une économie locale mesurable, une piste intéressante serait de s'interroger sur la manière dont l'investissement publique peut se traduire en termes de retombées sous formes de dépenses locales (pour un euro investi par les politiques publiques, combien d'euros sont générés localement).

La présence d'une offre musicale diversifiée, dans un cadre atypique, qui jouerait justement sur son caractère « marginal » et décalé, peut participer à la définition d'une identité culturelle locale singulière et attractive. Aussi, à l'heure de « l'hypermobilité » et de la « multi-appartenance territoriale », l'enjeu s'il est d'abord économique, est aussi sociale et

103

démographique. Si pour certains l'arrivée à la campagne n'est pas synonyme de choix, d'autres l'on investit pour y concilier harmonieusement vie professionnelle et vie personnelle. L'implication de certains « néo-ruraux » en matière de projet et de développement d'une offre culturelle témoigne d'un enthousiasme certain pour investir leur territoire, et de répondre, in situ, à leur envies et besoins. Le complexe du territoire dénué de toute attractivité, peut se renverser au profit de propositions qui placent les populations dans un comportement d'acteurs plus que de consommateurs. Et même si chaque territoire rural revêt de caractéristiques propres en termes de flux migratoires, d'appréhension de ces évolutions, de dynamismes de développement et d'ouverture aux nouveaux arrivants, l'enjeu actuel du monde rural est le maintien, voir le développement, des services répondant aux besoins des populations déjà installées ou arrivantes. Comme en témoigne Philippe Berthelot, la présence d'un équipement ou d'une structure dédiée aux pratiques, à la diffusion ou à la répétition peut être déterminante dans l'installation de néo-ruraux et leur désir d'y rester. Ceci constitue donc un véritable enjeu de développement des territoires ruraux pour permettre le maintien du peuplement du territoire, dans le souci de préserver une dynamique vitale.

Si on peut parler d'attentes affirmées en termes de propositions et de pratiques culturelles de la part des urbains nouvellement installés, il ne faut pas occulter celles des populations déjà résidentes, et l'intérêt du développement culturel dans les espaces en déficit d'équipements et de services dédiées à la culture. L'enjeu pour la collectivité n'est pas seulement d'être attractive, en proposant une programmation culturelle et musicale alléchante, mais il s'agit également de tisser et solidifier les liens entre la population et leur territoire. Un enjeu d'autant plus important en milieu rural que celui-ci doit s'adapter à une métropolisation progressive et des territoires aux densités morcelées, ainsi qu'à une tendance à l'entre-soi et à un repli sur l'espace domestique139. Aussi, il ne s'agit pas pour les politiques publiques de réduire le besoin des populations à une demande de consommation culturelle, mais de considérer son intervention dans le respect de leurs droits culturels, en s'attachant concrètement aux préoccupations culturelles des populations. En effet, le droit de participer à la vie culturelle, ne peut exclure ni faire de distinction entre groupe, il s'agit de reconnaître la liberté et la dignité des cultures de chacun, en s'attachant au développement humain.

139 Sibertin-Blanc Mariette, « La culture dans l'action publique des petites villes. Un révélateur des politiques urbaines et recompositions territoriales », Géocarrefour, n°83, 2008

104

De fait, il s'agit de réussir à s'inscrire dans une problématique plus large que celle des musiques actuelles, celle du politique au sens large, celle du vivre ensemble, de l'intérêt général.

3.2. La co-construction, une solution d'avenir ?

Les mutations administratives du territoire actuellement en cours, risquent d'accentuer la fragilité des structures implantées sur le Gâtinais, un territoire relativement attractif. Il devient indispensable de garantir une politique d'ensemble cohérente et généralisée. Il s'agirait s'instaurer une vraie volonté de co-construire, d'impliquer et de sensibiliser chaque partenaire institutionnel et les collectivités territoriales, les acteurs culturels, éducatifs et sociaux du territoire, ainsi que chaque partenaires relevant des acteurs et organisations professionnelles du secteur, dans le souci d'instaurer de véritables politiques partenariales et de donner les moyens de garantir l'équité territoriale.

