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Le processus de création dans le milieu du Cirque nouveau

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par Angélique Reculeau
Université Bordeaux 3 Michel de Montaigne - DUT carrières sociales 2011
  

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2- Commencer

Tout spectacle se crée de manière chronologique, avec un début et une fin. Pour ce qui est du commencement il a été choisi d'approfondir les notions du propos, de fil conducteur et de l'écriture qui sont trois éléments apparaissant dans le cirque nouveau.

a- Entre propos et fil conducteur : « Qu'ai je à dire et pourquoi ? »

Le fil conducteur est un nouveau moyen qui apparaît dans le cirque nouveau et contemporain. En effet, une histoire a lieu durant le spectacle comparé au cirque traditionnel. Cela peut être sous la forme d'une histoire, d'un personnage récurant, d'un propos politique, esthétique, poétique,performant, historique, artistique...

Créer ensemble au sein d'une compagnie est assez récent, avant chaque artiste effectuait son propre numéro sans se soucier de ceux des autres, il n'y avait pas de fil conducteur entre chaque passage.

Pour Maryka Lissardi, metteur en scène de la Bivouac Compagnie, le propos a été choisi par elle-même puis il s'est discuté ensuite avec tous les artistes afin que chacun d'eux soit d'un commun accord. Il est effectivement important que chacun d'entre eux soit d'avis favorable à cette proposition afin de pouvoir créer dans un environnement suffisamment agréable.

Pour ce qui est du fil conducteur, la compagnie s'appuie toujours sur les propositions de la metteur en scène, pour le spectacle en création c'est la notion de cycle, du rond, tourner en rond qui est permanent. En effet, la structure est circulaire et il a été découvert durant l'entretien que dans chaque spectacle produit cette notion de forme circulaire et de phase cyclique réapparaissait inconsciemment par la metteur en scène, elle s'en ai d'ailleurs rendu compte durant l'entretien, elle-même ne savait pas pourquoi cette thématique revenait sans cesse et il nous a paru difficile de savoir pourquoi cette

récurrence s'effectuait. Mais cela confirme que lors du processus de création, au niveau de l'inconscient, une activité s'y produit et fait surface au niveau du conscient.

b- L'écriture

L'écriture peut se définir comme étant « la représentation de la parole et de la pensée par des signes graphiques conventionnels ». C'est aussi « un système de signes graphiques permettant cette représentation », « une manière, l'art de s'exprimer ». Ecrire c'est « tracés les signes d'un système d'écriture, les assembler pour représenter la parole ou la pensée ».27

Tout processus de création nécessite une écriture afin de mettre des mots sur les actes effectués, pour garder en mémoire la matière et l'élaborer par la suite afin de constituer l'oeuvre finale.

Le corps est le premier instrument d'écriture d'une oeuvre mais les composantes du cirque sont multiples, il n'existe donc pas une écriture officielle car le cirque emprunte différentes disciplines artistiques. A la différence d'autres formes artistiques, le cirque n'est fondé sur aucun critère académique, il n'y a donc aucune règle et principe de fixé28. En revanche on peut observer qu'il y en a certaine qui sont souvent utilisées.

Au jonglage par exemple, il a été observé que l'élève utilisait une notation pour indiquer le mouvement de ses balles en fonction du morceau de musique qui l'accompagnait. Ainsi l'écriture était sous forme de chiffre et colorée. La couleur indiquait la main droite ou gauche.

Un canevas ou un synopsis a été réalisé sous forme écrite par cet élève permettant de contextualiser et de définir le cadre, laissant une place importante à l'improvisation. En revanche pour ce qui est du spectacle de clown ou de type théâtral, une notation dite littéraire peut être mise en place : textes, dialogues, indications scéniques29. Pour certains

27 Larousse, 2001, p 361.

28 Hodak-Druel Caroline, Entre la prouesse et l'écriture, In Wallon, Emmanuel, (dirigé par), Le cirque au risque de l'art, p 145

29 Ibid.

agrès comme le trapèze ou les acrobaties au sol, des notations existent, elles représentent les chronologies d'actions corporelles pour la réalisation d'une figures ainsi que l'indication graphique, alphabétique ou numérique des trajectoires à effectuer30.

Le brainstorming est un mode d'écriture qui a été relevé lors de l'entretien avec l'élève. Selon lui, cette méthode est « l'improvisation écrite », ce sont des mots qui viennent à l'esprit en relation avec un thème donné auparavant sur lesquels les artistes vont pouvoir s'exprimer.

