WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Interactions et ancrage territorial des industries créatives: le cas de la Belle-de-Mai à  Marseille


par hélène sEVERIN
Université Aix-Marseille - Master 2 géographie du développement 2015
  

précédent sommaire suivant

c) Articulation et combinaison des proximités

Nous avons pu voir dans notre analyse comparative sur les proximités que proximité géographique et proximité organisée ne sont pas des catégories absolues, ni dépendantes. En théorie, elles n'ont pas besoin des autres proximités pour fonctionner. Mais nous avons observé que la réalité est toute autre et que, par exemple, la proximité organisée n'existe que par la mise en place d'institutions (et donc par extension par de la proximité institutionnelle). André TORRE (2004) va plus loin dans cette approche, et tente de comprendre les liens qu'il peut exister entre la proximité géographique et la proximité organisée. Il explique par exemple que l'activité humaine permet de rapprocher deux lieux (par la construction d'infrastructures, mais aussi par l'étalement urbain, la mondialisation). Deux villes se situant à 100 km l'une de l'autre peuvent même devenir « proches » avec l'innovation dans les transports. Par exemple, Marseille et Paris se situent seulement à 3h en TGV et seulement 1h30 en avion. Pour certaines entreprises, les collaborations se traduisent par des voyages croisés, des réunions chez l'un puis chez l'autre. La proximité géographique n'est plus obligatoire de façon permanente. L'ubiquité et la mobilité, la géographie temporaire sont ainsi deux facteurs qui ont toute leur importance dans la constitution de liens économiques et sociaux. Finalement, la distance ne semble plus être un problème, ni une barrière au rapprochement et aux interactions d'acteurs. La proximité géographique (et la distance au même titre) peut donc avoir des dimensions organisées. De la même manière, la proximité organisée est sans cesse impactée par des dimensions spatiales. Des réseaux peuvent se créer au sein d'un technopôle, les acteurs économiques peuvent conserver des liens avec leur territoire d'origine, etc. Il paraît donc difficile d'analyser ces deux dimensions de la proximité pour qu'elles soient substituables ou complémentaires.

RALLET et TORRE (2004) tentent tout de même de comprendre les combinaisons qu'il peut exister entre ces deux dimensions. Ils pensent notamment que cela permettrait de comprendre les processus de coordination et de communications puisque ces deux idéaux définissent typiquement « la relation humaine inscrite dans l'espace ».

Ils déduisent de leur approche le tableau suivant :

Tableau 1. Le croisement des deux proximités et ses résultats en matière d'interactions

Sources : RALLET Alain, TORRE André, 2004.

On peut alors remarquer quatre possibilités dans la juxtaposition des deux proximités :

1/ Lorsque la proximité géographique rencontre la proximité géographique : rien ne se passe. Les acteurs économiques, bien qu'agglomérés, n'ont pas de relations entre eux. Finalement, c'est le cas qui permet de démontrer qu'agglomération et interactions ne sont pas deux notions à confondre - alors que certains auteurs de la littérature empirique le font trop souvent.

2/ Lorsque la proximité géographique rencontre la proximité organisée : c'est le cas où la proximité géographique doit être structurée et activée par la proximité organisée. Les réseaux locaux, les SPL, les dispositifs de négociation, et bien évidemment les clusters, font partis de cette déclinaison. C'est donc la situation où la proximité géographique est activée de manière permanente par des interactions et par le biais de proximité organisée. Cette combinaison réside dans une co-localisation d'acteurs engagés, dont l'articulation repose sur des politiques spécifiques.Et c'est là toute la difficulté du concept de cluster. Si les entreprises se rassemblent sur un même espace autour de l'innovation et qu'elles ne communiquent pas, rien ne se passe. Si des règles communeset politiques spécifiques ne sont pas mises en place, rien ne se passe non plus.

3/ Lorsque la proximité organisée rencontre la proximité géographique : la proximité géographique peut avoir des effets négatifs. Ces effets peuvent être combattus par la mobilisation des ressources de la proximité organisée. La proximité organisée se transforme alors temporairement en proximité géographique. C'est un des aspects que nous avons pu développer précédemment, où les effets néfastes de la proximité géographique peuvent permettre d'activer la proximité organisée.

