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Interactions et ancrage territorial des industries créatives: le cas de la Belle-de-Mai à  Marseille


par hélène sEVERIN
Université Aix-Marseille - Master 2 géographie du développement 2015
  

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c) Le Pôle Belle-de-Mai comme une réussite de la ville

Nous l'avons constaté dans les deux points précédents : les collectivités ont fort à faire sur le territoire de la Belle-de-Mai. Et c'est bien par la réhabilitation du Pôle Belle-de-Mai que la ville de Marseille veut montrer sa capacité à innover, à être créatif et attractif. Aujourd'hui, les trois îlots ont été totalement rénovés : la Friche, bien qu'elle ne soit pas immuable, constitue aujourd'hui un moteur dans l'économie culturelle marseillaise ; le Pôle Média dispose de nombreux atouts dans les secteurs du multimédia, des TIC, de l'audiovisuel ; le Pôle Patrimoine regroupe des structures de conservation et de restauration du patrimoine qui sont un autre potentiel à l'économie culturelle de Marseille. Mais la réhabilitation de ces trois pôles par les collectivités, par des promoteurs, et par des associations, avaient bien d'autres objectifs : créer des clusters où les entreprises travaillent en synergie autour d'un projet commun, créer un pôle de compétitivité regroupant l'ensemble des trois îlots où la proximité organisée viendra s'ajouter aux rapprochement des acteurs publics, privées et associatifs.

Quelle est la position du discours politique quant à la stratégie collaborative à la Belle-de-Mai ?

Selon Catherine KERBRAT-ORECCHIONI (2008), l'analyse de discours doit impérativement répondre aux principes suivants : il est nécessaire de prendre en compte la totalité du matériel qui compose le discours ; de prendre en compte le caractère co-construit, c'est-à-dire ses répercutions en amont et en aval ; de prendre en compte les facteurs contextuels les plus pertinents. Finalement, l'analyse de discours est un outil au questionnement de son impact au-delà de son dire.

Dans le cas de la Belle-de-Mai, les politiques se servent en effet du succès du pôle pour se légitimité ainsi que leur politique auprès des citoyens. « Aujourd'hui, les trois pôles « auteur, patrimoine et média » sont une réussite »39(*) selon Jean-Claude GAUDIN, maire de Marseille. Déjà, dès l'ouverture du Pôle Média, le maire se félicite du travail accompli sur le territoire Belle-de-Mai. Mais la différenciation entre les trois îlots, qui fait partie du discours politique de manière récurrente, n'aide pas la mise en place d'un écosystème d'ensemble favorable aux industries créatives. Le pôle qui est, d'ailleurs, le plus mis en avant est l'îlot 2. Selon Alain AYOT, vice-président du Conseil Régional, «  ce n'était pas dans nos compétences, mais il s'agit d'un élément essentiel du développement de la filière cinéma et audiovisuel en région. ». Alain AYOT exprime par là le fait que le Pôle Média soit une réussite, et bien que n'appartenant pas aux compétences de la région (celle-ci faisant tout de même partie des développeurs économiques du pôle), il apporte à la région un outil important dans les secteurs de l'audiovisuel et du cinéma. Les retombées d'un tel pôle de développement ne sont donc pas simplement de l'ordre du local, mais au-delà, du supra-local voir du global.

Jean-Noël GUERINI, président du Conseil Général, salue « cet ouvrage, qui est le fruit d'une collaboration entre l'ensemble des collectivités territoriales, l'Etat et l'Europe. Cet esprit de concertation qui a présidé d'emblée à cette opération doit perdurer. ». Enfin, Renaud MUSELIER, ancien secrétaire d'État aux affaires étrangères et premier adjoint, se dit « réjoui que le monde de la culture et de l'économie se rejoignent dans ce lieu. ». Finalement, le pôle sur lequel la ville de Marseille semble le plus avoir « misé » est le Pôle Média, et c'est une réussite ! La collaboration entre différentes collectivités de différentes échelles semble avoir fonctionné.

Lors de la candidature de la ville auprès de l'État pour devenir l'un des 15 « quartiers numériques », la Belle-de-Mai est de nouveau mise sous les projecteurs. Dans un article paru le 24 septembre 2013 dans la Provence, le titre « SiliconValley à la Belle-de-Mai »40(*) est très évocateur. Daniel SPERLING, adjoint UMP délégué à l'accès à Internet, souhaite faire de ce secteur « un vivier international du numérique, ainsi qu'il avait déjà exprimé le souhait à Fleur Pellerin, la ministre à l'Économie numérique, en visite en septembre 2012 à Marseille. ». Le terme « international » est ici lourd de sens. On le retrouve d'ailleurs par la suite : « en termes de moyens et de valorisation à l'international, c'est énorme. »Le projet du Pôle Média est un projet global de développement, dont le rôle principal est une nouvelle dynamique attractive de Marseille. Fleur PELLERIN, ministre de la culture, exprime quant à elle le fait que « cette ville a des atouts considérables et qu'il faut développer » lorsqu'elle se rend au Pôle Média en septembre 2012. Elle y confirme d'ailleurs que l'État accompagnera le projet de la stratégie numérique à la Belle-de-Mai.

Bien que le Pôle Média soit souvent mis en avant au sein du discours politique, les deux autres îlots sont beaucoup moins représentés. Comme nous pourrons le voir, la Friche est bien souvent reliée au quartier et ce sont donc des acteurs locaux associatifs qui la représentent. En vue de cette mise à l'écart des îlots patrimoine et spectacle vivant, il est tout à fait normal de ne trouver aucune locution politique précise quant aux interactions entre les trois pôles. Et c'est là tout le problème. Dès le début du projet, les trois îlots sont différenciés ; c'est comme si, géographiquement, ils étaient distants de plusieurs dizaines voire centaines de kilomètres. Pourtant, ils partagent le même espace sur le territoire. Du coup, on peut se poser la question de l'impact d'une telle distinction : est-ce que cette différenciation reste de l'ordre du discours politique ou est-ce qu'elle s'est reflétée sur le discours des acteurs du Pôle Belle-de-Mai ? C'est la question à laquelle nous tenterons de répondre dans notre prochain chapitre.

* 39 La Provence, 19 juin 2004, « La Belle-de-Mai a tout pour séduire Hollywood », Florent PROVANSAL

* 40 La provence, 24 septembre 2013, SiliconValley à la Belle-de-Mai ? Delphine TANGUY

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