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Interactions et ancrage territorial des industries créatives: le cas de la Belle-de-Mai à  Marseille


par hélène sEVERIN
Université Aix-Marseille - Master 2 géographie du développement 2015
  

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b) Le discours de la presse plutôt tourné vers l'impact sur le quartier et vers l'institutionnalisation du projet que sur les interactions entre les îlots

Au-delà du discours politique qui prône la collaboration entre les collectivités et l'attractivité que renvoi le projet, le rôle des études sur les industries créatives et de la presse dans la perception de l'impact positif de cette réhabilitation semble tout aussi capital. Leurs discours rend fondamentalement le discours politique et son locuteur légitime. Traiter du discours de la presse revient à comprendre la manière avec laquelle les événements sont traités dans et par la presse. Au même titre que le discours politique, le discours de la presse appartient à la linguistique. Il constitue lui aussi un moyen de locution et une façon d'imager un événement. Les termes qui y seront employés seront évidemment différents selon l'auteur mais aussi selon le contexte. Au-delà du fait que la presse traite les événements -plus ou moins importants- et les expose au grand public tout en leur donnant une dimension politique, elle permet aussi de créer un sentiment d'appartenance et de mémoire. Il en revient donc d'étudier les termes forts qui y sont utilisés, le contexte, la nature de l'échange.

Pour sélectionner nos articles, nous avons dans un premier temps pris les articles concernant le quartier de la Belle-de-Mai entre 1981 et 2015. Ensuite, nous avons choisi ceux dont le titre est constitué d'un ou de plusieurs des termes suivants : Belle-de-Mai, Friche, Pôle Média, Pôle Patrimoine, art, culture, quartier. Bien évidemment, nous n'avons malheureusement pas pu retrouver l'ensemble des articles sur le sujet de la Belle-de-Mai, mais nous nous sommes concentrés sur les journaux le Méridional, la Provence, la Marseillaise, la Croix. Nous avons ainsi réduit nos articles au nombre de 43. Puis, nous les avons lus et analysés et n'avons gardés que les plus pertinents pour notre étude.

Voici le tableau récapitulatif des articles de presses dont nous nous sommes inspirés pour notre analyse48(*):

Années

1981

1989

1994

1998

2001

2002

2003

2004

2009

2011

2012

2013

2014

2015

Nombres d'articles de presse

1

1

1

1

1

5

1

4

1

2

3

4

7

1

Tableau 3 : Articles de presses sur la Belle-de-Mai

- Projet de Friche :

La première analyse qu'il convient de faire, est celle du projet de la Belle-de-Mai que la presse a mis de nombreuses fois sur le devant de la scène tentant d'en faire LE lieu référence de la culture à Marseille. Dès 1994, dans la Provence,« l'opération résurrection de la Belle-de-Mai semble réussie. »49(*). « Le site de la Seita s'ajoute aux 45 hectares de friches industrielles de Marseille auxquelles Christian Poitevin, élu à la culture, rêve de donner une seconde chance. ». On parle également des « créateurs » de la Friche (en parlant du SFT), on a donc déjà une référence à la création et la créativité. Le terme « résurrection », également utilisé dans le titre est lourd de sens. En effet, l'auteur aurait très bien pu choisir un terme comme « aménagement » ou « réhabilitation », des termes qui renvoient plutôt à une redynamisation d'un milieu urbain alors que « résurrection » est, par définition, le retour à la vie. Il semblerait donc que seulement deux ans après la réhabilitation, le projet soit une réussite. Et c'est d'ailleurs grâce à des mots comme celui-là que la Friche et les deux autres îlots (bien que moins représentés au sein de la presse) ont pu développer leur image. En 2002, la Provence décrit la Friche comme un « interlocuteur incontournable »50(*)en matière de politique culturelle. Malgré tout, la Friche « pâtit encore, dix ans après son ouverture, de deux handicaps majeurs. ». Le premier handicap est le statut, le deuxième est l'image. En effet, bien que la Friche apparaisse comme un moteur au développement économique par la culture à Marseille, elle n'a pas vraiment eu d'impact sur son quartier51(*), d'où une image un peu péjorative de lieu culturel qui tourne le dos à son territoire.Et cette image est d'autant plus représentative qu'elle est le rapport entre les habitants du quartier et la Friche. Beaucoup considèrent que la Friche est un « monde à part » et qu'elle n'a rien à voir avec leur quartier. Bien que les politiques et la presse tentent de minimiser ce rapport, il reste très représenté et a peu changé depuis la réhabilitation des trois îlots.

