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Interactions et ancrage territorial des industries créatives: le cas de la Belle-de-Mai à  Marseille


par hélène sEVERIN
Université Aix-Marseille - Master 2 géographie du développement 2015
  

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2. Le cluster fondé sur des industries innovantes et compétitives

a) FLORIDA et la classe créative

Richard FLORIDA est sans doute l'un des chercheurs les plus connus ayant travaillé sur la créativité. Il a d'ailleurs développé une thèse de la classe créative10(*). Sa théorie se base sur un lien entre le potentiel créatif d'un espace géographique ou d'une catégorie de la population en particulier et l'innovation nécessaire au développement économique. Elle a été beaucoup critiquée, et notamment d'un point de vue méthodologique puisque la définition de la « classe créative » est assez floue et qu'il y a un manque de rigueur dans la construction scientifique de ce concept.

La théorie de Richard FLORIDA s'inscrit dans la suite des travaux de VEBLEN (1899) et MILLS (1951) qui avaient déjà, à l'époque, constaté l'émergence d'une classe sociale selon l'évolution économique urbaine. Elle fait également suite aux travaux de l'école de Chicago qui prônent l'influence du mode de vie urbain sur la personnalité des individus.

La « classe créative » serait donc une classe qui regrouperait des personnes qui élaborent de nouvelles idées, technologies et contenus créatifs. La ville est pour lui le lieu de la créativité et de l'innovation. Les centre-ville, du fait qu'il concentre un plus grand nombre de population, serait à l'origine de l'innovation (c'est également ce que défend Lewis MUMFORD, 1970). Il définit même « the creative ethos », soit pas traduction, des génies de la créativité. Selon lui, the « humancreativityismultifaceted and multidimensional »11(*), soit par traduction la créativité humaine est à multiples facettes et multidimensionnelle. La place des « creative ethos » est importante dans la création d'activités nouvelles, et c'est ce qu'il étudie dans sa thèse.Il associe le développement des villes à la place de ces génies créatifs. Il décrit « le capital créatif » comme étant le capital humain qui caractérise le potentiel d'innovation en milieu urbain. Il relie également le développement des villes avec le principe des trois T, c'est-à-dire la Tolérance, les Technologies et le Talent. FLORIDA s'oppose également à certaine théorie comme celle de Philippe AYDALOT qui place le territoire comme facteur générateur de l'innovation et non pas l'individu (AYDALOT, 1986).

Les critiques qui ont émergées sont celles qui remettent en cause le fait qu'une concentration dite créative engendre l'innovation et la croissance économique. Certains chercheurs comme LANG (2006), SHEARMUR (2006), MALANGA (2005) et KOTKIN (2004) considèrent que la classe créative de Richard FLORIDA est inexploitable puisqu'elle n'a pas de fondement empirique et aucune méthodologie scientifique. Finalement, FLORIDA se base sur sa propre définition du capital humain qui serait, selon lui, la clé du développement économique en milieu urbain. La ville doit même, selon lui, s'adapter au besoin de cette catégorie professionnelle pour pouvoir la faire venir et surtout la faire rester puisqu'elle est nécessaire à son développement économique.

Le concept de FLORIDA est tout de même repris dans de nombreuses villes. Il semble plus simple d'attirer les « créatifs » que d'attirer des entreprises entières. Premièrement, c'est moins couteux et deuxièmement, ce sera un choix personnel et non un choix de groupe. Richard FLORIDA a d'ailleurs été consulté dans de nombreuses villes Nord-Américaines et ses concertations ont permis la mise en place de politiques spécifiques dans les années 2000 pour attirer la classe créative. ZIMMERMAN décide d'étudier le développement de ces villes en 2008, et il découvre que les résultats à l'échelle de l'agglomération sont inexistants12(*).Il n'y a ni plus ni moins de créatifs dans la population depuis huit ans, les directives ayant été mises en place en 2000. Mais FLORIDA reste très repris.En Europe, par exemple, les politiques de développements artistiques et culturelles se servent de sa théorie. Le discours qui a permis ces politiques se trouve dans la nécessaire attraction des créatifs. On trouve aussi, à coté de ces aides au développement culturel, des politiques pour attirer le créatif. En effet, selon FLORIDA, « the creative ethos » choisissent une ville pour s'y installer sur la base de la qualité de vie, de l'ambiance urbaine, de l'ouverture aux minorités et de la vitalité des activités culturelles. C'est donc plutôt des facteurs urbains qui ne sont pas du tout traditionnels, comme le serait l'emploi, les rémunérations, ou les infrastructures.

Finalement, la thèse de FLORIDA est un peu paradoxale. Selon lui, les créatifs sont attirés par des facteurs « soft ». Ces mêmes facteurs sont créés par des politiques urbaines et culturelles et donc par le développement économique. Et, toujours selon lui, le développement économique et culturel n'est possible que par la présence de la « classe créative ». Il serait donc intéressant de voir, dans notre étude réalisée à la Belle-de-Mai, pourquoi les créatifs sont venus s'installer sur ce territoire. Nous pourrions également les interroger sur leur mobilité,c'est-à-dire d'où viennent-ils et depuis combien de temps sont-ils ici.

* 10 TREMBLAY Remy et TREMBLAY Diane-Gabrielle, 2010, La classe créative selon Richard FLORIDA, un paradigme urbain ?, Presses universitaures de Rennes, 222p.

* 11 FLORIDA Richard, 2002, The Rise of the Creative Class, New-York, BookHolders, p21

* 12ZIMMERMANN Jean-Benoît, 2008, « Le territoire dans l'analyse économique » in Proximité géographique et proximité organisée, Revue française de gestion, n° 184, p. 105-118.

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