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Le processus de création dans le milieu du Cirque nouveau

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par Angélique Reculeau
Université Bordeaux 3 Michel de Montaigne - DUT carrières sociales 2011
  

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b- Description de la recherche

Ces deux élèves ont été choisis ensemble pour rechercher durant un mois et une semaine afin de travailler sur les temps de recherches prévus à cet effet. Cette recherche débouchera sur une représentation en public.

Lorsque les deux élèves ont eu le sujet, ils ont choisi de travailler davantage sur la recherche que dans la technique, c'est à dire qu'il y a eu un temps de réflexion avant de monter sur le plateau pour rechercher les mouvements. Ils étaient tout les deux désireux d'avoir une approche abstraite de cette oeuvre, faire en sorte qu'il puisse y avoir plusieurs lectures ou interprétations possibles.

Après avoir lu l'histoire de Don Quichotte, ils ont analysé les problèmes qu'elle pouvait soulever et une liste de thèmes et de mots a été constituée sous forme de brainstorming. Il en a été ressorti le thème de la raison et de la folie, du rêve, de la réalité puis de l'identité, du rapport entre le fou et le jugement des autres, du regard de la société. Puis des thématiques se sont développées telles que l'identité ou encore « être soi-même et être l'autre ».

Il est vrai qu'entre la réflexion et la pratique ce n'est pas évident de mettre en forme les actes qu'on a pensé. Après avoir gardé comme thèmes « être soi-même ou être l'autre », ils se sont mis en situation sous les conseils de leurs professeurs qui les a orienté pour jouer à être l'autre, imiter, donner des illusions afin de ressembler à l'autre. Beaucoup d'idées ont émergé mais un problème s'est posé : il n'y avait pas de lien entre les différentes actions et les différents gestes trouvés susceptibles d'être intéressants à montrer.

Tout en gardant en tête la contrainte et le thème, ils ont donc cherché à savoir la raison pour laquelle ils allaient rentrer sur le plateau26. Les élevés ont donc cherché leurs caractéristiques personnelles, l'un d'eux était vu comme étant maniaque et l'autre d'humeur taquine.

Il y a donc eu une période d'improvisation, chacun jouait son propre rôle en exagérant leurs caractéristiques. Emilien a donc décidé de compter ses pas en faisant un carré au sol et l'autre élève, Rosaline l'a imité. Cela a crée de la matière, ils ont cherché un moment où ils pourraient y avoir confrontation mais il y a eu un blocage, plus de jeu entre eux, ils ne savaient pas quoi faire après avoir crée cette confrontation.

Après avoir sollicité les conseils de l'intervenant qui encadrait ces moments de recherches ce dernier s'est rendu compte que derrière les actions qu'ont fait ces élèves il n'y avait pas réellement d'objectifs, pas de réelle intention de jeu, pas de but final à cette rencontre.

Ce qui peut donc nous permettre de soulever cette question : Est-ce que créer c'est jouer? Si oui a quel jeu ?

Il faut savoir que dans ce temps de recherche pour l'instant aucun objet n'est présent, se sont seulement les deux personnes qui sont mises en scène. Afin de trouver un objectif Emilien a donc introduit des balles au sein de cette rencontre et a continué à marcher autour de son carré imaginaire en y déposant une balle à chaque coin, Rosaline quant à elle le suivait 2 mètres plus loin et les récupérait sans qu'il s'en aperçoive au début en suivant le

26 Le plateau désigne ici la scène ou ce déroule le numéro devant le public.

même chemin que lui jusqu'à temps qu'il s'en aperçoive et puisse créer cette rencontre.

L'objectif a pu être défini, le but était que le jongleur puisse récupérer ses balles d'une façon ou d'une autre. A partir de ce moment là la recherche a pu continuer par l'improvisation en essayant différentes manières de provoquer cette rencontre, (mimétisme, jeu de cache cache, portés acrobatiques...). Plusieurs mouvements ont été trouvés et ont été programmés de façon à ce que cette rencontre entre les deux individus puisse être évolutive.

