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Interactions et ancrage territorial des industries créatives: le cas de la Belle-de-Mai à  Marseille


par hélène sEVERIN
Université Aix-Marseille - Master 2 géographie du développement 2015
  

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3. Étudesinstitutionnelles et discours de la presse

« Parce qu'il est le produit d'un champ social singulier (le champ politique), le discours politique doit donc être étudié comme genre singulier doté d'une certaine cohérence. » (LE BART, 2003). Le discours politique reste principalement le vouloir-dire des acteurs politiques. Il représente peu souvent la réalité du monde social. C'est pourquoi les citoyens sont le plus souvent méfiants face à ce type de discours. Il représente les idéologies et la position du locuteur. L'étude des discours est certes une science qui remonte à l'antiquité, mais qui prend de plus en plus d'importance dans le champ politique avec la question de la légitimé des élus. L'un des précurseurs de la définition d'une théorie de l'analyse du discours en politique est Pierre BOURDIEU. Il décrit le champ du discours politique comme un illusio, c'est-à-dire comme un jeu dont les acteurs politiques sont les pions et dont la possibilité et la prévisibilité ne se fait que par le chercheur, qui se trouve ex-consensus. L'illusio apparaît comme une croyance, voir même une contrainte puisque qu'elle s'impose à l'ensemble du cercle politique. Elle est intériorisée et prend la certaine forme de foi, foi qui paraît transparente voir invisible in-consensus. Finalement, selon BOURDIEU, on ne peut comprendre les croyances d'un champ que lorsque qu'on se trouve à l'extérieur de ce champ, là où la croyance n'existe plus41(*).

Mais bien que les acteurs politiques aient fait de leur croyance une vocation, il n'en existe pas moins différentes stratégies ou tactiques discursives. Un même professionnel de la politique n'aura pas le même discours selon s'il agit de manière ponctuelle, professionnelle ou collective. Il existe donc autant de discours au sein du champ politique que de locuteurs. Finalement, le champ politique n'est pas, comme tout champ social, une opposition entre le dedans (l'illusio, la croyance) et le dehors (ce qui peuvent ne pas y croire). C'est aussi une opposition entre les positions dominantes et dominées (locuteurs en position inférieure ou latérale). Aussi, quelle est la place des citoyens dans un champ social qui n'est pas renfermé sur lui-même ? Le discours politique suscite de plus en plus de méfiance. Les professionnels de la politique n'ont donc pas le pouvoir de transmettre leur croyance. Ils ne sont d'ailleurs même plus légitimes par leur simple statut politique. Le discours politique s'est aujourd'hui étendu au-delà du simple champ politique. C'est-à-dire qu'il est également utilisé par les professionnels de la politique pour se légitimer face au citoyen.

Dans le cas de la Belle-de-Mai, quelle est l'importance de cette linguistique particulière ? Quel rôle joue le discours politique dans la mise en évidence et la promotion du Pôle Belle-de-Mai ?

a) Le rapport LEXTRAIT : vers la reconnaissance des territoires culturels ?

L'un des discours pionnier relatif à la reconnaissance des territoires créatifs a été apporté dans le rapport LEXTRAIT sur les nouveaux territoires de l'art. Ce rapport édité en 2001, intitulé dans son premier volume « une nouvelle époque de l'action culturelle » fait suite à une demande du secrétaire d'État au Patrimoine et à la Décentralisation Culturelle Michel DUFFOUR. On y trouve des monographies et fiches d'expériences de nouveaux territoires de l'art comme la Caserne d'Angely à Nice, la Gare au Théâtre d'Ivry ou encore la Friche la Belle-de-Mai à Marseille. Ce rapport marque donc la prise de conscience des institutions et donc des acteurs politiques de ces nouveaux territoires de l'art, de la culture, et même de la créativité.

Dans sa fiche détaillée sur la Belle-de-Mai, Fabrice LEXTRAIT dresse un portrait détaillé de l'évolution de l'ancienne manufacture de tabac de Marseille. Il décrit le projet de réhabilitation comme une confrontationau « gigantisme »42(*) du lieu qu'est la Belle-de-Mai. Les bâtiments réaménagés proposent des espaces « inouïs » au spectateur. LEXTRAIT va même jusqu'à décrire la requalification de la Friche comme évoquant « la poésie de ce paysage urbain ». « De programmation en programmation, la Friche la Belle-de-Mai devient en quelques années l'un des principaux pôles de création, de résidence et de pratique culturelle de la ville »43(*). On voit déjà, avant même qu'une analyse du Pôle Média et du Pôle Patrimoine soit faite par les politiques, le terme « pôle » apparaître. Cette fiche rapporte également les propos de Philippe FOULQUIE, à l'époque directeur du Système Friche Théâtre. Il se pose d'ores et déjà la question suivante : « et si la culture était l'alternative économique dont cette ville et ce quartier avaient besoin ? ». L'importance de cette interrogation va porter ses fruits lors des projets et stratégies d'aides aux industries culturelles décidés par l'État suite à ce rapport.

