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Interactions et ancrage territorial des industries créatives: le cas de la Belle-de-Mai à  Marseille


par hélène sEVERIN
Université Aix-Marseille - Master 2 géographie du développement 2015
  

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b) La proximité géographique : lorsque l'espace influx sur les interactions

Selon BEURET et TORRE (2012), « la Proximité Géographique se rapporte à la distance entre les acteurs, pondérée par le coût monétaire et temporel de son franchissement. Dans son acception la plus simple, il s'agit du nombre de mètres ou de kilomètres qui séparent deux entités. ». Cette notion est donc liée à une distance kilométrique entre deux entités qui peuvent être des individus, des organisations, des villes, etc.

Puisque la proximité géographique se rapporte à une distance à parcourir, elle est relative (RALLET, TORRE, 2004). Les caractéristiques morphologiques, la disponibilité des infrastructures de transports, la richesse des individus qui utilisent ces transports, la perception de la distance qui diverge selon l'âge, le groupe social, le sexe, la profession, peuvent modifier la proximité géographique (ou la distance par extension). Ainsi, selon la perception des uns qui diffère de celle des autres, la proximité peut devenir distance et vis-versa. Bien que sociale et subjective, la proximité géographique peut être, à un instant t, considéré comme une donnée de l'espace physique représentant une contrainte.

TORRE (2010) ajoute à cette définition que les actions des acteurs économique et sociaux peuvent activer ou modifier la proximité géographique. En effet, les acteurs vont plus ou moins chercher à se rapprocher de certaines personnes, de certains lieux. Ils peuvent tout à fait avoir besoin d'une proximité permanente -dû soit à une localisation jugée appropriée ou par une installation à proximité de -, comme d'une proximité temporaire -où il n'y a pas de changement de localisation mais seulement des mobilités-. Aussi, la proximité n'est pas toujours choisie. On peut alors distinguer deux types de proximité géographique :

- Recherchée : les acteurs cherchent à se rapprocher d'une manière temporaire ou permanente ;

- Subie : situation ou les acteurs se voient imposer la proximité géographique d'autres acteurs, d'objets techniques ou de lieux, sans pouvoir se déplacer. Dans ce cas, la proximité peut devenir négative.

De plus, certains travaux expliquent que les agents tendent à se rapprocher pour bénéficier d'échanges de biens, de travails, d'informations ou d'autres connaissances. C'est notamment le cas de la théorie de KRUGMAN (1995). Selon lui, ce rapprochement qui favorise certaines externalités conduit à une inégale répartition des localisations d'activités productives. En effet, les liens créés au sein d'une localité permettent de renforcer cette dernière au détriment des autres. Chaque producteur souhaite renforcer le marché sur un seul site, évitant ainsi les coûts importants d'échelle (lié notamment au transport). Néanmoins, selon RALLET et TORRE (2005) qui réalise une certaine critique de cette théorie, les externalités ne sont pas forcement accessible par la simple proximité géographique. Aussi, elles n'expliquent pas le besoin de proximité géographique.

On a tendance à expliquer le processus de concentration spatiale par l'existence d'externalité directes de proximité géographique. Selon RALLET et TORRE (2001), « on appelle externalité directe de proximité géographique toute interdépendance directe entre agents requérant la proximité géographique pour se réaliser, quelle que soit la forme de l'externalité, pécuniaire ou technologique ». Selon cette explication, les personnes se regroupent parce que la proximité géographique est nécessaire à la réalisation de leur interaction. C'est en partie la réponse donner par LUCAS (1988) à la question de la localisation des activités industrielles, mais aussi par la nouvelle géographie économique (notamment KRUGMAN, 1991) qui analyse le rapprochement des agents économiques dans le fait qu'ils entretiennent des relations d'échanges de biens ou de travail (d'autres auteurs mettent l'accent sur le transfert de connaissances (FELDMAN et MASSARD, 2002)).

Malgré le fait que les externalités sont, par définition, de proximité, cet aspect est rarement démontré. La recherche de proximité n'est plus mise en avant dans les stratégies des entreprises. Bien au contraire, certaines entreprises insistent sur le fait que la mobilité est primordiale à leur développement. Pourtant, la littérature qui traite des questions spatiales semble admettre la proximité géographique.

Finalement, il faut peut-être s'interroger sur le rôle de la territorialité, de la proximité géographique, dans une économie de plus en plus fondée sur de la dé-territorialisation. Il faut donc intégrer d'autres recherches à celle de la proximité purement géographique. L'augmentation des mobilités, de la mondialisation, des liens à distance peut diminuer le besoin de coordination locale. Cette analyse fait notamment partie des travaux du groupe de recherches « dynamiques de proximité », qui ont aboutie a deux idées principales :

1. La contrainte de la proximité géographique est très relative dans la coordination économique (RALLET et TORRE, 2001). La concentration géographique des agents ne peut être expliquée seulement par la proximité géographique. Les réseaux économiques sont encastrés dans les réseaux sociaux. Le cadre géographique des institutions est conditionné par le jeu des institutions.