L'élaboration de conventions d'objectifs et de moyens, pluripartites et pluriannuelles constituerait un acte fort de participation et d'engagement collectif, tout en reconnaissant les missions des acteurs culturels. Proche d'un pacte de confiance, cet outil ne devrait cependant pas se limiter à un instrument uniquement technique qui administrerait les relations entre les acteurs culturels et leurs partenaires. Il ne s'agit pas simplement de valider un projet associatif qui croiserait les politiques publiques en place, mais d'une implication réelle et partagée dans les enjeux culturels qui viendraient nourrir des intentions politiques. La posture de validation à posteriori des collectivités doit ainsi être renversée pour donner lieu à une réelle démarche de co-construction. Cela suppose également la définition d'un partenaire représentatif sur le territoire, un « chef de file » en milieu rural qui donnerait l'impulsion à ce type de démarche, ce qui dans le contexte du Gâtinais peut représenter un frein. En effet, notre analyse a permis notamment d'établir que malgré les liens générés entre structures, les dynamiques créées ou renforcées, il n'existe pas de véritable mouvement fédérateur.

Au niveau des collectivités, l'échelon le plus proche de notre territoire serait l'intercommunalité, qui représente un enjeu d'avenir dans la définition de projets co-construits, seulement la redéfinition en cours de leurs limites et de leurs politiques sur le Gâtinais représente davantage une faiblesse pour mener à bien ce type de démarche. Outre le fait que les compétences culturelles ne font pas partie de leurs compétences obligatoires, mais relève d'une responsabilité encore mal définie, la maturité politique d'un développement culturel territorial à l'échelle de l'intercommunalité ne semble pas atteinte. Les élus sont également en proie à des

105

stratégies individuelles, plus enclins à défendre leurs réseaux et leur territoire individuel, l'identité et la proximité singulière de l'élu étant moins valorisées en termes de retour d'image à travers l'intercommunalité.

Dans ce contexte d'incertitudes, il apparaît que le département serait certainement en mesure d'être un interlocuteur privilégié des territoires ruraux. À l'instar des Scènes Rurales dont il est l'initiateur, il serait possible d'envisager un tel dispositif de coopération entre les projets musiques actuelles, les communes et les lieux en place, dans une dynamique permanente et soutenue. On peut toutefois déplorer le manque de politiques culturelles clairement établies par cette collectivité qui semble avoir des difficultés à véritablement incarner une identité singulière.

En somme, il s'agit de mettre en place une véritable démocratie participative. La définition des politiques culturelles ne revenant plus seulement aux mains des élus et conseillers municipaux, mais à toutes les parties impliquées, en milieu rural, plus qu'ailleurs. Il en va selon Philippe Berthelot d'une « éthique démocratique plus participative » sous l'angle de l'intérêt général, de la cohésion sociale et du vivre-ensemble.

Les Concertations Territoriales pour le développement des musiques actuelles initiées dès 2004 par la constitution du Conseil National des Musiques Actuelles donnant lieu à un texte140 en 2006 cosigné par les participants (État, collectivités territoriales et professionnels) a pour objectif « de définir les cadres des politiques territoriales, de façon concertée » entre l'État, les collectivités territoriales et les acteurs professionnelles (de terrain), à l'aide notamment des SOLIMA, les Schémas d'Orientation pour les Lieux de Musiques Actuelles. Une trentaine d'initiatives de ce type ont été lancées au niveau national. Bien que ponctuelles et éparses ces concertations ont toutefois permis de faire évoluer certains regards et postures portés sur les projets musiques actuelles. Il faudrait bien sûr rendre ce processus de concertation permanant et engager une vraie dynamique sur la durée.

Face à une organisation politique des centralités (qui se retrouve dans la loi Notre), il convient d'initier fortement une démocratie locale, non plus consultative, mais vraiment citoyenne. Toutefois, les concertations supposent un travail de réseau, des capacités d'animation, de savoir faire : mobiliser les populations, les rencontrer, parler, écouter, s'intéresser, sortir de son schéma de fonctionnement et aller aux devants. En effet, la ruralité oblige à l'imagination, à sortir des modèles tout faits. Et cela passe en partie par une lecture

140 Conseil Supérieur des Musiques Actuelles « Pour des politiques publiques nationales et territoriales en faveur des musiques actuelles », 2006

106

attentive du territoire, et notamment de son histoire. Faire place au jeu de solidarité est essentiel, il s'impose même en milieu rural. Espace de tradition, de « débrouillardise », dans lequel il faut savoir s'adapter, « se serrer les coudes ». D'où, encore une fois, l'importance des allers-retours, et de la porosité des projets. Les choses seraient bien plus complexes à établir sans.

107

précédent sommaire suivant






Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy








"Le don sans la technique n'est qu'une maladie"