WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Le port de Kribi. Force ou menace pour la proposition d’inscription des chutes de la lobe sur la liste du patrimoine de l’Unesco et pour l’identité des populations riveraines.


par Suzanne Pulcherie NNOMO ELA
Paris 1-Panthéon Sorbonne - Master Erasmus Mundus TPTI 2016
  

précédent sommaire suivant

Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy

III. Historiographie et méthodologie

Dans cette partie il s'agit d'un point de lecture des publications antérieures plus ou moins liées à notre sujet et qui peuvent être d'une avancée énorme dans nos recherches, il s'agit aussi sans entrer dans les détails, d'amorcer la méthodologie utilisée pour mener à bien nos travaux de recherches.

A. Travaux antécédents en rapport au sujet déjà réalisés

Pour mieux cibler nos lectures, nous avons d'abord recherché les mots et groupes de

mots-clés de notre sujet. Ces mots clés identifiés nous ont permis de cibler une bibliographie.

Les mots clés ressortis ici sont :

- Port (Complexe industrialo portuaire) ;

- Paysage culturel ;

- Force /Menace pour la gestion et la protection d'un site paysage ;

- La prise en compte et la gestion des populations riveraines.

Dans un ordre aléatoire, nous avons essayé de comprendre, au-delà de la définition proposée par l'UNESCO, dans l'introduction, l'étymologie du concept de Paysage culturel, son origine, et les différents contextes où il est utilisé ; et surtout apprécier si ce concept a une traduction identique dans toutes les cultures du Monde, mais plus encore savoir quel est le degré e similitude entre un Paysage culturel européen et celui asiatique ou encore africain ? Le concept Paysage culturel n'est pas récent. Les premières définitions datent du XXe siècle, selon P.J. Fowler, dans la publication « World Héritage Cultural Landscapes 1992-2002 » dont il est l'auteur, les origines conceptuelles du terme, non pas dans le sens actuel, se trouvent dans les écrits des historiens allemands et des géographes français entre le milieu et la fin du le XIXe siècle. Le concept Paysage culturel a été apparemment inventé dans le monde universitaire au XXème siècle précédent8. Il continue en affirmant que ce terme, et particulièrement cette idée a été promue par le Professeur Carl Sauer et l'École de Berkeley de géographies humaines aux USA dans les années 1920 et les années 30 ». Carl Sauer9 dans son livre intitulé, « Themorphology of Landscape », publié en 1926 ou il dit : « Le

8«The conceptual origins of the term, but not the actual phrase, lie in the writings of German historians and French geographers in the mid/later 19th century»; FOWLER, P.J, «World Heritage Cultural Landscapes 19922002» in World Heritage Papers, UNESCO, Paris, p 18.

9 SAUER, Carl, «The Morphology of landscape», in University of California Publications in Geography 2, 1926.

16

paysage culturel est façonné à partir d'un paysage naturel par un groupe de culture. La culture est l'agent, l'environnement naturel le moyen, et le paysage culturel en est le résultat » ;citation rbeprise par Fowler10 qui estime que : « Plus prosaïque est cette définition par Wagner et Mikesell11 qui, bien que vieille de plus de 40 ans, pourrait encore se présenter comme une expression de l'idée de base qui sous-tend le concept du patrimoine mondial : « le Paysage culturel est un produit concret et caractéristique de l'interaction entre une communauté humaine donnée, incarnant certaines préférences et potentialités culturelles, et un ensemble particulier de circonstances naturelles. Il est un héritage de plusieurs époques de l'évolution naturelle et de nombreuses générations de l'effort humain »12. Buckle Robert, dans son livre, Managing cultural landscapes,a case study of Stirling, Alberta13, cite Melnick14 qui étudiait l'Histoire orale dans les districts où il réalisait des inventaires des Paysages culturels, et les a stockées dans des bases de données. Il a proposé une méthode d'inventaire et a lui-même inventorié 4 types de paysages. Il a identifié les paysages Naturels, culturels, visuels et pensés. Dans sa définition du paysage culturel, il pense que les influences culturelles sont des résultats matériels des changements qui affectent le paysage par le fait des choses/objets comme l'habitat humain, le transport, l'aménagement du territoire, les routes, et les clôtures. Mais cependant l'idée qu'un paysage culturel n'était pas une notion standard a commencé à prendre forme et à cet effet Fowler cite aussi Melnick en sa page 22 ; il définit la notion de paysage culturel dans un contexte africain : « Le paysage culturel est une manifestation tangible des actions humaines et des croyances établies au sein ou en dehors du paysage naturel »15. Cette même idée de paysage culturel contextuel est reprise par Véronique Zamant dans son article intitulé « Subtiles divergences. Le patrimoine carioca entre « paisagem cultural » et « paysage culturel »16, donne une définition du Paysage dans le