2. Il existe une diversité des échelles spatiales qu'il faut bien sûre prendre en considération. Un agent économique peut être à deux endroits en même temps. Il est donc capable d'agir de façon simultanée à plusieurs endroits. Cette vérité a d'ailleurs pris une ampleur considérable depuis la création des TIC.

Il faut donc faire valoir l'importance de la mobilité des hommes, des informations et des marchandises. Par exemple, en zone de service, on pense que les employés travaillent forcement dans leur zone d'emplois, mais ce n'est pas toujours le cas. La prestation est délivrée souvent sur un autre lieu que le lieu administratif. Le lieu de rattachement administratif et le lieu de travail sont souvent différents. Cette mobilité s'est accrue avec le développement des moyens de transports et des télécommunications. Certaines personnes travaillent aujourd'hui a plusieurs endroits, ou en se déplaçant. Le chercheur qui se rend à un colloque, une tournée de médecin, un ingénieur de maintenance, etc. peuvent être des exemples de mobilités dans le travail. La proximité géographique peut donc être, parfois -hors cas des services et des biens par exemple- substituer par des voyages, une présence régulière mais non permanente (soit une co-localisation permanente). C'est ce que RALLET (2009) appel le besoin de « proximité géographique temporaire ». Cette présence joue un rôle sur la localisation des entreprises. Bien souvent, on démontre que les entreprises s'installent les unes à coté des autres car elle sont souvent en interaction. Cette idée est notamment présente dans le domaine de la géographie de l'innovation comme c'est le cas du cluster que nous avons défini en précédent chapitre. Selon FELDMAN (1999), les entreprises ont besoin de proximité géographique pour échanger des connaissances tacites17(*) (échanges informels, imitations, etc.). Pour lui, les connaissances codifiées ont besoin d'un échange physique alors que d'autres se transmettent à distance avec les TIC. Pour les chercheurs du groupe « dynamiques de proximité » il faut relativiser de cette thèse qui est légèrement succincte. Premièrement, les connaissances tacites n'ont pas toujours besoin d'une proximité géographique. Deuxièmement, il est difficile de traduire les usages par des géographies différentes. Enfin, les TIC peuvent également offrir des moyens de partage ou de co-production de connaissances tacites à distance, bien que l'échange physique reste indispensable dans certaines interactions (surtout ceux liés au processus de délibération ou de négociation).

Bien que la proximité géographique ne semble pas être indispensable au développement des connaissances tacites, dans le cas du cluster, cette proximité est nécessaire pour que des liens se forment. Cette contrainte du face à face peut varier selon les phases de processus de transferts (GALLAUD et TORRE, 2004). On peut avoir besoin de proximité géographique pour établir un premier lien. Puis, cette proximité peut se juxtaposer avec une proximité organisée. Ainsi, la phase de co-production de connaissances fondamentales, tacites et contextuelles se développe. Puis, la proximité géographique peut être totalement remplacée par la proximité organisée. Lorsque le lien est établit, il reste seulement deux cas, selon RALLET et TORRE (2001), où la proximité géographique est nécessaire : la mise en place de projet d'innovation et la gestion de conflits. Dans le cas du cluster, le projet est basé sur des interactions entre les industries innovantes pour qu'elles puissent se développer dans un principe de concurrence/coopération.

Les besoins en matière de proximité géographique peuvent se poser dans la localisation des entreprises (GALLAUD et TORRE, 2004). Les entreprises n'étant pas encore installées auront ainsi tendance à se localiser à proximité des firmes avec lesquels elles souhaitent tisser des liens. Les entreprises étant déjà localisées devront soit créer une « joint venture »18(*), soit déplacer une partie des personnes responsables des projets d'innovations.

Enfin, nous avons vu que la proximité géographique peut avoir des effets néfastes sur le territoire. D'un point de vue général, TALBOT (2009) explique qu'« être géographiquement proche et une mise en disponibilité relationnelle peut favoriser la naissance d'une interaction. Mais au-delà de cette idée très positive, il ne faut pas oublier que la proximité géographique présente aussi des effets négatifs. ». Bien qu'au tout début des études, la proximité géographique est citée comme possible ressources d'économies externes en économie (MARSHALL, 1898), elle apparaît aujourd'hui comme à l'origine d'externalité négatives (TORRE et ZUINDEAU 2009). Certains conflits peuvent exister entre les acteurs sur l'attribution de fonction à une faible distance physique. L'espace est souvent partagé autour de plusieurs activités : tourisme, commerce, éducation, industrie, culture, etc. Ces activités rassemblent des acteurs différents : employés d'État, associations, artisans, touristes, habitants, entrepreneurs, etc. Et le fait qu'il y ait autant d'acteurs différents fait que des conflits sur l'utilisation de l'espace se développent. KIRAT et TORRE (2008) concluent à une territorialisation croissante des conflits d'usage. Ainsi, la proximité géographique peut être source de conflits et entrainer des inégalités entre les acteurs.

* 17 Les connaissances tacites sont des connaissances personnelles de types informels, non codifiées, qui font appel à l'expérience et au savoir-faire de l'individu qui les possède.

* 18 Principe de coentreprise

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Rassembler les contraires c est creer l harmonie