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Les commémorations du 11 novembre en Belgique francophone pendant l'entre-deux-guerres. Les cas de Bruxelles, Liège et Mons

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par Emeline WYNANTS
Université de Liège - Master en histoire 2012
  

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2.4.3 Le choix de l'inconnu 

2.4.3.1 L'exemple français.

Le choix du Soldat Inconnu français devait servir d'exemple à notre pays, c'est pourquoi, nous exposons brièvement son déroulement404(*).

Dans la nuit du 9 au 10 novembre 1920, neuf dépouilles non identifiées - une par secteur de la zone des armées405(*)- devaient arriver à Verdun. Au final, seuls huit corps sont mis en bière car sur l'un des secteurs - pour garder l'anonymat le plus complet, il n'est pas précisé lequel-, il a été impossible de trouver un corps français parfaitement non identifiable.406(*)

Le 10 novembre, à l'intérieur de la citadelle, le ministre des pensions André Maginot, accompagné de cinq veuves, cinq mutilés, cinq soldats et cinq vétérans de 1870, entre dans la chapelle ardente, installée pour l'occasion. Des hommes du 132e régiment montent la garde autour des corps de leurs camarades tombés au combat. Un jeune caporal, Auguste Thin, est choisi par le ministre pour désigner le Soldat Inconnu à l'aide d'un bouquet cueilli sur le champ de bataille de Verdun. Il a fait lentement presque deux fois le tour des catafalques identiques avant de fleurir le sixième cercueil en partant de droite, devant lequel, aussitôt redressé, il se met au « garde à vous », tandis que la Marseillaise retentit.407(*)

2.4.3.2 Le choix de l'Inconnu Belge

Le choix du Soldat Inconnu belge se déroule sur le même principe que le choix du Soldat Inconnu français. Des corps non identifiés de soldats tombés lors des défenses de Liège, Namur, Anvers, sur le front de l'Yser et lors de l'offensive libératrice de 1918 dans les Flandres sont exhumés des cimetières militaires du pays.408(*) Le 10 novembre, les cinq cercueils de chêne, surmontés d'une croix noire, sont placés dans la salle d'attente des premières classes de la gare de Bruges dès 8h45. 409(*)

Figure 8La Nation Belge, 11 novembre 1922, p.2

A leur arrivée, une délégation de l'armée est présente, les clairons sonnent et les drapeaux du 4e régiment de ligne, du 8e lanciers et du 7e d'artillerie viennent s'incliner devant eux. Un service d'honneur est assuré par des Invalides et des officiers de la garnison. A10h, l'évêque de Bruges célèbre, à la cathédrale, un service solennel pour le repos de l'âme des soldats inconnus. A 16h30, en présence du général Maglinse - chef d'Etat-Major général-, du Colonel Giron - chef du cabinet du ministre de la défense-, des lieutenants colonels Goffin et van der Eycken, du commandant Declercq et de délégationsd'Anciens Combattants, Albert Devèze410(*), ministre de la défense nationale, est conduit dans la chapelle. Là, l'aveugle de guerre, Raymond Haesebroeck411(*), attend le ministre qui le prend par le bras et lui dit : « Je vais vous faire toucher le cercueil des cinq camarades qui sont ici. Après cela vous choisirez celui qui doit être enterré à Bruxelles ». Raymond Haesebroeck fait halte devant chaque bière afin de se rendre compte par lui-même de la présence des cinq corps. L'aveugle les touche de la main et les compte à haute voix, puis fait trois pas en arrière, de manière à se trouver en face du cercueil du milieu. Ici, les récits diverges, Haesebroeck aurait dit « le quatrième à gauche »412(*) ou « le deuxième à droite »413(*). Quelles que soient les paroles qui furent prononcées, le cercueil désigné est le même, l'avant-dernier. Raymond Haesebroeck dépose aux pieds du catafalque la couronne de laurier que lui tend le ministre de la défense, suite à quoi, un dernier salut aux morts est réalisé. 414(*)

Deux versions circulent également sur la réponse d'Haesebroeck lorsque le général de Longueville lui demande d'expliquer son choix. La première veut que, lors de son service militaire, on lui ait appris « en avant par 4, à droite par 3 ». La deuxième version dit qu'il aurait pensé en défilant devant chaque cercueil « Première division d'Armée, premier groupe, premier escadron, premier peloton ». 415(*)

* 404 Comme nous l'avons montré dans la partie consacrée au concept de soldat inconnu, de nombreuses études ont été réalisées sur le sujet. Le lecteur y trouvera donc une description plus détaillée de ce choix.