10 «The cultural landscape is fashioned from a natural landscape by a culture group. Culture is the agent, the natural area the medium, the cultural landscape the result», FOWLER, P.J, «World Heritage Cultural Landscapes 1992-2002» in World Heritage Papers, UNESCO, Paris, P.22

11 WAGNER, Phillip Laurence; MIKESELL,MarvinW, Reading in Cultural Geography,University of Chicago Presse,1962.

12 « Cultural Landscape a concrete and characteristic product of the interplay between a given human community, embodying certain cultural preferences and potentials, and a particular set of natural circumstances. It is a heritage of many eras of natural evolution and of many generations of human effort ». Carl Sauer', Themorphology of Landscape, University of California Publications in Geography , 1926,P.22

13 BUCKLE, Robert, Managing cultural landscapes: A case study of Stirling, Alberta. In: 15th ICOMOS General Assembly and International Symposium: «Monuments and sites in their setting - conserving cultural heritage in changing townscapes and landscapes», 2005, 17 - 21 octobre 2005, Xi'an, China,

14 MELNICK R.Z. «Cultural Landscapes: Rural Historic Districts in the National Park System», Washington D.C., U.S. Department of the Interior, National Park Service,1984,

15 « The cultural landscape is a tangible manifestation of human actions and beliefs set against and within the natural landscape »

16ZAMANT, Véronique, « Subtiles divergences. Le patrimoine carioca entre « paisagem cultural » et « paysage culturel », in Les vocabulaires locaux du "patrimoine". Traductions, négociations et transformations, édité par

17

contexte Brésilien. Pour elle, « la Catégorie paysage culturel tel que considéré par l'UNESCO relève d'une perception du réel qui ne trouve pas écho dans certains contextes géoculturels dont celui du Brésil »17. Vu ce constat, les institutions patrimoniales du Brésil ont décidé de s'interroger sur leurs propres catégories patrimoniales et à se positionner par rapport à la notion du Patrimoine. Cette démarche n'est cependant pas isolée, car depuis que la Convention du patrimoine mondial est devenue le premier instrument juridique international à reconnaître et à protéger les paysages culturels en 1992, lors de sa 16ème session, en adoptant par la même occasion des orientations devant conduire à leur inscription sur la Liste du patrimoine mondial, les cas de contextualisations des paysages culturels ont été encouragés. Parlant du cas du continent africain, des experts se sont réunies plus d'une fois pour trouver une définition qui sied mieux au paysage culturel dans un contexte africain. Nous parlerons de la réunion organisée par l'UNESCO à Tiwi, au Kenya, du 09 au 14 mars 1999 sur le thème : « La Convention du Patrimoine mondial et les paysages culturels en Afrique »18. Cette réunion avait pour objectifs entre autres d'identifier de nouveaux types de sites aux fins d'aboutir à une meilleure représentativité du patrimoine culturel et naturel. En raison de leurs caractéristiques, la protection du Patrimoine culturel est souvent complexe, nécessitant des modes de gestion adaptées où les communautés locales jouent un rôle important. Ainsi, l'Expert A. Mumma du Kenya, dans son article intitulé « Aspects juridiques de la protection des paysages culturels en Afrique »19 pense que sur la base des critères de Valeur Universelle Exceptionnelles formulés par la Convention en ce qui concerne les Patrimoines culturels, la notion de protection est fondamentale ; aussi pense-t-il, pour les pays africains, la possibilité de s'appuyer sur des mécanismes de protection assurée par le système de gestion traditionnelle, améliore les perspectives pour les paysages culturels africains de pouvoir satisfaire aux critères de classement. Il a évoqué à cet effet la théorie du pluralisme juridique et cite un article intitulé « water rights and policy » écrit par Von Benda-Beckman et al20, où les auteurs font remarquer que les perceptions des gens sont rarement déterminées par un cadre monolithique normatif et unidimensionnel, et ce serait

BONDAZ, Julien ; GRAEZER BIDEAU, Florence ; ISNART, Cyril ; LEBLON, Anais ; Eds Sociale de l'Université de Fribourg, 2014, pp.87-105.