Lors de l'entretien avec la metteur en scène de la Bivouac Compagnie, il a été découvert un autre mode d'écriture permettant d'un jour à l'autre de se souvenir des gestes, des transitions entre ces derniers : l'outil numérique. En effet, filmer les répétitions ou encore les moments d'improvisation permet aux artistes de voir, d'améliorer et de retravailler leur travail et leur technique. Par exemple, sur beaucoup de sites internet de compagnies de cirque ou de théâtre, il y a possibilité de s'informer de l'avancée d'un projet de création.

L'artiste et l'archiviste disposent aujourd'hui de photographies, de dessins, de notes et de vidéos comme étant des traces concrètes de spectacle. Ils reflètent l'histoire de la création et de l'interprétation des oeuvres. Néanmoins, ces notes et dessins des artistes et créateurs, témoins de leurs travaux, sont « [des] mémoires graphiques [qui] n'ont de valeur que pour leurs seuls auteurs et dans un temps limité. »31

Quant aux photographies et vidéos, elles sont l'expression du point de vue des photographes ou vidéastes. Elles reflètent l'histoire de l'interprétation d'une pièce. Le lecteur voit un spectacle au travers du regard du photographe/vidéaste. Il s'agit là de documents historiques de la vie d'une oeuvre. Or, l'oeuvre existe aussi indépendamment de

30 Goudard, Philippe, Le cirque, entre l'élan et la chute : une esthétique du risque, p. 49.

31 CHALLET-HAAS, Jacqueline, « Tradition orale-transmission écrit » In Arts de la Piste, p.

son interprétation par des artistes. Si l'oeuvre est intemporelle, sa prise en charge par des artistes est temporelle. Alors que les documents visuels témoignent de son histoire, la partition en est sa transcription.32

Il existe une notation de mouvement Benesh qui est basée sur la perception visuelle du mouvement. La lecture se fait de gauche à droite, on peut la combiner avec d'autres écritures, comme la notation de la musique, l'écriture de textes.

Différentes dimensions du mouvement sont intégrées dans cette écriture comme le placement et les mouvements du corps, l'espace (orientation de l'acteur, relation entre personnes), le temps, le rythme et la dynamique, les objets et la relation de l'acteur à l'objet (ex : chaise, balle, trapèze).33

32 WOLF Kati, Ecrire le cirque ? La Notation de Mouvement Benesh pour les arts du cirque, p. 11.

33 Ibid p. 12.

C'est donc un mode d'écriture qui englobe beaucoup de dimensions mais qui nécessite un apprentissage ainsi qu'une écriture relativement longue à produire. Cela n'est donc pas évident à mettre en place.

Guy Carrara34 distingue deux types d'écriture : l'écriture préalable et l'écriture de restitution. La première est dans le cadre du processus de création et de la réalisation de l'oeuvre. « Elle formalise l'outil qui permettra la communication entre les différents partenaires (metteur en scène, décorateur, concepteur lumière, vidéaste, artistes, techniciens...) ». La seconde écriture sert pour la transmission de l'oeuvre et pour la constitution d'un répertoire. Cela peut être une transcription d'une oeuvre déjà réalisée, décrite et commentée ou captation vidéo montrant la réalisation du spectacle. L'écriture au cirque est composite et multiple. Elle peut être comparée à celle du cinéma qui a longtemps emprunté ses signes graphiques à d'autres arts avant que ne s'impose une écriture

34 Carrara Guy, L'écriture au cirque, une approche, In Les Arts de la piste 37-38, p.75.

cinématographique. Le cirque nouveau va t'il lui aussi acquérir une écriture propre ou va t'il demeurer rebelle à toutes références et codifications académiques ?

Il est donc vrai que dans le cirque nouveau il n'y a pas de notation ou d'écriture prédefinie, c'est un art aux composantes multiples. Le fait d'écrire au cirque n'est pas une obligation nécessaire à la réalisation d'une oeuvre, on peut créer sans aucune notation. A partir de simple canevas ou scénario simplifiés, les artistes peuvent développer l'improvisation et leur pratique en l'adaptant.35Le fait qu'il n'y ai pas d'écriture de fixée peut engendrer un frein à la constitution du patrimoine circassien écrit.

35 Ibid., p. 50.

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