Bien que le rapport prône la culture comme développeur économique local, Fabrice LEXTRAIT émet déjà des réserves quant aux orientations de la réhabilitation de l'ancienne manufacture. « Sans avancer sur ce terrain, il est fort possible que chaque îlot se sclérose sur ses propres pratiques, alors que l'ambition du projet est de garantir une transversalité réelle à l'échelle de la Friche, à l'échelle du quartier, de la ville et de la très grande région. »44(*). Les orientations du projet qui sont initiées au début des années 2000 prônent la mixité sociale et la collaboration entre les structures des 3 îlots de la Belle-de-Mai. Néanmoins, ce projet paraît quelque peu ambitieux puisque l'impact attendu par la réhabilitation de l'ancienne manufacture sera, selon la ville de Marseille et ses acteurs, à échelle de la Friche, du quartier, de la ville et même de la région. Bien que l'impact sur la Frichen'est plus à prouver aujourd'hui, puisque le lieu subsiste depuis maintenant 20 ans, ses répercussions sur le quartier sont bien moindres. Par contre, l'image que le lieu culturel dégage a su profiter à la ville de Marseille et en à fait sa renommée. Aussi, les aménagements des deux autres îlots - patrimoine et multimédia - se sont directement répercutés sur l'économie de Marseille, de la région, et même - comme il l'est parfois présenté dans le discours politique- de la France (notamment pour les développeurs que sont l'incubateur, la pépinière et le cluster PRIMMI classé PRIDES).

Contrairement aux relations que vont entreprendre les différents projets avec leur territoire, les liens au sein de la Friche sont, pour LEXTRAIT, un des éléments clés de sa stabilité à la Friche. « En multipliant et en diversifiant les modalités de résidence, il se crée des interactions multiples qui favorisent les rencontres et la synergie entre les artistes. »45(*). Pour lui, le fait que les artistes soient résidents à la Friche permet de développer des liens entre eux et des collaborations apparaissent.

LEXTRAIT considère également que les salariés des autres pôles vont pratiquer la Friche puisque la population de la Friche qui est définie dans son rapport est l'ensemble des salariés des deux autres pôles ainsi que tous les publics extérieurs.

À la fin de son analyse, LEXTRAIT pose la question du devenir de la Friche. Il propose alors une alternative où « soit le développement en trois îlots plus ou moins réunis par des espaces communs de circulation confirme les perspectives proposées par des gestionnaires, ...; soit un engagement plus audacieux, continuant d'appuyer les dimensions artistiques, fondant une coordination où chacun des trois îlots apporte ses propres contributions, pour lui- même et pour l'ensemble, ... . »46(*). Il ajoute d'ailleurs à cela que pour que le développement d'un éco-systéme où tout le monde travaillerait en synergie, l'engagement politique est très important. Pour lui, si la ville de Marseille, l'État et le ministère de la Culture ne s'intéressaient pas à la coordination possible entre les trois îlots, cela entrainerait l'échec de la Friche47(*) qui « pourrait bien stigmatiser l'impuissance de la puissance publique, son incapacité à appréhender le nouveau, à s'occuper d'innovation. ». Finalement, la réussite - ou l'échec - aurait des conséquences directes sur la ville et sur sa légitimité quant à sa puissance d'appréhension de l'innovation.

* 41 BOURDIEU, 1998

* 42 LEXTRAIT Fabrice, 2001, p.70

* 43Ibid, p.71

* 44Ibid

* 45Ibid, p.73

* 46Ibid, p.75

* 47 Sous-entendu ici comme l'ensemble des trois pôles. Bien souvent, le terme Friche est utilisé pour décrire le Pôle de la Belle-de-Mai dans son ensemble puisqu'il fut le premier projet décidé sur l'ancienne manufacture des tabacs, une référence en matière de réhabilitation. Néanmoins, la partie « Friche » est aujourd'hui présente seulement sur l'îlot culture et spectacle vivant.

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