17 Idem, p. 88

18 ROSSLER, M. &SAOUMA-FORREO, G; La Convention du Patrimoine mondial et les paysages culturels en Afrique, Unesco, 2000

19 MUMMA, Albert, Legal aspects of cultural landscapes protection in Africa, in « la convention du patrimoine mondial et les paysages cul turels en afrique », Réunion d'experts - tiwi, kenya 9-14 mars 1999, Editors Mechtild Rossler Galia Saouma-Forero, Unesco, 2000, p 25 ;

20 VON BENDA - Beckman et AL, Water Rights and Policy, in « The Role of Law in Natural Resources Management », Spiertz, 7 & Wiber, M. G. eds, VUGA 1997;

18

d'avantage la caractéristique des sociétés non-occidentales, car le notions de droit coutumier y jouent un rôle important dans la plupart des relations et des activités et les droits de propriétés pluralistes et contradictoires sont à l'ordre du jour. Ceci dit, certains auteurs estiment que le paysage culturel n'est pas un bien statique et il est amené à changer et pour cela nécessite une planification, à cet effet Buckle Robert dans le même ouvrage cité plus haut, pense que les paysages culturels étant en constante évolution, une planification d'un paysage doit trouver un juste équilibre entre la planification de ces changements et de la conservation du paysage culturel par rapport au contexte de la ressource ; pour cela elle doit suivre une démarche holistique qui comprend la recherche, l'inventaire et l'analyse des différentes catégories du Paysage culturel, en l'occurrence ceux identifiés par Melnick évoqués ci -dessus. Il serait donc intéressant de se pencher sur des exemples de grands emménagements industriels près des paysages culturels ou naturels, et voir comment s'est fait la prise en compte de l'environnement immédiat. L'exemple le plus illustratif nous vient de La zone industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer, implantée entre Crau et Camargue(France), qui est un projet d'aménagement du territoire datant des années 70. Le projet a créé un fort bassin d'emploi et placé à Fos-sur-Mer, troisième port pétrolier mondial. Mais le port autonome de Marseille, propriétaire de la zone, impose l'implantation d'un incinérateur de déchets et d'un terminal méthanier sur la plage du Cavaou. Cela contre l'avis des habitants regroupés en « Association de défense et protection du littoral du golf de Fos ». Cette association a adressé une note à l'attention de Madame la Secrétaire d'état à l'écologie de France en octobre 2009. Cette note collective est intitulée « Les enjeux environnementaux liés à la Zone Industrialo-Portuaire de Fos »,21 (ZIF). D'après ce document, « le territoire de la ZIF présente donc une richesse et une diversité biologiques exceptionnelles à la fois au niveau national et communautaire. Six unités écologiques sont présentes dans la ZIF (...) auxquels s'ajoutent des espaces agricoles et des espaces interstitiels au sein des zones aménagées »22. En effet, ces unités écologiques abriteraient encore aujourd'hui l'essentiel de l'avifaune emblématique de la plaine de Crau : faucon crécerellette (Falco naumanni), ganga cata (Pterocles alchata), outarde canepetière, (Tetrax tetrax),oedicnème criard (Burhinus oedicnemus). A en croire les auteurs de ce document, la ZIF possède une richesse exceptionnelle en faune, flore, et en avifaune et un écosystème d'une diversité extraordinaire unique en France, mais malheureusement, une grande partie de ce territoire est menacé à court ou moyen terme par

21 « Note sur les enjeux environnementaux liés à la ZI de Fos » in Les enjeux environnementaux liés à la Zone Industrialo-Portuaire de Fos », Note collective, Octobre 2009, Fos, consulté sur internet le 06 juin 2016

22 Idem, p. 5.

19

des projets d'aménagements et plus globalement, par le projet de la zone industrialo portuaire. La partie deux de ce document dénonce les choix du port comme une catastrophe pour l'environnement avec force détails23. En effet c'est en 1957 que le gouvernement décide de la création de la Zone Industrialo-portuaire de Fos. Son aménagement bénéficie d'importants investissements publics. 10.000 hectares de réserves foncières sont constitués dans l'optique d'un projet démesuré pouvant rivaliser avec les grandes places portuaires d'Europe du Nord (Rotterdam, Anvers, Hambourg...). Le territoire va connaître une transformation rapide et profonde aboutissant au remodelage intégral du trait de côte entre Port-Saint-Louis et Fos. L'année 1968 marque le début des constructions portuaires : Construction d'une digue à la mer pour abriter les terminaux pétroliers, creusement de trois darses, remblaiement de trois mille hectares de zones humides. En périphérie de la zone portuaire, des carrières sont mises en exploitation sur plus de 200 ha de coussouls. Les principales unités industrielles du Golfe de Fos (Solmer - aujourd'hui ArcelorMittal -, Ascometal, SPSE) sont implantées jusqu'au début des années 70. Tous ces aménagements sont facilités à l'époque par l'absence d'un cadre juridique permettant de prendre en compte l'environnement. A la fin des années 90, le Port Autonome de Marseille envisage la relance de l'activité portuaire et le redéploiement des aménagements sur son territoire, dans un contexte où la prise en compte de l'environnement a profondément évolué. Sur le plan juridique d'une part, avec notamment la Loi de Protection de la Nature établie en 1976, la loi Littoral en 1986 et les directives européennes « Oiseaux » de 1979 et « Habitats, Faune, Flore » de 1992, mais aussi au niveau de l'opinion publique, plusieurs projets récents comme l'incinérateur des ordures ménagères de Marseille et le terminal méthanier du Cavaou suscitant une très vive opposition des populations riveraines.