* 405 Les neuf secteurs sont: l'Alsace, l'Artois, la Belgique, la Lorraine, le Chemin des Dames, la Champagne, la Somme, Verdun et la Marne.

* 406LE NAOUR J-Y., Le Soldat inconnu, La Guerre, la mort, la mémoire, Paris, Découvertes Gallimard, 2008, p. 38-39.

* 407JAGIELSKi J-F., Le Soldat Inconnu : invention et postérité d'un symbole, Paris, Imago, 2005, p.91-95.

* 408BALACE F., « Le soldat inconnu belge : du lieu de mémoire au lieu d'affrontement », in COCHET F. et GRANDHOMME J-N. (dir.), Les Soldats Inconnus de la Grande Guerre : La mort, le deuil, la mémoire, Paris, SOTECA, 14-18 Editions, 2012, p.373 ; L'Indépendance Belge, 14 novembre 1922, p.5

* 409Le Soir, 11 novembre 1922, p.2., L'indépendance Belge, 11 novembre 1922, p.5 ; La Dernière Heure, 11 novembre 1922, p.1

* 410Albert Devèze (6 juin 1881- 28 novembre 1859): issu d'une famille de militaires, Albert Devèze se destine aux lettres jusqu'à la mort de sa mère, puis embrasse le droit et est proclamé docteur en 1902. Il est un franc-maçon actif notamment lorsque le parlement veut voter une loi interdisant aux soldats de faire partie d'une loge. Dès 1905, il rejoint le parti libéral, il est plutôt de tendance progressiste puisqu'il donne son appui à des thèmes tels que le suffrage universel ou la question sociale. Il passe très vite les étapes de la hiérarchie politique (conseiller, bourgmestre, député,...). Il sera Ministre de la Défense Nationale à deux reprises : de novembre 1920 à août 1923 et de décembre 1932 à mai 1936. Ses opinions francophiles, pro-wallonnes et militaristes lui coûtent son poste au lendemain des élections de mai 1936.

LANNEAU C., « Devèze Albert », in Nouvelle Biographie Nationale, tome 9, Bruxelles, Emile Bruylant, 2007 p. 148-153.

* 411Raymond Haesebroeck (5 octobre 1892- 25 août 1951): Raymond (ou Reilnold ou Renaud, selon les documents de son dossier) Haesebroeck (aussi orthographié Haezebroeck ou Haesebroock) a toujours vécu dans la région de Bruges. En 1912, il est milicien au premier escadron du troisième lancier. Le 23 octobre 1917, en tentant de sauver un camarade, il est touché par des éclats d'obus et devient totalement aveugle. Son dossier militaire nous apprend également que ce soldat fut sur le front dès les premiers jours de la guerre et qu'il y resta pendant 39 mois. Le 15 mai 1918, le décret royal n°5060 lui accorde la croix de chevalier de l'ordre de Léopold deux avec palme ainsi que la croix de guerre avec palme. Le 16 juin 1920, il reçoit la médaille commémorative de la guerre 1914-1918 et la médaille de la victoire. Le décret royal n° 16469, du 4 octobre 1928, lui octroie la croix de l'Yser, le n°1000 du 15 novembre 1935, la croix du feu. Le 21 juillet 1936, il reçoit la croix d'officier de l'ordre de Léopold II par le décret royal n°1348. Enfin, le décret royal n°2800, du 15 novembre 1939, lui accorde une palme supplémentaire sur le ruban de la croix de guerre.

(Dossier Militaire de Raymond Haesebroeck. Fourni par l'adjudant Xavier van Tilborg, dossier en format pdf, n°154293).

* 412La Nation Belge, 11 novembre 1922, p.2 ; Le Soir, 11 novembre 1922, p.2 ; L'indépendance Belge, 11 novembre 1922, p.5 ; La Dernière Heure, 12 novembre 1922, p.3

* 413La Province, 12 novembre 1922, p.2.

* 414La Nation Belge, 11 novembre 1922, p.2 ; Le Soir, 11 novembre 1922, p.5 ; L'indépendance Belge, 11 novembre 1922, p.5 ; La Dernière Heure, 11 novembre 1922, p.1

* 415SERVICE DU PROTOCOLE INTÉRIEUR, « Le 11 novembre », {en ligne : http://www.ibz.rrn.fgov.be/fileadmin/user_upload/DGIP/communications/Newsletter/Focus-06-FR.pdf} (dernière mise à jour en 2011, page consultée le 5 juillet 2013).

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