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Diversité floristique et dynamique de la végétation ligneuse dans le lac Fitri


par Bourdjolbo TCHOUDIBA
Universitéé de Ndjamena/Tchad - Master 2 2017
  

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4.3. La perception de la dynamique de la végétation ligneuse par les populations locales

Les récits sur l'évolution des paysages sont similaires aussi bien chez les Bilala que chez les Arabes pasteurs et agro-pasteurs. Ils décrivent l'évolution du paysage de la même manière : le passage d'un milieu écologique équilibré à un certain dysfonctionnement sous l'effet de facteurs multiples. Selon les témoignages, il y a de cela plus de 50 ans, la zone de Fitri était caractérisée par une végétation abondante, dense et très diversifiée. Elle est de type forêt claire et l'eau renfermait d'hippopotames et des crocodiles. Les nombreuses faunes sauvages qui y vivaient représentaient un danger redoutable pour les hommes.

Les mêmes sources rapportent en outre que la population était en revanche peu nombreuse. Les villages, dispersés au milieu du lac étaient éloignés les uns des autres. Les maladies épidémiques ainsi que les guerres ont pendant très longtemps ralenti la croissance démographique. Cela expliquerait la très faible pression de l'homme sur l'espace et sur les ressources végétales.

En effet, avant les années 2000, les surfaces emblavées n'atteignaient pas la moitié de celles observées aujourd'hui. Cela laisse comprendre que les surfaces occupées par les cultures ont doublé ou triplé à cause de la rapide croissance démographique associée aux variabilités pluviométriques interannuelles. En cette période, la végétation en général et la végétation ligneuse en particulier étaient très dense si bien que les animaux sauvages venaient jusqu'aux villages.

Ensuite, la création de plusieurs villages dont le nombre de la population est passé de 42 000 en 1993 à 110 403 en 2009 (RGPH2, 2009)), ont entrainé la création de nouveaux champs provoquant ainsi une dynamique régressive des formations ligneuses. Cette situation est à la base d'un grand flux (hommes etanimaux) vers des endroits humides parmi lesquels la région du lac Fitri s'inscrit en tête de listeaprès le lac-Tchad.

Les populations signalent également que le choix des espaces habitables, des zones agricoles, d'élevage, de pêches, de cueillettes... sont presque toutes situées dans les zones les plus humides du lac Fitri. Ces zones étaient occupées dans la plupart des cas par les peuplements d'Acacia nilotica(« Garat » en arabe local et « birdi » en bilala), accompagnés de Balanites aégyptiaca (Hidjilidj en arabe et Rahanga en bilala), Acacia albida(« Haraz » en arabe local et « didi » en bilala), Bauhinia rufesens(« Koulkoul » en arabe et « Bessé » en bilala), Acaciasieberiana(« Kouk » en arabe local), Mitragynainermis(« Angato » en arabe local)... Ces différentes espèces ligneuses citées affectionnent l'humidité et se développent le long du lac dans les proches abords. Mais aujourd'hui avec une demande accrue d'espace pour les productions agricoles et les activités pastorales, les peuplements de ces différentes espèces ligneuses se trouvent en grande partie décimés. Les agriculteurs déboisent pour l'installation des champs de « berbéré» et des cultures maraichères et les éleveurs par les techniques d'émondage, d'élagage, d'effeuillage et d'ébranchage mal maitrisées détruisent les groupements d'épineux afin de faire paitre leurs troupeaux et construire des enclos. Les éleveurs installent le plus souvent leur campement aux abords immédiats du lac, dans les endroits à végétation ligneuse et herbacée très denses et diversifiées.

Les éleveurs, souvent des transhumants arabes sont désignés par les Bilala comme des vrais destructeurs de l'environnement. Selon les agriculteurs, ils sont contraints de créer de nouveaux champs près du lac car suite à la diminution des précipitations, l'eau du lac n'atteint plus lors des périodes de crue, les anciens lits d'inondation où ont été installés leurs anciens champs. Ils sont donc obligés de défricher les terrains argilo-limoneux profonds ou vertisols occupés le plus souvent par les Acacia nilotica et/ou Acacia seyal espèces ligneuses qui affectionnent ces mêmes types de sols que le sorgho de décrue. Plusieurs hectares d'espaces boisés sont ainsi détruits chaque année dans le lac Fitri pour faire place aux champs ou aux habitations (campements, village...). Cela constitue l'une de principales causes de la dynamique régressive de la végétation ligneuse observée dans le Fitri entrainant ainsi la rareté de plusieurs essences ligneuses.

Selon toujours les autochtones, une autre cause de la régression de la végétation ligneuse dans le lac Fitri est l'utilisation de certaines espèces ligneuses dans la fabrication des pirogues. L'espèce la plus concernée par cette pratique est l'Acacia albida dont la disparition a été signaléedans l'île de Moudo 1 où le seul moyen de déplacement demeure la pirogue fabriquée à base du tronc de l'espèce.

Avec la loi interdisant la coupe du bois par le gouvernement tchadien depuis 2006 appuyée par la vulgarisation des pirogues en planches, l'espèce Acacia Albida et d'autres espèces ligneuses utilisées dans cette activité ont commencé à être protégées.Cela a permis leur régénération et ces espèces sont aujourd'huiobservables en nombre dans la région du lac surtout aux abords et sur les îles.

Le débat sur la sauvegarde de l'environnement est divergeant quand on passe le temps avec les sages de la région dans les différentes localités. Certains pensent que l'enclavement de la région du lac Fitri devrait favoriser la conservation de ses ressourcesen raison de sa position dans une zone basse sans infrastructures routières adéquates. Mais le constat est tout à fait le contraire car la zone du Fitri se trouve parmi les zones humides les plus anthropisées au Tchad. Cela s'explique par sa position à la lisière du Sahara dans une zone de transition entre le nord désertique dépourvu des ressources agropastorales pourtant riche en nombre de bétail et le sud, base de ressources agropastorales aujourd'hui intensément dégradée.

Pour la majorité des populations du lac Fitri et surtout les autorités en charge de la protection de l'environnement, l'une des principales causes de la dynamique régressive de la ressource végétale ainsi que les autres ressources naturelles demeurent l'intensification des activités agro-sylvio-pastorales. Celles-ci sont provoquées par la pression démographique accompagnée deseffets de schangements climatiques qui se manifestent à travers les sècheresses, les inondations, les vents violents, les canicules,...

Concernant le classement du Lac Fitri comme Réserve de la Biosphère sous le Programme l'Homme et la Biosphère de l'UNESCO et comme site d'importance internationale sous la convention sur les zones humides d'importance internationale (Convention de Ramsardepuis 1989 par décret n°773/PR/MTE/8 du 02 octobre 1989), toutes les personnes enquêtées pensent que ces conventions n'ont rien apporté comme changement dans la politique de conservation de la biodiversité du lac. En effet, aucune mesure efficace de protection de l'environnement n'est appliquée. Et si la situation perdure, nous assisterons à la disparition du lac Fitri.

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