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Interactions et ancrage territorial des industries créatives: le cas de la Belle-de-Mai à  Marseille


par hélène sEVERIN
Université Aix-Marseille - Master 2 géographie du développement 2015
  

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b) Le principe de proximité : point clé de la réussite du cluster

En suivant le concept que nous venons de présenter, le cluster se définit par un ensemble de créatifs qui se trouvent sur un territoire créatif où l'innovation est possible. Mais pas seulement. Le tout doit fonctionner en synergie et l'institutionnalisation ou les labels ne suffisent pas : il faut qu'il y ait de la proximité entre les créatifs. D'un coté, il faut que les acteurs soient proches géographiquement, puisqu'ils sont sur un même espace, mais aussi qu'il y ait une certaine organisation qui se mette en place entre eux.

- Proximité géographique :

On constate, dans toutes les définitions du concept de cluster, l'importance de la proximité géographique. Pour que des entreprises s'organisent et s'affrontent, il faut qu'elles soient en lien direct, c'est-à-dire à proximité géographique. Bien que la mobilité des acteurs et l'innovation des technologies de communications et de transports ont permis de rapprocher les personnes qui travaillaient autrefois à longue distance, celles-ci ne permettent pas de créer un écosystème de type cluster. Les partenariats à distance restent de l'ordre du contractuel, alors que les interactions à proximité sont aussi des rapports physiques entre les acteurs. Elles permettent aussi de mettre en concurrence des industries d'un même secteur qui sont sur un même lieu. Leurs interactions font leur force et leur attractivité et leur proximité fait leur compétitivité. Certains clusters se rapprochent même du district marshallien, c'est-à-dire qu'ils reposent sur la proximité spatiale d'un même secteur culturel ou créatif.

Mais au-delà du fait que la synergie d'entreprises est importante entre les industries d'un cluster, les partenariats avec des entreprises venues d'autres territoires ne sont-ils pas tout aussi importants ? Dans un cluster se met en place un réseau qui permet aux entreprises d'échanger leurs compétences et de travailler en synergie. Mais comme nous avons pu le voir à travers la définition de la proximité, tout est relatif. La synergie peut tout aussi bien s'établir avec des entreprises venues d'ailleurs, l'échange de savoir-faire aussi. Finalement, il semble important de stipuler que, pour qu'un écosystème soit de type cluster, les entreprises doivent obligatoirement être proches géographiquement et être en synergie les unes avec les autres, même si elles le sont aussi avec des entreprises de l'extérieur. C'est ce que fait d'ailleurs PORTER, dans sa définition, puisque selon lui, un cluster est "un groupe d'entreprises et d'institutions partageant un même domaine de compétences, proches géographiquement, reliées entre elles et complémentaires" (PORTER, 1999).

D'autres chercheurs, comme LEHMANN (2004) et MENZEL (2005) ont mis en avant le fait que la proximité spatiale semblerait aller en faveur de la diffusion de connaissances tacites et explicites. MENZEL a d'ailleurs décrit l'« effet cafétéria » par lequel les gens entrent en contact de façon non formelle et échangent des informations auxquelles ils n'auraient sans doute jamais eu accès sans cela. En fin de compte, la proximité géographique permet de mettre les acteurs en confiance et leur donne envie de faire des efforts supplémentaires pour que des échanges naissent.

- Proximité organisée

La proximité organisée, qui correspond à la corrélation entre des entreprises qui partagent des savoir-faire et des connaissances communes, et, au même titre que la proximité géographique, un point indispensable à la création d'un cluster.

André TORRE (2010) par exemple, réalise un schéma d'articulation des proximités organisées et géographiques. Dans le cas P1, ce sont des entreprises ou personnes qui se trouvent à proximité sans pour autant échanger.

Graphique 2 : articulation des proximités géographique et organisée. Source : André TORRE, 2010

La situation P2 illustre le cas où les entreprises ne sont pas sur le même lieu et ne se rencontrent pas. La possible mise en interactions repose sur les actions d'individus ou d'institutions. Enfin, le cas P3 est le cas des Systèmes Localisés de Production. Ce sont des réseaux d'innovation au sein desquels la proximité géographique et organisée favorisent la mise en processus d'interactions et coordinations. C'est grâce à ce rapport proximité géographique et organisée que les entreprises sont en synergie au sein d'un cluster.

Mais la proximité organisée doit être déclenchée par des actions. Il doit aussi y avoir certains liens à activer. C'est pourquoi, bien que le cluster soit souvent défini simplement par ces deux premières proximités, la proximité sociale et la proximité institutionnelle semblentaussi avoir toute leur importance, c'est pourquoi nous avons choisi de dédier notre prochain chapitre à l'étude dynamique des proximités. Ce chapitre nous permettra ainsi de mieux comprendre les dynamiques du cluster où proximité géographique et organisée permettent aux entreprises d'interagir et de collaborer.

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