4/Lorsque la proximité organisée rencontre la proximité organisée : c'est le cas des interactions supra-locales (firmes multi-établissements, réseaux globaux d'entreprises) où les coordinations se passent autour du partage de normes, de règles et de représentations communes. La coopération doit être rattachée à un caractère institutionnel pour exister. Cela devient alors des réseaux non territoriaux. C'est finalement une relation que l'on remarque de plus en plus, puisque grâce aux nouvelles technologies les acteurs n'ont parfois pas besoins de se rencontrer pour émettre des liens, on parle même de plus en plus de dé-territorialisation.

Ces différents croisements fournissent donc une grille d'analyse des différents modèles d'organisation géographiques des activités. Les milieux innovateurs sont des milieux caractérisés par le regroupement des deux proximités. La proximité organisée peut être un remède à la proximité géographique tout comme cette dernière peut activée la proximité organisée. Ce modèle économique reste très répandu, mais il faut tout de même émettre une certaine critique. Dans certainscas, la proximité organisée prend racine sur des relations fonctionnelles ou identitaires fondées sur l'organisation et non sur le territoire. Aucun lien n'est alors présent entre les deux proximités. Il faut donc prendre en considération que le développement local peut être défini sous différents modèles. On doit d'abord partir de la disjonction des deux proximités pour ensuite parvenir à leur articulation.

Pour conclure sur ce chapitre, nous avons dû, dans un premier temps, comprendre les différences entre les notions de distance et proximité. La clé de la compréhension des dynamiques de proximité réside dans le fait que la perception de la distance qui sépare deux entités n'est jamais la même. L'appartenance au même groupe social, la pratique du même langage, les moyens de communications, les infrastructures de transports, sont tous des moyens pertinents de réduire le sentiment de distance et ils permettent de rapprocher des acteurs. L'apprentissage et l'innovation sont alors possibles. Néanmoins, une trop grande proximité cognitive ou sociale peut rendre difficile ce processus. Ce risque de conflit peut alors être réduit par le biais de règles communes, d'institutions. Ainsi, pour que la jointure entre la proximité organisée et la proximité géographique fonctionne, il faut que les acteurs soient engagés et que la collaboration passe par des politiques spécifiques. Par définition, c'est le cas du cluster où l'ambition commune aux entreprises est la collaboration dans l'innovation. Le plus important est de comprendre quelle proximité entre en jeu sur quel type de territoire et entre quels types d'acteurs. Nous avions émis l'hypothèse que laFriche culturelle pouvait, par extension, être un cluster qui rassemblerait des industries culturelles autre d'un projet commun. Les Friches culturelles étant bien souvent prises en compte par les politiques, une certaine proximité institutionnelle se met en place. La proximité géographique entre les associations et entreprises est aussi évidente. Il reste à se poser la question de la proximité organisationnelle basée sur le projet commun qui diffère selon le territoire et la Friche étudiée.

En conclusion de cette première partie, nous pouvons dire qu'il existe deux types de proximités qui sont les plus étudiées par les chercheurs : la proximité géographique et la proximité organisée. Par extension à celles-ci, on trouve la proximité cognitive qui permet d'échanger des connaissances, la proximité sociale qui permet d'échanger et la proximité institutionnelle qui permet de réguler les échanges. Lorsque l'on croise les proximités on obtient des écosystèmes où les entreprises sont en collaboration et en concurrence. C'est le principe du cluster. En effet, le cluster se définit par une proximité géographique et organisée entre des entreprises d'un même secteur culturel et/ou créatif. Le cluster créatif est un ensemble d'industries issues de milieux créatifs qui s'assemblent et qui collaborent. Elles participent au développement économique de la ville. Ce sont notamment les politiques de l'économie créative qui ont permis leur succès et leur attractivité. Les Friches culturelles sont également issues de ces politiques, c'est pourquoi, la question que nous pouvons nous demander et est-ce que ces friches peuvent-être, par extension, des clusters. Nous tenterons de donner une réponse à cette interrogation avec le cas de la Belle-de-Mai à Marseille qui rassemble sur un même lieu, des industries culturelles et des industries créatives. Nous verrons si chacun des trois pôles que constituent la Belle-de-Mai sont des clusters et si l'ensemble lui même un est un ou si, au contraire, chacun des pôles fonctionnent différemment. Nous verrons enfin, dans une troisième partie quel est l'ancrage territorial de l'ensemble. Selon FLORIDA, les villes doivent attirer les créatifs qui eux-mêmes vont développer la ville. Elles doivent aussi leur donner envie de rester. Mais est-ce que c'est le cas à la Belle-de-Mai ? Qu'est ce qui fait, finalement, que les industries créatives sont ici et pourquoi restent-elles ?

précédent sommaire suivant