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Le processus de création dans le milieu du Cirque nouveau

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par Angélique Reculeau
Université Bordeaux 3 Michel de Montaigne - DUT carrières sociales 2011
  

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I- Approche et contextualisation

1-Le cirque

Il est apparu nécessaire d'effectuer une approche de l'histoire du cirque afin de situer au mieux et de comprendre le domaine de la recherche réalisée.

a- Etat des lieux

Il est vrai que pour la plupart des français, selon une étude réalisée en 1993 sur la fréquentation et l'image du cirque2, le cirque est identifié comme étant un spectacle familial et bariolé qui se donne en piste, de préférence sous chapiteau, comportant une douzaine de numéros différents , exaltant l'héroïsme et la performance en allant toujours plus haut, plus vite. Cette définition hégémonique est ancrée dans l'inconscient collectif.

b- Définition

Le cirque est défini comme étant « une vaste enceinte de forme ovale où se déroulent, dans la Rome antique, les « ludi», jeux publics qui offrent à l'excitation des foules, des chasses, des combats variés et des courses de chars. »3

Le mot cirque « désigne le lieu où se donnent des spectacles aussi bien que la troupe ou l'entreprise qui les proposent, ou encore une pratique, un genre : aller au cirque, le cirque Untel, faire du cirque... »4. Il est vrai que la notion de cirque est très large c'est un mot polysémique difficile à définir. En effet, désormais certains spectacles de cirque se déroulent sur des scènes de théâtre et non plus dans des chapiteaux, d'où la difficulté de donner un genre à un spectacle où sont présents les arts du cirque du fait de la multiplicité des arts présents dans un spectacle (danse, théâtre, arts plastiques...).

2 L'étude «La fréquentation et l'image du cirque» réalisée en 1993 a éét coordonnée par B. Goudard.

3 Jacob, Pascal, Le cirque : du théâtre équestre aux arts de la piste , p 223.

4 Goudard, Philippe, Le cirque, entre l'élan et la chute : une esthétique du risque, p19.

c- Histoire du cirque

· Ses origines

Les documents les plus anciens représentent des scènes de cirque remontant à 3500 ans avant J.-C, à Cnossos, un mur peint a été retrouvé montrant de jeunes athlètes se livrant à des exercices sur un taureau. Il y a 3000 ans, les Egyptiens organisaient des défilés de bêtes sauvages venues de toute l'Afrique: lions, chameaux, éléphants...Ailleurs la tradition acrobatique est elle aussi importante, les Cyzicéniens en Asie étaientt d'excellents danseurs de corde et de nombreux documents hindoux ont été retrouvés présentant ainsi d'étonnants contorsionnistes et équilibristes.

· Naissance du cirque moderne

Mais c'est au XVIII ème siècle que le cirque fit réellement son apparition. La paternité du cirque est habituellement attribué à Philip Astley, cavalier anglais. A partir de 1768, il loue un champ à Londres et y dresse des barrières. Il s'y produira en spectacle « la course du tailleur à Brentford » en proposant une série d'exercices acrobatiques à cheval qui étonne et conquiert le public. Philippe Astley impose le cercle comme composante indispensable du spectacle. S'en suit un développement des troupes de cirque dit « traditionnel » jusqu'en 1970 (cirque Napoléon, Rancy, Ringling, Fratellini, Zavatta) et de l'apparition du clown vers les années 1850 faisant ainsi rire le public par ses maladresses et s'essayant à toute les disciplines. Le spectacle est une suite de numéros n'ayant aucun rapport les uns avec les autres, il y a toujours une douzaine de numéros présentés d'une durée d'environ huit minutes. Il est vrai que le cirque est particulièrement un art du spectacle visuel, il n'y a donc aucune barrière de la langue, par conséquent il peut facilement être diffusé dans d'autres pays différents de la langue natale des artistes circassiens. Au début du XIXème siècle, les compagnies vont donc entreprendre des tournées mondiales.


· Le renouveau du cirque

Peu après la seconde guerre mondiale, dans les années 50, le cirque traditionnel connaît une crise et une désaffection du public qui s'explique notamment par la généralisation de la radio et de la télévision. Dans les années 70, de jeunes artistes de cirque essaient alors de renouveler les arts du cirque en apportant quelques modifications : Le spectacle n'a plus forcément lieu sous un chapiteau ni autour d'une piste circulaire mais il peut également se dérouler sur des scènes de théâtre ou dans la rue. Disparition des numéros de dressage et du personnage systématique de Monsieur Loyal. Le spectacle est conçu comme étant une seule et même histoire et non plus une succession de numéros sans lien entre eux. Le cirque s'ouvre vers d'autres disciplines qui sont intégrées dans les spectacles : théâtre, danse, arts de la rue, vidéo, marionnettes...) C'est ce qu'on appelle « le cirque nouveau ».5

Le cirque nouveau appelé aussi cirque contemporain, a la chance de pouvoir bénéficier de subventions, exemple quasi-unique au monde. Des écoles sont présentes en France dont le CNAC6, qui forme les artistes aux techniques et aux réalités du monde du cirque : production de spectacles, apprentissage de la vie nomade, montage de chapiteaux, maîtrise technique... Tout cela afin de contribuer à l'émancipation du cirque et de donner un rôle essentiel aux créateurs. Cette école existe depuis 1985 grâce au soutien du ministère de la Culture et de la Communication, il y a donc un accompagnement politique présent.


· Classification

Le cirque se compose de différentes spécialités et approches pouvant être classées de différentes manières.

