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Interactions et ancrage territorial des industries créatives: le cas de la Belle-de-Mai à  Marseille


par hélène sEVERIN
Université Aix-Marseille - Master 2 géographie du développement 2015
  

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b) Des partenariats peu représentatifs entre les 3 îlots

Concernant le Pôle Média, la mise en réseau des acteurs semble être un indicateur avancé par les pouvoirs publics pour attirer les entreprises. Mais qu'en est-il vraiment ? A la question « existe-il des interactions avec la Friche ? »,Céline SOULIERS, directrice de l'incubateur, nous répond : « Nous concernant, nous avons des interactions avec la structure ZINC à la Friche. Peut-être aussi quelques infographistes. ». Mais tous ces partenariats restent modestes. Céline SOULIERS ajoute à son analyse qu'« il y a que très peu de relations avec la Friche. Les entreprises ne sont pas forcement au courant de ce qu'il se passe à la Friche ni même quels types de structures y travaillent. Le seul rapport qui existe vraiment reste au moment du repas ou les frichistes viennent manger au Pôle Média et où nous allons manger à la Friche. » Et ce rapport, très tourné vers l'échange au moment des repas, va se confirmer dans nos entretiens avec des structures des deux autres pôles.

À la Friche, la crèche64(*) n'a aucune interaction avec le Pôle Média. Néanmoins, leur projet de base a été développé autour de la mixité sociale. Ils ont fixé le taux de réservataires à 1/3 pour les personnes qui habitent dans le 3ème, 1/3 pour celles qui travaillent dans le 3ème mais n'y vivent pas et 1/3 pour les personnes qui n'ont rien à voir avec le 3ème arrondissement. En 2014, 31% des réservataires vivaient hors du 3ème, 32% travaillaient dans le 3ème et 37% y vivaient. On comptait dans cette totalité 24% de personnes qui travaillaient sur l'ensemble du site du Pôle Belle-de-Mai. Marion LATUILLIERE nous explique que, par exemple, une actrice de Plus Belle la Vie vient emmener son enfant à la crèche tous les jours. Il n'y a donc pas de partenariat direct avec le Pôle Média mais des liens particuliers avec des salariés de l'ensemble du Pôle de la Belle-de-Mai. Elle nous confie également que « la Friche concentre des artistes et le Pôle Média se soucie plus de faire de l'argent avec ces entreprises, il ne peut donc pas y avoir de lien ». Susana MONTEIRO va d'ailleurs nous confirmer le peu d'interactions notables entre les pôles. Son explication est la suivante : « nous avons un site commun, qui regroupe à la fois les frichistes et les acteurs du Pôle Média mais je ne connais pas de projet commun. Les mélanges se font plus au moment des repas du midi où les frichistes se rendent au Pôle Média et vice versa. »65(*). Yann LORTEAU insiste lui aussi sur le fait que les entités sont fondamentalement différentes. Le Pôle Média est reconnu comme économie de marché bien que géré par le secteur public et la Friche est reconnue comme service d'intérêt général.

Concernant le Pôle Patrimoine, le discours est à peu prés le même. Le CIRCP n'a aucun partenariat avec le Pôle Média en dehors de la restauration excepté 1 ou 2 fois pour des tournages (prêt de locaux pour le tournage de Plus Belle la Vie). Roland MAY ajoute d'ailleurs qu'ils n'ont pas les mêmes objectifs et qu'ils ne se connaissent finalement pas. Dominique SAMANNI des réserves municipales nous explique également que le lien se forme autour du repas le midi. Boris GAUBERT des Archives Municipales, nous confirme que eux aussi n'ont aucune action entreprise avec les autres pôles. Les Réserves du MuCEM n'ont, elles non plus, aucun lien avec le Pôle Média. Par contre, en décembre 2014, elles ont créé un événement autour du cirque et de la fête foraine avec la Friche et la Crié.

On a donc, dans le discours des acteurs des trois pôles des faits plutôt similaires. Il existe quelques interactions entre des entreprises du Pôle Média et des entreprises de la Friche. Nous tenterons de le confirmer à partir de nos questionnaires personnels. Les seuls liens qui sont visibles entre les trois îlots se trouvent au moment du repas. Les salariés du Pôle Média vont à la Friche, les salariés de la Friche vont au Pôle Média et les salariés du Pôle Patrimoine vont à l'un ou l'autre. Finalement, on se retrouve un peu dans un « effet cafétéria ». Cette théorie reprise par Menzel (2005)passe par le fait que les gens se rencontrent de façon non formelle (au moment du déjeuner par exemple), non prévue, et échange des informations auxquelles ils n'auraient jamais eu accès si cette rencontre n'avait pas eu lieu. Ce genre d'échanges peut mettre en confiance deux personnes de deux entreprises différentes et ainsi, à terme, faciliter la création d'un projet de collaboration. A l'inverse, on peutégalement se demander si le fait d'avoir son propre restaurant ne renferme pas chacun des pôles sur lui même ? Prenons l'exemple de la Friche. Elle a son propre restaurant, mais aussi sa propre librairie, son espace sportif, sa propre crèche - bien que le projet comme explicité précédemment est la mixité sociale-. En quelque sorte, la Friche s'est créée son propre environnement où tout le monde peut vivre et échanger. Mais cette mise en réseau - volontaire ou involontaire - n'oblige-t-elle pas la Friche à se renfermer et à finalement, ne pas s'ouvrir à d'autres liens ?

Le fait d'être proche géographiquement, de travailler dans les mêmes secteurs d'activités qui constituent les industries culturelles et créatives et de partager des moments d'échanges informels ne favorise donc pas toujours la création de partenariats professionnels. La différence des types d'acteurs et des projets de développement dissociés est aussi un facteur à prendre en considération.

* 64Ibid

* 65 Rencontre avec Susana MONTEIRO - Chargée d'Action Culturelle de la Friche la Belle-de-Mai - entretien réalisée par Hélène SEVERIN le 07 avril 2015

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