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Interactions et ancrage territorial des industries créatives: le cas de la Belle-de-Mai à  Marseille


par hélène sEVERIN
Université Aix-Marseille - Master 2 géographie du développement 2015
  

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3. À la croisée des proximités géographique et organisée

Comme nous l'avons défini précédemment, le cluster regroupe des entreprises qui partagent au minimum une proximité géographique et une proximité organisée. La question que l'on peut alors se poser est est-ce que cela suffit à la durabilité d'un tel système productif local ?

a) L'importance de l'institutionnalisation dans la création d'une coordination d'acteur

Une question se pose : faut-il conserver la distinction entre proximité institutionnelle et proximité organisationnelle ou les réunir sous le terme de proximité organisée ? Comme nous l'avons définit précédemment, la proximité organisationnelle doit être dirigée par un certain nombre de règles communes aux acteurs, qui permettent d'éviter les conflits d'usages. Ces règles constituent le caractère institutionnel de la proximité organisée. En théorie, on a tendance à plus fréquemment étudier la proximité sous son caractère organisé et non organisationnel. Il nous semble donc important de faire la différence et de comprendre les outils qui entrent en compte dans ce potentiel d'interactions.

La proximité est un phénomène institutionnel donc c'est une ressource du structurel, mais seulement si on distingue proximité et distance. La distance physique caractérise la mesure métrique qui sépare deux entités. En revanche, la proximité est un fait institutionnel non réductible. Il faut donc différencier la croyance du fait. Les acteurs pensent avoir une proximité les uns avec les autres alors qu'il existe une distance bien réelle entre eux. Le fait est que cette proximité est mentale : elle est créée par des liens institutionnels entre les acteurs et non pas par de la distance physique. La proximité sert également à délimiter et différencier les groupes les uns des autres.

BOSCHMA (2004) qui est l'un des chercheurs à étudier la proximité sous cinq formes différentes (géographique, cognitive, organisée, institutionnelle, sociale), analyse la proximité institutionnelle en dehorsde la proximité organisée. Le cadre institutionnel et politique qu'il étudie est donc de niveau macro. D'autres auteurs font la distinction entre le niveau macro et le niveau micro. NORTH (1990) par exemple, tente de différencier « l'environnement institutionnel » au niveau macro et les « aménagements institutionnels » au niveau micro. Il a pour idée que les acteurs économiques sont « encastrés » dans les « règles du jeu » institutionnelles et les ensembles de valeurs communes. Cette notion d'encastrement se retrouve sur des points de vue politiques et culturels. Lorsque des personnes et des organisations partagent le même environnement politique et culturel, elles sont amenées à connaître plus de relations que les autres personnes. (DI MAGGIO, ZUKIN, 1990). La proximité institutionnelle reste donc tout de même fortement liée aux proximités organisationnelles et sociales dans l'analyse de BOSCHMA. Finalement, l'environnement institutionnel doit être perçu comme « ciment » de l'action collective.

Selon la théorie de l'encastrement de GI MAGGIO et ZUKIN (1990), la proximité institutionnelle s'appuie sur des lois et règlements régies par un gouvernement actif et sur une structure culturelle forte (langage, ethnie, habitudes communes, etc.). Lorsque les organisations partagent les mêmes critères politiques et culturels, ils sont amenés à interagir.

Alain RALLET et André TORRE (2004) soulignent l'importance des réseaux sociaux et des institutions dans l'interaction des acteurs. Ils mettent en lien proximité institutionnelle et proximité géographique. La recherche de proximité géographique débouchant sur un processus de localisation ne doit pas être la seule explication possible. Selon LUCAS (1988) et KRUGMAN (1991), la seule explication aux localisations des activités industrielles se trouve dans le regroupement d'acteurs qui échangent des relations de biens ou de services. D'autres auteurs comme FELDMAN (1999) mettent l'accent sur le transfert de connaissances ou sur les raisons sociologiques de ce rapprochement (FUJITA et OTA, 1993). Dans tout les cas, la proximité intervient. Mais la démonstration en a rarement été faite, surtout à l'époque de la globalisation où il ne faut pas confondre recherche de proximité géographique et localisation - notamment avec les nouvelles mobilités qui rendent possible la proximité géographique temporaire - lorsqu'il s'agit d'individus ou d'organisations. Finalement, la recherche d'une proximité géographie n'entraine pas toujours un processus de localisation et la mobilité a permis l'extension des interactions à distance. Il paraît alors judicieux de trouver d'autres explications au processus de localisation. Les relations économiques encastrées dans un réseau social peuvent être un des facteurs explicatifs ; le jeu des institutions peut en être un autre (selon le groupe « Dynamiques de Proximité »). Les politiques locales produisent de la proximité géographique par la mise en place d'institutions légitimes. Par exemple, dans le cas du cluster, le développement des industries créatives fait partie des politiques urbaines et culturelles puisqu'elles participent au développement économique des territoires. Un cluster est une réunion sur un même territoire d'entreprises, d'acteurs de la formation, d'acteurs de la recherche, qui sont soutenus par un écosystème et des dynamiques locales, qui sont eux-mêmes soutenus par les collectivités territoriales. Dans certains cas, comme le cluster culturel métropolitain, ce sont les collectivités territoriales qui ont directement impulsé la réhabilitation d'un espace urbain, par exemple à la suite d'une crise industrielle. Les aides et subventions des institutions marquent aussi un intérêt certain pour le développement des industries créatives.

Mais outre ces préoccupations quant au développement économique et culturel urbain, la proximité institutionnelle entre les entreprises est également fondamentale. « Ainsi et quelles que soient les politiques mises en oeuvre et leur efficacité, si la stratégie de l'entreprise ne coïncide pas avec les actions mises en oeuvre dans le cadre de ces politiques scientifiques, ces dernières seront inefficaces. » (DELAPLACE, 2011). L'instauration de règles communes permet aux entreprises de se rapprocher et de collaborer. Ainsi, la synergie d'entreprise se met en place dès le moment où les entreprises sont aptes à collaborer et à suivre un projet commun.

La coopération et même les synergies entre les acteurs sont devenues un des objectifs clés de l'action politique actuelle. C'est cette coordination qui doit permettre au territoire de se développer et surtout de rayonner à l'international. Néanmoins, tout cela semble rester de l'ordre de la théorie. En pratique, il semblerait que, à travers des enquêtes réalisées sur les coopérations inter-firmes (FREEL, 2002 et TETHER, 2002), les entreprises ne coopèrent pas - ou peu - avec des organisations de proximité géographique. Les interactions de proximité sont donc relativement faibles.

Finalement, bien que la coordination des acteurs locaux soit devenue l'alpha et l'oméga de la politique de développement local, elle n'est que rarement mise en pratique. La proximité géographique est donc dépendante tant des besoins de coordination économique que de l'encastrement des interactions sur le plan social et institutionnel. C'est d'ailleurs la question que nous nous poserons dans notre analyse du Pôle Belle-de-Mai : est-ce que la proximité d'entreprises a permis la mise en place d'interactions ? Est-ce que les proximités organisée, sociale, cognitive, institutionnelle existent ? Est-ce que, finalement, les entreprises ont besoin d'être en coordination économique et stratégique pour se développer ?

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Rassembler les contraires c est creer l harmonie