De plus, la presse insiste elle aussi sur le fait que l'institutionnalisation du projet joue un rôle primordial. L'État s'implique en effet dans les projets de réhabilitation. « Soucieux d'y répondre sans chercher à régenter, l'Etat s'implique donc, aidé des relais locaux, se mettant à leur écoute et débloquant des fonds spécifiques de développement. »52(*). On insiste également sur le fait que l'accompagnement administratif est très important pour l'intégration des artistes et le développement de la « consommation culturelle »53(*).

En fin de compte, le discours de la presse tente de montrer au public l'importance d'une proximité institutionnel entre les acteurs de la Friche pour son développement. Il insiste sur le fait que les collectivités ont participé au projet, mais ne semblent pas s'intéresser aux interactions possibles entre les structures développées. Il faut surtout montrer que le projet est une réussite et qu'il a permis à Marseille d'être plus attractive sur le plan culturel.

- Projet du Pôle Média :

Concernant le Pôle Média, les Nouvelles Publications, dans un article de 2004, peu de temps après son inauguration, présentent le pôle comme nouveau lieu du numérique à Marseille. Et d'ailleurs, pour le journal, « avec ce pôle, Marseille n'a pas lésiné sur les moyens. »54(*). La Provence, quant à elle, décrit ce pôle comme étant le nouveau « cadre idéal du développement de projets avec d'autres entreprises du cinéma, de l'audiovisuel et de multimédia. »55(*). La Belle-de-Mai est donc une nouvelle fois mis en avant. Mais cette fois le projet n'est pas renvoyé à un renfermement de l'ancienne usine, à son impact sur le quartier, mais à ses répercussions sur l'ensemble de Marseille. Et le caractère politique du discours prend tout son effet. Le projet du Pôle Média a entièrement été décidé par la ville de Marseille - contrairement à la Friche où le SFT s'est d'abord installé avant que la ville rachète l'ensemble de l'ancienne manufacture -, c'est sans doute pour cela que l'impact économique est d'autant plus mis en évidence. En 2012, le « grand Pôle Média marseillais » apparaît dans le Provence comme « symbole de dynamisme et de créativité »56(*). Le Pôle Média reste donc un poids important dans l'économie marseillaise. Les termes « dynamisme » et « créativité » utilisés doivent permettre au lecteur de voir ce pôle comme lieu d'attractivité de la ville de Marseille.

Bien que les projets Friche et Pôle Média soient exprimés dans la presse, nous n'avons rien trouvé concernant le Pôle Patrimoine. Nous n'avons également rien répertorié concernant les interactions entre les pôles. Bien souvent, les articles parlent du rapport entre le projet Pôle Belle-de-Mai et le quartier, c'est-à-dire son ancrage territorial, étudié en partie 3 de notre mémoire.

* 48 Il reste à titre indicatif. Nous n'avons pas pu répertorier tous les articles qui parlaient du Pôle Belle-de-Mai. Nous en avons malgré tout sélectionné une large part, ou du moins ceux qui nous ont parules plus pertinents.

* 49 La Provence, 25 avril 1994, « Friches : opération résurrection »

* 50 La Provence, 03 février 2002, « système Friche » mode d'emploi, Patrick MERLE

* 51 C'est le constat que nous réaliseront en partie 3 de ce mémoire

* 52 La Provence, 02 février 2002, « l'art en dehors des sentiers battus », Patrick MERLE

* 53La croix, 19 juin 2001, Les nouveaux jardins culturels, Geneviève WELCOMME,

* 54 Nouvelles Publications N°9278, 16 juillet 2004, « le Pôle MédiaBelle-de-Mai enfin inauguré »

* 55 La Provence, 22 novembre 2004, Florent PROVANSAL, « Ils veulent tous aller à la Belle-de-Mai »

* 56 La Provence, 28 septembre 2012, « Fleur PELLERIN : « cette ville a des atouts considérables. » », Guillaume AUBERTIN

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