Henry Thétard par exemple dans « La merveilleuse histoire du cirque » propose une
classification des différentes spécialités en une dizaine de rubriques : 1. Le tapis, 2.
Equilibristes et jongleurs, 3. Danseurs et funambules, 4. Gymnastes et aériens, 5. Le

5 http://www.theatresendracenie.com.

6 Centre national des arts du cirque se situant à Châlons-en-Champagne .

cheval, 6. Dompteurs et dresseurs, 7. Le clown, 8. Tableaux vivants et pantomime, 9. Illusionnistes, fakirs, 10. Exotiques et slide-show »7 .

Tristan Rémy propose avec son « Tableau des acrobaties spectaculaires », une classification étant plus considérée comme étant un répertoire qu'une définition de chaque spécialité. On y retrouve « 1. Equilibres à terre, 2. Sauts à terre, 3. Jongleurs, 4. Danse de corde et funambulisme, 5. Acrobaties aériennes, 6. Arts équestre, 7. Acrobaties sur roues, 8. Pantomime sautant et clownesque, 9. Athlètes et hommes ou femmes de force »8.

Il est par ailleurs, difficile de classer ces disciplines car chacun en a sa propre approche. En 1989, Philippe Goudard, Michel Boura et Philippe Perrin sont parvenus à classifier quarte familles où toutes les disciplines peuvent être regroupées : acrobatie, manipulations d'objets, dressage et jeu burlesque.9

Ainsi réunis en quatre familles selon les compétences qu'elles requièrent et le type d'actions qui y sont produites, les disciplines du cirque se trouvent affranchies des références classiques et distinctions critiques, et les artistes retrouvent la liberté de créer les formes dont ils rêvent.10


· Cirque contemporain et traditionnel : les différences

Seul ou à plusieurs, avec ou sans matériel, c'est une activité de production d'effets, de communication d'émotions chez les spectateurs, conciliant la dimension d'exploit, de prouesses techniques, avec celle de composition, de création, de chorégraphie. Il semble a priori difficile de définir le cirque contemporain tant il est polysémique du fait que les univers de chaque compagnie y sont différents. On tentera cependant de donner quelques éléments permettant de saisir en quoi ce que l'on a appelé le nouveau cirque constitue une rupture avec le cirque dit traditionnel.

Notons que le nouveau cirque lorsqu'il est apparu a revu, mais pas forcément simultanément, ni conjointement, tous les codes du cirque traditionnel.

7 Thétard, 1947, 1978.

8 Hotier, 1987.

9 Goudard, 1989, 1992.

10 Goudard, Philippe, Le cirque, entre l'élan et la chute : une esthétique du risque, Editions Espaces 34,

2010, Montpellier, p 22.

Tout d'abord dans le cirque traditionnel, la scène est la piste qui se trouve au centre du chapiteau, elle fait 13m de diamètre renvoyant à l'histoire et au théâtre équestre. Ce cercle peut nous faire penser au cercle de famille. Alors que dans le nouveau cirque la piste n'est pas forcement ronde, le spectacle peut être diffusé sur une scène, investir un espace conventionnel ou encore en inventer de nouveau.

Le spectacle dans le milieu traditionnel est quant à lui une suite de numéros sans rapport les uns aux autres d'une durée d'environ 8 minutes, les artistes présents pour le spectacle ont rarement conçu le spectacle ensemble, les numéros peuvent être présentés dans un ordre différent d'un spectacle à l'autre. Monsieur « Loyal », le clown vient combler le temps entre les différents numéros pour les changements d'agrès en s'essayant aux différents agrès, se ridiculisant afin de gagner le rire de chacun des spectateurs. De plus, l'ordre des numéros obéit à des techniques et à une hiérarchisation des émotions, il y a un pallier de émotions croissantes où l'artiste prend de plus en plus de risques et où l'émerveillement et la peur sont au rendez-vous au niveau des émotions qui naîssent des exploits. Les artistes sont souvent sollicités par les applaudissements des spectateurs pour aller plus haut, plus vite, plus loin. Les artistes n'ont pas de texte et l'univers est caractérisé par une présence qui fait l'esthétique du cirque traditionnel, c'est à dire les couleurs, les sons, les odeurs : omniprésence du rouge et du brillant, des étoiles, des objets ronds ou coniques, des roulements de tambour, des odeurs de crottin et de barbe à papa.

Les artistes du cirque contemporain utilisent quant à eux des techniques corporelles pour évoluer sur la piste. Elles sont variées et peuvent être soit dansées, jouées (théâtre). C'est une fusion des arts. Ici le terme de performance corporelle est relégué au second plan. Il y a une écriture poétique et le spectacle ne se déroule pas en succession de numéros n'ayant rien avoir les uns avec les autres ; un message, une histoire est transmis au public qui l'interprète à sa façon. La dimension esthétique est plus importante, chaque compagnie possède une atmosphère singulière. L'émotion est visuelle et propre à chaque individu. Les animaux y sont d'ailleurs très peu présents contrairement au milieu du cirque traditionnel.

P. Goudard dans « Le cirque, entre l'élan et la chute » défini le terme de « nouveau cirque » avec celui de « cirque contemporain » comme étant en rupture avec la composition traditionnelle de programmes au cirque, en proposant des créations basées sur

les mêmes disciplines mais dans un genre théâtral, chorégraphique ou encore inspiré par les arts plastiques etc. Il désigne le cirque actuel comme l'ensemble où co-existent les formes de cirques traditionnels, nouveaux et contemporains.

Cette recherche sera donc orientée sur le cirque nouveau car d'après les recherches qui ont été menées, et grâce aux différents entretiens effectués, le cirque nouveau m'a paru être la forme de cirque la plus adaptée aux pratiques des artistes interrogés.

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