Ce ressentiment des populations a pour conséquence, le début de la prise en compte par le Port Autonome de Marseille en 1999, du patrimoine naturel dans le zonage de ses aménagements, en établissant un Diagnostic environnemental de la Zone Industrialo-Portuaire de Fos. A la demande du port, cette étude rassemble à l'époque les informations disponibles sur la faune et la flore, sans toutefois s'appuyer sur un travail approfondi d'investigation sur le terrain. Elle tente d'identifier, de cartographier et de hiérarchiser les enjeux environnementaux du territoire, tout en établissant une synthèse cartographique des contraintes réglementaires existantes. Malgré le caractère forcément incomplet du diagnostic et les besoins d'amélioration des connaissances que ses auteurs identifient pourtant très

23 Ibidem, p.13

20

clairement, le Port Autonome s'appuie uniquement sur ce travail pour intégrer les enjeux liés au patrimoine naturel dans l'établissement des Schémas directeurs des Bassins Ouest. Ces Schémas directeurs traduisent la vision du port pour l'aménagement global du territoire à l'horizon 2020. L'analyse dans ce chapitre démontre que les projets d'aménagement du port ne font aucun cas des enjeux écologiques, en détruisant le patrimoine naturel des zones aménageables avec pour conséquence immédiate la perte de la biodiversité de la zone. De même les auteurs dénoncent la ZIF de faire des choix qui ignorent les enjeux de santé publique et de n'avoir pas tenus les engagements pris au départ. En effet, Les riverains s'inquiètent car les concentrations des multiples polluants auxquels ils sont exposés ne répondent pas aux exigences européennes en matière de qualité de l'air. Des médecins témoignent de l'augmentation anormale de pathologies qu'ils ont, pour certaines, du mal à diagnostiquer, et en l'absence (ou la non-publication) de données sanitaires, de registre des cancers et d'étude épidémiologique tend à entretenir un doute alarmant sur les impacts réels des activités industrielles et de transport sur la santé des riverains et des travailleurs. De même lors des consultations au début du projet, les responsables du port ont promis la construction de certaines infrastructures, mais qui jusqu'au moment de la rédaction de cette note, n'avaient pas encore vu le jour, tels :

Création d'un observatoire de l'environnement de la ZIF en vue du suivi des impacts de la ZIF dans lesquels devait être créé notamment un comité scientifique ;

Création d'un pôle d'accueil nature et développement durable ;

Mise en place du contrat de baie pour le golfe de Fos ;

Participation à une structure pérenne de concertation sur la ZIP.

Le collectif des Associatif qui a initié cette correspondance conclut en observant que le développement de la ZIF a des effets bien au -delà de ses limites et que les espaces naturels les plus remarquables aux alentours (Réserve Nationale de Camargue, Réserve Nationale des coussouls de Crau, Espaces du Conservatoire du Littoral) sont fortement impactés par la pollution chronique et par les pollutions accidentelles comme lors de la récente « catastrophe écologique » de Crau24, mais plus encore que c'est un projet stratégique porteur de beaucoup d'inquiétudes pour l'avenir.

24 Vendredi 7 août, pour des causes encore indéterminées, la fuite d'un oléoduc a entraîné la propagation de 4 000m3 de pétrole brut sur cinq hectares de terres protégées. Au-delà de l'impact écologique, un vrai désastre pour la Réserve Naturelle des Coussouls de Crau, c'est aussi la sécurité de ce type d'installation qui est en cause, Communiqué de presse, Ville de Saint -Martin de Crau, 12 aout 2009, www.ville-saint-martin-de-crau.fr, consulté le 15/05/16.

précédent sommaire suivant






Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy








"Là où il n'y a pas d'espoir, nous devons l'inventer"   Albert Camus