Une trame a donc pu être organisée : Au début, il s 'y passe un jeu de cache cache, puis du mime de la part de Rosaline mais aussi du contact avec les balles qui sont entre eux, puis des portés acrobatiques ensemble (Fig 1 et 2). La relation c'est donc transformée entre eux par le fait qu'il y a eu des moments d'improvisation et de jeu qui ont permis de trouver ce concept. C'est donc bien le thème « être soi » qui ressort de ce numéro, le corps a, selon l'élève interviewé, « assimilé la réflexion » qui avait été faite au début de la recherche. L'improvisation a pris une direction et a gardé un lien avec cette contrainte imposée au début, bien que sur le temps de recherche les deux élèves n'y pensaientt pas tout le temps.

Figure 1 Figure 2

J'ai demandé quelles étaient les motivations pour ces deux élèves qui permettaient de continuer à chercher de nouvelles idées à chaque fois qu'ils avaient un blocage, pourquoi n'arrêtaient ils pas ?

La question sur le fait de s'arrêter ne s'est pas posée car les élèves sont conscients que dans
leur avenir professionnel ils seront confrontés à des difficultés de mise en place d'un

spectacle ou d'un numéro. Se retrouver face à des difficultés durant ces temps de recherche leur permet donc de trouver comment les affronter afin de recommencer au mieux les fois prochaines en ayant intégré les différentes solutions possibles pour palier à ces difficultés rencontrées. La motivation principale était d'apprendre.

Pour ce qui est de la dimension esthétique (ce qui se réfère à la notion du beau, c'est à dire qui cause une vive impression capable de susciter l'admiration en raison de ses qualités supérieures dépassant la norme ou la moyenne) je lui ai demandé quelles approches avait-il eu durant ce temps de recherche. Le fait qu'il y ai plusieurs niveaux de lecture était important c'est à dire que le spectateur puisse interpréter de différentes manières possibles la création.

La matérialisation de l'espace visuelle était important dans le sens où il fallait qu'il y ai une fluidité dans les mouvements construits, les déplacements devaient être limpides et non saccadés, ce qui casseraient l'émotion transmise par ces deux circassiens.

Les élèves ne se sont pas inspirés de précédents numéros qu'ils avaient pu voir ou faire si ce n'est l'assimilation des différentes techniques acquises lors des précédentes étapes de recherche de l'année. Ils ne se sont pas fiés à un modèle.

J'ai demandé par la suite s'ils considéraient que ce qu'ils avaient produit était une performance artistique. Il m'a été répondu que non ce n'en était pas une, la performance est plus visible au sein du cirque dit « traditionnel » ou là le circassien va essayer de réussir un exploit (jongler avec le plus de balles possible, sauter de plus en plus haut, tenter des figures de plus en plus dangereuse...) sans forcément chercher à transmettre un message. Il a donc été compris que le définition du mot performance n'était pas la même pour chacun d'entre nous, cet élève parlait de performance comme une « performance sportive » et non de performance « artistique » qui s'inscrit dans l'art vivant et où différents arts s'y croisent et produisent un effet sur le public. Cet élève se dit faire du cirque contemporain et/ou nouveau dans le sens ou il y a beaucoup de recherches derrière un numéro où la technique est intégrée. Je me suis rendue compte aussi qu'il y avait beaucoup de jeu théâtral et de jeu d'acteur.

Pour ce qui est de la part d'improvisation durant le spectacle, il y en a une bonne partie. Tant que les élèves gardent leur objectif final, ils peuvent se le permettre. Les principales orientations du numéro sont définies aupréalablement mais il est moins frustrant et angoissant de laisser une part d'improvisation pour les artistes que de tout écrire noir sur blanc pour chacun des gestes effectués. L'effet rendu risquerait de faire moins naturel, surjoué. Notons que durant la représentation du numéro les élèves ne pensaient pas à jouer un rôle, ils étaient vraiment eux (en référence au thème choisi) ce qui leur a permis de trouver plus de confiance en eux.

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